Image d'un supposé refoulement en mer Égée. Crédit : Aegean Boat Report
Image d'un supposé refoulement en mer Égée. Crédit : Aegean Boat Report

Dix ressortissants étrangers, dont quatre appartenant à des ONG, sont suspectés par les autorités grecques d'avoir "facilité l'entrée dans le pays" de migrants venant des côtes turques voisines. Les ONG dénoncent des allégations "sans fondement" de la part d'Athènes, acculée par des accusations de "pushback" en mer Égée.

Au terme d'une enquête de plusieurs mois menée par les polices et les autorités de Lesbos, Chios et Samos, en collaboration avec les services de renseignement grecs, dix personnes sont accusées d'avoir "facilité l'entrée" en Grèce de migrants venant des côtes turques, de violation du code de l'immigration et d'espionnage.

"Parmi les dix suspects figurent un Norvégien, un Britannique, et un Américain, membres de trois ONG différentes, mais aussi deux Syriens et quatre Afghans", a précisé à l'AFP un porte-parole de la police, Nikos Ververis. La nationalité du dixième suspect, membre d'une quatrième ONG, n' a pas encore été établie, a-t-il ajouté.

"Aider les réseaux illégaux d'immigration"

"Cette action organisée sous prétexte humanitaire (...) a été entamée en juin dernier et vise à aider de manière substantielle les réseaux illégaux d'immigration", a indiqué lundi 20 juillet à la presse Eleftherios Douroudous, chef de la direction de la police du Nord de l'Égée.

Les accusés sont soupçonnés d'avoir fourni des informations détaillées sur le travail opérationnel des garde-côtes grecs, les emplacements des installations militaires, ainsi que les structures d'hébergement des étrangers sur les trois îles de la mer Égée. 

D'après les autorités, les ONG accusées participent également à la propagande turque en diffusant sur ses réseaux sociaux des vidéos de témoignages de refoulements en mer Egée, vidéos qui émanent d'Ankara, selon la police.

Les ONG dénoncent des accusations "sans fondement et incorrectes"

Dans un communiqué publié mardi 21 juillet, l'ONG Aegean Boat Teport (ABR), visée par l'enquête, se défend. Elle assure opérer "dans le strict respect du droit international, du droit de l'Union européenne et du droit grec".

"Si des hommes, des femmes et des enfants nous contactent lorsqu'ils se trouvent dans les eaux grecques, nous nous assurons qu'ils sont accueillis [à leur arrivée] par des personnes pouvant leur donner de la nourriture, de l'eau, des vêtements secs", affirme l'ONG. Les humanitaires "les aident à entrer dans le système, à demander l'asile" et les informent sur leurs droits.

"Aegean Boat Report ne fait pas, n'a jamais fait et ne fera jamais partie d'un réseau de contrebande [...] Ces allégations sont sans fondement et incorrectes".

Le président du Greek Council for refugees Vasilis Papadopoulos a dénoncé sur Twitter des accusations "fausses". Selon lui, la Grèce cible les ONG ayant révélé "les activités honteuses des autorités grecques contre les migrants en Grèce", notamment les "pushback" en mer Égée, relayées à plusieurs reprises par la presse internationale, dont la dernière enquête remonte à quelques jours.

La Grèce, "acculée par les accusations de refoulements en mer"

La Grèce se cache derrière ces allégations pour masquer ses violations des droits des migrants en mer Égée, renchérit Lefteris Papagiannakis, chef de plaidoyer de l'ONG Solidarité now et ancien vice-maire d'Athènes en charge de la question des réfugiés, joint par InfoMigrants. "Les autorités agissent ainsi car elles sont acculées de toute part par les accusations de refoulements en mer".

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Athènes, qui nie tout refoulement en mer, a été appelée à plusieurs reprises par l'Union européenne et le Haut-commissariat des Nations unies aux réfugiés (HCR) à enquêter sur des allégations de "pushback" de migrants vers la Turquie.

Le HCR a documenté environ 300 incidents d'expulsions illégales autour des îles de la mer Égée et de la frontière terrestre greco-turque entre janvier 2020 et mars 2021.

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Ce n'est pas la première fois que des membres d'ONG sont visés par les autorités. En septembre 2020, 33 humanitaires et deux ressortissants étrangers avaient également été soupçonnés d'aide au séjour irrégulier sur le territoire national. Ils étaient accusés d'appartenir à une organisation criminelle, d'espionnage et de violation du secret d'Etat.

"En 2016 et 2017 aussi, des personnes avaient été soupçonnées des mêmes chefs d'accusation mais les affaires ont été classées sans suite par la justice. Espérons que ce sera de nouveau le cas cette fois-ci", ajoute Lefteris Papagiannakis.

 

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