Des migrants montent à bord d'un camion sur l'autoroute A16 qui mène au tunnel sous la Manche, près de Calais, le 17 décembre 2020. Crédit : Reuters
Des migrants montent à bord d'un camion sur l'autoroute A16 qui mène au tunnel sous la Manche, près de Calais, le 17 décembre 2020. Crédit : Reuters

Le tribunal de Coquelles, dans le Nord, a condamné un chauffeur de camion accusé d'avoir voulu faire passer 17 migrants de la France vers le Royaume-Uni. À Boulogne-sur-Mer, un autre a écopé, lui, de 18 mois de prison pour avoir transporté dans sa voiture du matériel destiné aux traversées de la Manche.

Il est très tôt, ce 16 juin, lorsque des agents de la Police aux frontières (PAF) contrôlent un poids lourd, près de l’Eurotunnel. À l’intérieur, ils découvrent 17 migrants entassés au milieu des palettes de soda, : 14 Albanais et 3 Vietnamiens.

Lors de sa garde à vue, le chauffeur, un Roumain de 37 ans, avoue être au courant de la présence des migrants dans son camion, mais "pensait qu’il y en avait seulement quatre ou cinq". Endetté, il reconnaît également avoir accepté de les transporter, "pour 1 000 euros par migrant passé", précise La Voix du Nord.

Connu dans d’autres pays pour des faits de vol, de troubles à l’ordre public et proxénétisme, l’homme, maintenu en détention, a été condamné par le tribunal correctionnel de Coquelles à 24 mois d’emprisonnement, dont six mois sont assortis d’un sursis. En peine complémentaire, il est interdit du territoire français pendant trois ans.

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Une condamnation qui fait écho à celle prononcée par le tribunal judiciaire de Boulogne-sur-Mer pour un Marckois de 35 ans. Le 19 juillet, ce dernier a été arrêté aux abords de la plage de Wimereux par la police qui patrouillait sur la côte. Après la découverte, dans son véhicule, d’un bateau pneumatique et de matériel de navigation, il est arrêté et placé en garde-à-vue.

En exploitant son téléphone, les enquêteurs découvrent que celui-ci entretient d’étroites relations avec des réseaux de passeurs. L’homme reconnaît alors avoir effectué plusieurs voyages pour transporter des bateaux, notamment le 7 juillet 2021 vers les plages de Sangatte.

"J’ai fait ces transports parce que j’avais beaucoup de dettes mais aussi pour subvenir à mes besoins en stupéfiants. J’ai touché 650 € pour le transport vers Sangatte et je devais recevoir 850 € pour celui de Wimereux", précise le prévenu à la barre du tribunal.

Il a finalement été condamné à une peine d’emprisonnement de 18 mois, assortie d’un sursis probatoire de 8 mois durant deux ans, et à une obligation de soins et de travail, affirme le quotidien régional.

La lutte contre les passeurs, "un épouvantail" des politiques

En visite à Calais le 24 juillet, le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin a assuré que 26 filières de passeurs avaient été démantelées depuis le début de l’année, contre 18 pour toute l’année 2020. Des démantèlements rendus possibles, selon lui, par la "mise en place d'un centre franco-britannique" a-t-il déclaré dans un entretien à La Voix du Nord.

En juillet 2020, le ministre et son homologue britannique, Priti Patel, avaient en effet annoncé la création d'une "cellule franco-britannique de renseignement" dédiée. Composée de six policiers britanniques et six policiers français, elle est basée à Coquelles, près de Calais. "Les passeurs qui profitent de la détresse humaine [des migrants] ne sont, sans doute aujourd'hui, pas encore assez sanctionnés", avait-t-il alors estimé.

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"Comme d'habitude, on fait des passeurs une priorité alors qu'on ne s'occupe pas des problèmes de fond", avait réagi Gaël Manzi de l'association Utopia 56, interrogé par InfoMigrants. La lutte contre les passeurs c'est l'épouvantail que les politiques agitent pour faire peur à l'opinion publique et qui permet de justifier une politique de répression encore plus forte".

Au Royaume-Uni, le sujet est au cœur du projet de loi de réforme du système d’asile, discuté en ce moment-même au Parlement. Priti Patel a annoncé vouloir condamner les passeurs à une peine de prison à vie.

La volonté affichée des politiques de sanctionner les trafiquants et les mesures mises en place jusqu’ici se révèlent pourtant inefficaces contre l’immigration illégale. En trois jours, durant le week-end du 24 juillet, plus de 500 migrants ont pris la mer vers le Royaume-Uni : près de 180 personnes ont été secourus dans la Manche par les secours français, et 350 ont rejoint, en une journée, les côtes britanniques.

 

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