Environ 700 personnes se sont installées jeudi 29 juillet 2021 sur la place des Vosges, à Paris, pour réclamer des solutions d'hébergement pérennes pour les sans-abri. Crédit : InfoMigrants.
Environ 700 personnes se sont installées jeudi 29 juillet 2021 sur la place des Vosges, à Paris, pour réclamer des solutions d'hébergement pérennes pour les sans-abri. Crédit : InfoMigrants.

Au bout de 24 heures d'occupation par plus de 700 personnes, la place des Vosges à Paris a été évacuée le 30 juillet. Si les familles et mineurs non-accompagnés ont été emmenés en vue d'une mise à l'abri, entre 150 et 180 hommes seuls restent, eux, sur le carreau.

"Une évacuation ou une mise à l'abri ? Je ne sais même pas comment appeler la journée que nous venons de vivre" expose Yann Manzi, responsable d'Utopia 56. La matinée avait pourtant bien commencé. Aux environs de 9 heures, vendredi 30 juillet, la préfecture de police de Paris débute une opération de mise à l'abri des 750 personnes occupant la place des Vosges, à l'initiative du Collectif Réquisitions. Parmi elles, près de 90 mineurs non-accompagnés, des familles, et des hommes seuls.

La première partie de l'opération, visant à emmener les familles et les MNA ainsi que quelques hommes seuls - soit près de 600 personnes - en direction de lieux d'hébergement, "se passe tranquillement, bien que l'attente soit longue, avec un dispositif policier dense" relate Philippe Caro, membre du collectif Solidarités Migrants Wilson. Grâce à des dons de citoyens solidaires, le collectif a pu organiser un déjeuner sur place, afin que les personnes ne repartent pas le ventre vide.

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Pour les héberger, trois gymnases ont été ouverts par la mairie de Paris dans différents arrondissements. S'agissant des MNA, ils auraient été orientés, avec une poignée d'hommes seuls, vers le Paris Event Center - un hall d'exposition reconverti en hébergement d'urgence.

150 à 180 hommes seuls laissés de côté

Mais en début d'après-midi, du côté des hommes seuls restants sur la place, l'attente se prolonge. Les rumeurs selon lesquelles il n'y aurait pas de places pour tout le monde commencent à enfler. Vers 14h30, Yann Manzi échange avec la préfète de Paris, Magalie Charbonnay. Celle-ci lui confirme alors que près de 200 personnes resteront à la rue.

"Elle m’a dit textuellement : “on a plus de places”. Je lui ai rétorqué qu’un gymnase pouvait s’ouvrir, elle m’a répondu : “on s‘arrête là, on a pris suffisamment de monde entre cette semaine et la semaine dernière"" raconte le responsable associatif. Contactée, la préfecture de police de Paris n'a pas souhaité donner suite à notre demande d'interview, renvoyant vers son communiqué officiel.


À partir de ce moment-là, les forces de l'ordre procèdent à l'évacuation des 150 à 180 hommes seuls laissés de côté. Ces derniers sont repoussés vers une bouche de métro, "sous escorte policière, par paquet de dix ou vingt, comme du bétail" s'indigne Philippe Caro, qui a filmé cette partie de l'opération. Très peu de médias sont demeurés sur place.

Malgré le fait que les exilés aient "attendu pendant des heures, en rangs d'oignons, de pouvoir monter dans les bus", tous sont restés "d'un calme impressionnant", précise le responsable associatif - ce qui a pu limiter la montée des tensions.

"Nous allons saisir la justice"

"Ils n'ont plus de tentes, de couvertures" déplore Yann Manzi. Mais "nous restons en contact avec eux", assure le responsable associatif. "Nous leur avons fait passer le mot : on va se retrouver. Nous ne les abandonnerons pas".

Le collectif compte également recourir à un avocat : "nous allons saisir la justice sur la façon dont cette évacuation, ou mise à l'abri, s'est déroulée" indique Yann Manzi. Parmi les personnes laissées de côté, plusieurs avaient déjà déposé des demandes d'asile. Or, la loi française oblige l'État à héberger les demandeurs d'asile. Cette remise à la rue traduit donc une "réalité de la non-volonté de l'État", fustige le responsable associatif.

Continuer à "rendre visibles" les besoins d'hébergement

Cette fin d'opération révèle, pour Philippe Caro, à quel point "les dispositifs de mise à l’abri et d’hébergement ne sont pas à la hauteur, et répondent à des impératifs financiers plutôt qu'aux besoins réels". Une telle action permet néanmoins, selon lui, de "rendre visible cette routine qui laisse des milliers de personnes à la rue mais qui, d'habitude, ne se voit pas".

L'occupation de la place des Vosges constituait la neuvième action du Collectif Réquisitions depuis décembre 2020. Ces initiatives successives ont permis à "près de 3 000 personnes de ne plus vivre dans la rue ou un abri de fortune", assure l'association Droit au Logement dans un communiqué. Elles sont désormais, selon le DAL, "le seul moyen de faire respecter leur droit à être hébergé jusqu’à leur relogement".

 

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