"Représenter les réfugiés, représenter les gens qui ne sont pas privilégiés sera une grande responsabilité", estime Cyrille Tchatchet. Crédit : AFP
"Représenter les réfugiés, représenter les gens qui ne sont pas privilégiés sera une grande responsabilité", estime Cyrille Tchatchet. Crédit : AFP

L’haltérophile camerounais et porte-drapeau de l’équipe des réfugiés aux JO de Tokyo a participé le week-end dernier à sa première compétition olympique. Il est arrivé à la 10e place dans la catégorie des moins de 96 kg. Portrait.

"Je suis officiellement olympien !", s’enthousiasme Cyrille Tchatchet sur son compte Twitter. L’haltérophile camerounais a participé le week-end dernier à Tokyo à sa première compétition olympique avec l’équipe des réfugiés.

"Je n’ai pas réussi la performance que j’espérais, mais la 10e place aux JO est tout de même incroyable", commente-t-il celui qui concourait chez les moins de 96 kg.

Le réfugié camerounais, basé aux Royaume-Uni, a été cette année le porte-drapeau de l’équipe olympique des réfugiés, composée de 29 athlètes. "C’est un honneur de représenter les réfugiés et les déplacés dans le monde. Nous sommes normaux et nous avons des ambitions", confie Cyrille Tchatchet.

Vivre avec la dépression

Né à Yaoundé il y a 26 ans, Cyrille Tchatchet s’est découvert une passion pour l’haltérophilie lorsque, enfant, il découvre sur un mur de la maison une photo de son oncle en train de soulever une barre et des poids. 

Des années d’entraînement plus tard, il participe aux Jeux du Commonwealth à Glasgow en 2014. Pendant la compétition, il apprend que sa sécurité est menacée au Cameroun et qu’il ne peut plus rentrer chez lui pour des raisons restées confidentielles.

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Pendant deux mois, Cyrille Tchatchet se retrouve sans abri dans la ville côtière de Brighton, au sud de l'Angleterre. Le Camerounais est contraint de dormir sous un pont, sans argent, sans nourriture et sans eau. À cette époque, il souffre d’une grave dépression, au point de penser au suicide. "C'était une expérience très difficile. J'étais très jeune, très effrayé", se souvient-il.

Le sport pour rebondir 

Avec l'aide de l'association Samaritans, qui soutient les personnes en détresse émotionnelle, Cyrille Tchatchet finit par refaire surface et par reprendre sa vie en main. Il dépose alors une demande d’asile au Royaume-Uni.

La procédure va prendre deux ans. "Attendre le résultat d’une demande d'asile est une expérience très stressante", confie-t-il à l'AFP. Vous vous demandez sans arrêt : 'Que font-ils ? Vont-ils m'expulser ?'". 

Pour surmonter cette pression et se changer les idées, Cyrille Tchatchet reprend les entraînements d’haltérophilie. "Quand tu t'entraînes, cela t'occupe l'esprit, tu oublies un peu tes problèmes, ce qui est bien pour ton bien-être. Cela a joué une part importante dans ma guérison", raconte-t-il.

Le Camerounais passe la majorité de son temps à la salle et son acharnement paye. Dans un temps record, il décroche cinq titres anglais, trois titres britanniques et cinq records nationaux dans deux catégories de poids. 

Une vie, deux carrières

En 2016, le Camerounais obtient finalement l'autorisation de rester au Royaume-Uni et se lance dans des études à l'université du Middlesex, à Londres, pour devenir soignant dans le domaine de la santé mentale.

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Sa nouvelle carrière va l’amener à se retrouver en première ligne durant la pandémie de coronavirus, avec des gardes de 12 heures d’affilée jusqu’à trois à quatre fois par semaine. 

Mais malgré ces circonstances, Cyrille Tchatchet trouve le temps de s’entraîner et consacre son temps libre à l’haltérophile, une abnégation finalement récompensée par une bourse du Comité international olympique (CIO) et une participation aux JO de Tokyo.

Un message fort

À son retour de Tokyo, Cyrille Tchatchet espère poursuivre ses études, et sa carrière d'haltérophile. Il prévoit également de participer aux Jeux du Commonwealth de 2022 à Birmingham.

"Être un réfugié aux Jeux olympiques ou un soignant en période de crise sanitaire envoie un message fort aux personnes qui pensent que les réfugiés viennent pour prendre le travail des autres, que ce seraient des criminels en cavale", estime le jeune homme.


Cyrille Tchatchet a commencé l'haltérophilie dès son plus jeune âge. Crédit : AFP
Cyrille Tchatchet a commencé l'haltérophilie dès son plus jeune âge. Crédit : AFP


L'équipe olympique de réfugiés du CIO a été crée en 2016 lors des JO de Rio de Janeiro (Brésil), afin de permettre aux personnes fuyant leur pays de continuer à participer à cet événement sportif planétaire. 

Mais le CIO a récemment fait l'objet de critiques après que plusieurs athlètes ayant fui le Soudan du Sud ont dénoncé une gestion autoritaire et l’impossibilité de gagner de l’argent grâce au sport. Selon un responsable du CIO supervisant l'équipe des réfugiés, "nous sommes entrain d’apprendre grâce à ce processus."

En attendant, le CIO a confirmé la semaine dernière qu'une équipe représentant les réfugiés sera également sélectionnée pour les Jeux de Paris en 2024. Et Cyrille Tchatchet espère bien être de la partie.

Avec agences

 

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