Dans ce centre de détention à Vienne, des demandeurs d’asile déboutés attendent d’être expulsés. Crédit : Picture alliance
Dans ce centre de détention à Vienne, des demandeurs d’asile déboutés attendent d’être expulsés. Crédit : Picture alliance

Le gouvernement autrichien est accusé d'instrumentaliser le meurtre d’une jeune fille de 13 ans alors que les principaux suspects sont tous originaires d’Afghanistan.

En Autriche, le meurtre de Leonie, une adolescente de 13 ans, relance le débat sur le droit d’asile et les expulsions vers l’Afghanistan. La jeune fille a été retrouvée morte fin juin à Vienne, après avoir été droguée et violée. Les quatre suspects sont tous originaires d’Afghanistan. Ils ont entre 16 et 25 ans.

L'un d’entre-eux, un jeune homme de 18 ans, se trouvait en Autriche depuis 2015. Il avait déjà été condamné à trois peines de prison. Il s’était vu refuser sa demande d’asile et n’aurait plus dû se trouver sur le territoire autrichien au moment des faits.

En effet, l’Autriche, comme de nombreux autres pays de l’Union européenne, poursuit les expulsions vers l’Afghanistan. 

Le sujet ne manque pourtant pas de diviser la coalition gouvernementale composée des conservateurs du chancelier Sebastian Kurz et du parti des Verts.

Peu avant le drame, ces derniers avaient une nouvelle fois vivement critiqué ces expulsions, au vu de la dégradation de la situation sécuritaire en Afghanistan.

La ministre autrichienne de la Justice, Alma Zadic, s'était ainsi prononcée en faveur d'une éventuelle suspension des renvois. Cet appel risque désormais de ne plus être entendu.

Car pour le chancelier Sebastian Kurz, "il n'y aura certainement pas d'arrêt des expulsions vers l'Afghanistan, ni d'assouplissement du droit d'asile." 


Le chancelier autrichien Sebastian Kurz soutient les expulsions vers l'Afghanistan. Crédit : EPA
Le chancelier autrichien Sebastian Kurz soutient les expulsions vers l'Afghanistan. Crédit : EPA


Des conséquences désastreuses pour les demandeurs d'asile 

Sebastian Kurz a promis de tout faire pour que les auteurs de ce crime soient sévèrement punis. "Je pense qu'il est intolérable que des gens viennent chez nous, demandent une protection et commettent des crimes aussi cruels et barbares", a-t-il déclaré. 

Si les Verts se sont dits choqués par ce "meurtre horrible", Meri Disoski, porte-parole du parti, estime qu’il s’agit un cas de "violence masculine" et que l’origine des suspects n’a pas sa place dans le débat. Dans une interview au journal autrichien Kronenzeitung, la ministre Alma Zadić a également rappelé que l’Autriche avait déjà durci sa politique d’asile ces dernières années. "Nos lois offrent suffisamment de possibilités, nous devons simplement les appliquer de manière cohérente."

De son côté, le parti d'opposition d’extrême-droite FPÖ appelle à une intensification des expulsions vers l'Afghanistan et vers la Syrie. 

Le nouveau président du parti et ancien ministre de l’Intérieur, Herbert Kickl, exige que les demandes d'asile ne soient plus traitées sur le sol autrichien. Pour lui, tout demandeur d’asile ayant commis une infraction pénale doit être immédiatement débouté et renvoyé à l’étranger.

Stigmatisation

Pour les groupes de défense des droits de l'Homme, ces déclarations ne font qu’attiser les préjugés racistes à l'encontre des plus de 40 000 personnes d'origine afghane vivant en Autriche.

Ils rappellent que les personnes expulsées vers l’Afghanistan se retrouvent souvent confrontées à l’insécurité, au chômage et à la stigmatisation. Beaucoup ne pourront plus retourner dans leur province d’origine, alors que l’influence des Taliban ne cesse de grandir partout dans le pays, menaçant de faire tomber le pouvoir à Kaboul. 

>> À (re)lire : Stigmatisation, chômage, insécurité : la dure réalité des expulsés afghans

Selon Reza Baher, porte-parole adjoint du ministère afghan des Réfugiés et des Rapatriements, il existe certes des programmes d'aide pour ceux qui reviennent volontairement d’Europe, mais la situation est bien plus difficile pour ceux qui ont été expulsés. "Nous ne prévoyons pas d'aider les expulsés. Nous appelons tous les pays européens à ne pas expulser de force les réfugiés afghans." Pour Reza Baher, une personne expulsée risque de se retrouver isolée en Afghanistan et d’être plus vulnérable face aux groupes terroristes.


Des manifestants dénoncent les expulsions vers l’Afghanistan devant le ministère autrichien des Affaires étrangères. Crédit : DW
Des manifestants dénoncent les expulsions vers l’Afghanistan devant le ministère autrichien des Affaires étrangères. Crédit : DW


Trois groupes - l'Asylkoordination Österreich, l'association de défense des droits des femmes AÖF, ainsi que l’ONG de lutte contre le racisme ZARA - ont publié une déclaration commune dans laquelle ils accusent le pouvoir de faire diversion pour éviter d’aborder le réel problème, à savoir les féminicides. Selon ces groupes, il s’agirait déjà du 15e féminicide cette année en Autriche.

Dans leur lettre, ils estiment que "le meurtre d'une personne - ici d'une femme - n'est pas une question d'origine, de religion ou de droit de séjour, mais plutôt une question de parcours individuel et de responsabilité personnelle de l’auteur. Cette fois, le meurtre d'une jeune femme est politiquement instrumentalisé en lançant une attaque profondément raciste contre une partie de la population qui ne peut pas se défendre. C’est irrespectueux et répréhensible."

La lettre insiste également sur le fait que "l'expulsion ne peut être une punition", soulignant qu'il serait inconstitutionnel d'expulser des personnes vers l'Afghanistan, où elles risquent d'être torturées ou tuées. Par conséquent, les trois groupes appellent à un procès équitable pour les auteurs de ces crimes et à ce que les condamnés purgent leur peine en Autriche.

Reza Shirmohammadi a contribué à ce reportage.

 

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