Les sans-papiers ont observé une grève de la faim durant deux mois. Crédit : Reuters
Les sans-papiers ont observé une grève de la faim durant deux mois. Crédit : Reuters

La grève de la faim observée depuis deux mois par quelque 450 sans-papiers en Belgique est "suspendue" après la "main tendue" du gouvernement, a annoncé mercredi leur comité de soutien. Cette suspension n'acte cependant pas "la fin du mouvement", préviennent les grévistes, qui occupent toujours trois sites de la capitale belge.

Deux mois après le début du mouvement, la grève de la faim observée par quelque 450 étrangers en Belgique a été "provisoirement suspendue", a annoncé mercredi 21 juillet leur comité de soutien, l'Union des sans-papiers pour la régularisation (USPR).

Débutée le 23 mai, la grève faisait suite à l'occupation à partir du 28 janvier de l'église du Béguinage, de l'Université libre de Bruxelles (ULB) et de l'Université flamande de Bruxelles (VUB), trois lieux de la capitale belge. Les sans-papiers, majoritairement Marocains et Algériens, réclamaient un titre de séjour avec accès au marché du travail. 

L'USPR mettait en avant des années de séjour en Belgique, la plupart vivant dans le pays depuis cinq, dix, voire quinze ans. Ces étrangers travaillent au noir dans des secteurs en manque de main d'œuvre comme le bâtiment, la restauration ou le nettoyage et sont soumis à des formes d'exploitation, en raison de l'absence de titre de séjour.

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"Je suis arrivé à Bruxelles en 2004. J'ai toute ma vie ici. J'ai une femme, des enfants, un travail et un logement", expliquait en février Mohammed, un des porte-parole de l'USPR, qui exerce illégalement dans le secteur du bâtiment pour la modique somme de 50 euros par jour pour huit heures de travail quotidien.

"La lutte n'est pas terminée"

Les sans-papiers ont finalement décidé d'arrêter leur grève, qui a usé leurs corps et leurs esprits, après que "des propositions du cabinet Mahdi [secrétaire d'État belge à l'Asile et à la Migration, ndlr] ont été annoncées aux grévistes", a indiqué le comité de soutien dans un communiqué publié sur Facebook, saluant "la main tendue" du gouvernement.

L'USPR a évoqué deux voies possibles de régularisation, soit en vertu de "circonstances exceptionnelles" (l'article 9 bis de la loi applicable de 1980, ndlr) comme l'ancrage de longue date en Belgique ou la vulnérabilité, soit par le biais d'une demande d'asile humanitaire (article 9 ter) "pour les plus fragiles". Venant de pays considérés comme "sûrs", ces étrangers ne peuvent en général pas prétendre à l'asile politique.

Chacun des 450 dossiers doit désormais être étudié.

Le gouvernement, lui, assure ne pas avoir infléchi sa position. "Cela fait des mois qu'on explique quelles sont les voies légales pour introduire un dossier individuellement [les articles 9bis et 9ter, ndlr]", a commenté auprès de l'AFP Sieghild Lacoere, porte-parole de Sammy Mahdi, qui a toujours fermement refusé toute "solution collective" pour ces sans-papiers.

Si la grève est suspendue, elle n'acte cependant pas "la fin du mouvement", prévient l'USPR dans son communiqué. L'occupation des trois sites de la capitale belge est "maintenue" et le comité vérifiera "pas à pas que les engagements [sont] respectés". "Ils font une pause pour se soigner et rester en vie, la lutte n'est pas terminée", ajoute Laurence Vanpaeshen, porte-parole du Ciré, une association qui soutient le mouvement depuis le début.


Plusieurs personnes ont en effet été transférées à l'hôpital mercredi soir. Crédit : Reuters
Plusieurs personnes ont en effet été transférées à l'hôpital mercredi soir. Crédit : Reuters


"Un gouvernement ne peut jamais accepter le chantage"

Ce dossier mettait depuis des semaines sous pression la coalition gouvernementale dirigée par le libéral flamand Alexander De Croo. Ecolo-Groen et le PS francophone, deux formations qui en sont des piliers, avaient menacé dimanche et lundi de retirer leurs ministres si un décès devait survenir parmi les grévistes, au risque de faire chuter le gouvernement.

Le Secrétaire d'État à l'Asile et à la Migration s'est dit mercredi "soulagé que la grève de la faim soit terminée". "Je continuerai à œuvrer pour une politique équitable", a ajouté Sammy Mahdi dans un communiqué.

"Mettre fin à la grève de la faim est la seule bonne décision", a soutenu de son côté le Premier ministre. "Un gouvernement ne peut jamais accepter le chantage", a-t-il affirmé, disant espérer qu'aucun gréviste de la faim ne souffrira d'"un dommage physique permanent". "Si des séquelles physiques subsistent, tous ceux qui leur ont donné de faux espoirs ou leur ont fourni des informations non objectives, en porteront la responsabilité", a-t-il estimé.

Outre le PS et Ecolo-Groen, qui disaient craindre "un drame imminent", deux experts de l'ONU s'étaient émus récemment de la dégradation de l'état de santé des grévistes après plus de 50 jours sans manger. L'un d'eux, Olivier De Schutter, rapporteur spécial sur l'extrême pauvreté et les droits de l'Homme, avait rendu visite le 8 juillet aux grévistes de l'église du Béguinage. Il avait jugé que certains d'entre eux étaient "entre la vie et la mort".

Des personnes ont été transférées à l'hôpital mercredi soir et certaines resteront en soins intensifs, a précisé le secrétaire d'État à l'Asile et à la Migration.

 

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