Devant l'église du Béguinage à Bruxelles, les sans-papiers évoquent l'avenir du mouvement, au lendemain de la suspension de la grève de la faim. Crédit : InfoMigrants
Devant l'église du Béguinage à Bruxelles, les sans-papiers évoquent l'avenir du mouvement, au lendemain de la suspension de la grève de la faim. Crédit : InfoMigrants

Mohammed, 38 ans, a participé à la grève de la faim et de la soif des sans-papiers de l’église du Béguinage, à Bruxelles, débutée le 23 mai. Très affaibli, il a été admis quelques jours à l’hôpital au mois de juin, avant de regagner les lieux, et de réintégrer le mouvement. Une façon pour lui d’alerter l’opinion sur "la galère" que vivent au quotidien les migrants installés en Belgique. Le 21 juillet, après deux mois de lutte, la grève a été suspendue.

"Dans ma tête, je suis soulagé. Mais physiquement c’est dur. Je pesais 70 kilos le 23 mai, aujourd’hui, 58. La veille de la suspension de la grève, j’étais vraiment très mal. Allongé sur le dos dans mon lit, les yeux sur le plafond de l’église, j’attendais la mort.

Cela fait 16 ans que j’ai fui mon pays, et aujourd’hui je me sens fatigué, usé par toutes ces années de galère.

J’ai quitté mon village, juste à côté d’Alger, en 2005 pour l’Europe. Là-bas, je n’avais aucune opportunité professionnelle, il n’y avait aucun avenir pour moi. J’ai d’abord rejoint l’Allemagne, et en 2006, je suis arrivé en Belgique. Je me suis tout de suite senti bien à Bruxelles, car ici il y a des gens du monde entier, comme à New York !

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Pour gagner de l’argent, j’ai travaillé sur les chantiers, et fait des travaux de peinture chez les gens. Malgré ça, deux ans plus tard, on m’a refusé les papiers, car je n’avais pas de contrat de travail légal à présenter à l’administration. Alors que je n’ai jamais arrêté de travailler.

En 2009, pour protester, j’ai fait la grève de la faim des sans-papiers avec des amis à moi. J’ai tenu 12 jours. Mais ça n’a rien changé à ma situation.

"Le patron avait disparu, avec mon salaire"

Alors la vie a repris son cours. J’ai continué à travailler dans le bâtiment. Je trouvais facilement des missions, même si c'était difficile et fatiguant.

Mais en 2016, j’ai eu un accident. J’ai fait une chute sur un chantier, et j’ai dû aller à l’hôpital pour me soigner. À ma sortie, au bout de huit jours, j’y suis retourné. Mais il n’y avait plus rien, et plus personne. Le patron avait disparu, avec mon salaire.

Après ça, la construction, c’était fini. Dans ma chute, je me suis cassé le talon, et il ne s’est jamais vraiment bien remis. Alors je me suis lancé dans autre chose. J’ai pris contact avec des antiquaires de la ville, et ils m’ont embauché.

Depuis, je vends des objets sur les brocantes. C’est devenu une passion. Ce que je préfère, c’est parler des bijoux et des timbres avec les clients. Le problème, c’est que tout ça n’est toujours pas déclaré, et donc je ne peux toujours pas prétendre à un titre de séjour.

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Mais pour vivre, je dois bien gagner de l’argent, je n’ai pas le choix. Donc je travaille au noir. J’ai l’impression d’être entré dans un cercle vicieux, et de n’avoir aucune solution pour en sortir. Personne ne nous écoute. On travaille, on vit comme tout le monde, et ça ne compte pas. Beaucoup de sans-papiers se font exploiter, et ils ne peuvent rien dire.

Malgré tout, je n’ai jamais pensé une seule fois à repartir en Algérie, même si ma mère me manque. Tous les mois, je lui envoie un peu d’argent.

J’aime Bruxelles et ses habitants, et j’adore mon métier. Ma vie est ici".

 

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