Le site britannique "On the Move", créé par le gouvernement, tente de dissuader les migrants de prendre la route pour le Royaume-Uni. Crédit : Capture d'écran/On the Move
Le site britannique "On the Move", créé par le gouvernement, tente de dissuader les migrants de prendre la route pour le Royaume-Uni. Crédit : Capture d'écran/On the Move

Le Home office a mis en ligne un site internet non officiel pour dissuader les migrants de poursuivre leur route jusqu'au Royaume-Uni. Un énième dispositif pour Londres, qui tente par tous les moyens d'empêcher les arrivées sur son sol.

Le Royaume-Uni s’est doté d’un nouvel outil pour dissuader les candidats à l’immigration dans le pays. Son nom : "On the Move". Le site internet, avec logo et charte graphique soignés, fournit de nombreuses informations sur les risques qui attendent les migrants désireux de rejoindre le Royaume-Uni. Traduit en arabe, en persan, en kurde, en pachto et en tigrigna, une des langues officielles de l’Érythrée, il s'adresse aux ressortissants de plusieurs pays.

La question "Envisagez-vous de vous rendre au Royaume-Uni de manière irrégulière ?" s’inscrit sur une première page qui s’affiche à l’ouverture du site. Les internautes qui répondent "oui" sont dirigés vers une rubrique qui détaille les "risques" liés au trajet, et les "réalités" de la vie en Europe. On y apprend par exemple qu’un exilé "ne sera pas éligible à l'aide sociale de l'État et dans la plupart des cas, les demandeurs d'asile reçoivent une allocation d'à peine 5 £ par jour pour vivre."


Plusieurs slogans agrémentent les pages du site internet pour alerter sur les dangers de l'immigration illégale. Crédit : Capture d'écran/On the Move
Plusieurs slogans agrémentent les pages du site internet pour alerter sur les dangers de l'immigration illégale. Crédit : Capture d'écran/On the Move


Concernant les traversées de la Manche, le site assure au candidat à la migration que la route est "incroyablement dangereuse". "Si vous tombez à la mer, vous risquez de vous noyer, vous ne tiendrez pas plus de 30 minutes dans l’eau froide, peut-on lire. Si les conditions en mer changent rapidement, votre bateau se renversera/chavirera. Vous mourrez rapidement d'hypothermie".

Si au contraire, l'internaute assure ne pas vouloir entrer au Royaume-Uni de façon illégale, alors le site s’ouvre sur la page "alternatives sûres et légales". Aucune information ne précise en revanche comment atteindre le pays de cette manière. Des sous-rubriques spécifiques à la demande d’asile en France et en Belgique (lieux de départs via la Manche pour rejoindre l'Angleterre) sont par contre proposées, ainsi qu’une page sur les démarches à effectuer pour "retourner volontairement dans le pays d'origine".

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Si la définition du statut de réfugié est mentionnée, une page du site précise que "la procédure d'asile britannique n'offre aucun avantage". "Il est plus sûr et plus facile de demander l'asile dans le pays dans lequel vous vous trouvez actuellement, affirme le site. Ce faisant, vous ne mettrez pas votre vie en danger ou ne serez pas obligés de payer ou de travailler pour des passeurs tentant de se rendre au Royaume-Uni".

De la publicité sur Facebook et Instagram

Si aucun doute ne subsiste quant à l'orientation des informations contenues sur "On the Move", le site ne fait par contre jamais mention de son propriétaire, à savoir le Home office, l'équivalent britannique du ministère de l'Intérieur. Les candidats à la migration peuvent ainsi fournir des informations personnelles via le formulaire de contact, qui est en fait dirigé par le gouvernement.

Un manque de transparence qui pose problème pour The Independent, qui a révélé l’affaire. Le journal accuse même le ministère britannique de divulguer des allégations "trompeuses" et dirigées contre les migrants, financées avec l’argent du contribuable. D’après l’article, le Home office aurait déboursé 23 000 £ pour une campagne de communication ciblée sur les réseaux sociaux, de décembre à avril dernier, via ses comptes Facebook et Instagram.


Sur la page "contact" du site "On the Move", le Home Office n'est jamais mentionné. Crédit : Capture d'écran/On the Move
Sur la page "contact" du site "On the Move", le Home Office n'est jamais mentionné. Crédit : Capture d'écran/On the Move


Contacté par The Independent, le ministère a reconnu que la campagne avait été menée pour "dissuader les migrants en France et en Belgique de faire des tentatives dangereuses d’entrée au Royaume-Uni". "Nous ne nous excuserons pas de fournir des informations importantes et potentiellement vitales", a-t-il précisé.

"Les autorités sentent qu'elles ont les mains libres"

Pour Matthieu Tardis, chercheur au centre Migration citoyenneté de l’Institut français des relations internationales (Ifri) joint par InfoMigrants, la création de ce site "illustre bien la direction vers laquelle se tourne le Royaume-Uni en terme de politique migratoire : celle de l’externalisation". "À rebours des standards européens, et calqué sur le modèle australien, cette stratégie avait déjà été proposé au début des années 2000 par le Premier ministre d’alors, Tony Blair, explique le chercheur. La création de centres d’identification de réfugiés en Afrique du nord avait par exemple été suggérée, mais rejetée en 2003 par l’Union européenne".

Mais depuis l’entrée en vigueur du Brexit, "les autorités sentent qu’elles ont les mains libres", estime Matthieu Tardis. La réforme du système d’asile britannique, présenté au Parlement début juillet par la ministre de l'Intérieur Priti Patel, prévoit en effet l’envoi des demandeurs d’asile sur des territoires extérieurs, le temps du traitement de leur demande. Le gouvernement souhaite également que "les personnes qui arrivent au Royaume-Uni après être passées par des pays sûrs", dont la France, soient "inadmissibles" à l’asile au Royaume-Uni.

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"Bien sûr, personne n’a envie de retrouver des corps sur les plages, affirme Matthieu Tardis. Mais plutôt que de se pencher sur les négociations à venir avec les pays de l’UE sur la question de l’asile, - Londres n’étant plus concerné par le protocole Dublin – les politiques britanniques, dont Priti Patel, s’évertuent à instrumentaliser la question des migrants et des réfugiés, à des fins électorales".

 

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