Le centre pour migrants de Caritas se trouve à la frontière entre la partie sud, sous administration européenne, et la République turque de Chypre Nord autoproclamée. Crédit : InfoMigrants
Le centre pour migrants de Caritas se trouve à la frontière entre la partie sud, sous administration européenne, et la République turque de Chypre Nord autoproclamée. Crédit : InfoMigrants

Jules* a quitté le Cameroun en 2018 pour fuir les violences dans les zones anglophones du pays. Arrivé à Chypre en 2019, il a déposé une demande d’asile. Mais plus de deux ans après, il n’a toujours eu aucune nouvelle de son dossier. Son statut de demandeur d’asile le pénalise au quotidien alors qu’il est désormais salarié et locataire d’un logement.

Chypre ne s’est doté d’un système de santé public (appelé Gesy, pour General health system) qu’en 2017. Cette avancée sociale et sanitaire a permis de donner un accès aux soins aux personnes les plus modestes, aux réfugiés et aux bénéficiaires de la protection subsidiaire.

Mais les demandeurs d’asile, eux, n’ont pas accès aux services du Gesy tant qu’ils n’ont pas officiellement obtenu une protection internationale. Or, le traitement des dossiers est lent sur l’île et les exilés doivent parfois patienter plusieurs années avant d’obtenir une réponse.

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C’est le cas de Jules. Ce Camerounais de 27 ans a déposé sa demande d’asile à Chypre en mars 2019. Aujourd’hui, il travaille et cotise à la sécurité sociale chypriote mais n’a pas toujours pas accès à certains services de soins, notamment à un médecin généraliste de ville. Une situation particulièrement problématique en période de pandémie. Témoignage.

"Chaque mois, je cotise donc à la sécurité sociale"

"En ce moment, j’habite à Nicosie, où je loue un studio. Je travaille dans une entreprise qui confectionne du papier toilette. C’est un emploi déclaré, je suis salarié. Chaque mois, je cotise donc à la sécurité sociale chypriote qui s’appelle la Gesy. Mais, comme je suis toujours demandeur d’asile, je n’ai pas accès à un médecin personnel en ville.

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Actuellement, je suis malade, j’ai attrapé le Covid-19. Je ne vais pas travailler, je reste à la maison donc je ne touche plus d'argent. Normalement, il faut aller voir le médecin si on est malade du Covid, il vous fait une attestation et le gouvernement vous paye 60 % de votre salaire. Mais moi, je ne peux bénéficier de cela. Je ne vais avoir aucune aide du gouvernement et pendant 14 jours, je ne vais pas du tout gagner d’argent.

C’est compliqué pour moi parce que normalement je gagne 820 euros par mois, après avoir enlevé la cotisation au Gesy. Avec cela, je dois payer le loyer de mon studio, ma carte de bus, l’accès à internet, l’eau, l’électricité, mes repas etc.

Je voudrais aussi passer mon permis de conduire parce que mon travail est loin de chez moi mais ce n’est pas possible pour les demandeurs d’asile ici. Il y a aussi des restrictions pour les emplois. Normalement, je suis technicien en systèmes de climatisation mais je n’ai pas le droit de faire ce métier à Chypre. Les demandeurs d’asile ne sont autorisés à faire que certains métiers : le travail dans les champs, le lavage des véhicules, la plonge dans les restaurants…

"J’ai déposé ma demande d’asile il y a plus de deux ans"

J’ai fui le Cameroun parce que j’étais menacé, étant né d’un père anglophone et d’une mère francophone alors que je vivais en zone anglophone. Je suis passé par le Nigeria. De là-bas, c’est un passeur qui m’a fait venir jusqu’à Chypre. Je ne sais même pas par quels pays nous sommes passés. On se déplaçait uniquement la nuit et personne ne nous disait où nous étions. Je suis arrivé à Chypre en novembre 2018.

J’ai déposé ma demande d’asile en mars 2019 et, depuis plus de deux ans, mon statut n’a pas changé. Je suis allé voir l’ONG Caritas pour leur expliquer ma situation. Malheureusement, ils m’ont dit que beaucoup de personnes étaient dans le même cas que moi et qu’ils ne pouvaient rien faire [en avril 2020, Caritas a adressé une lettre au ministère chypriote de la Santé, dont dépend le Gesty, pour le sensibiliser aux difficultés rencontrées par les migrants et demandeurs d’asile durant la pandémie de Covid-19 ndlr].

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Depuis le dépôt de ma demande d’asile, je n’ai pas eu de nouvelles de l’administration. Je m’inquiète parce que beaucoup de personnes ici ont reçu des réponses négatives."

*Le prénom a été changé à la demande de la personne interrogée.

 

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