Le nouveau camp de Samos doit accueillir prochainement les migrants débarqués sur l'île. Crédit : Capture d'écran/MSF
Le nouveau camp de Samos doit accueillir prochainement les migrants débarqués sur l'île. Crédit : Capture d'écran/MSF

Un nouveau camp, construit pour remplacer l'ancienne structure en partie détruite par des incendies, accueillera bientôt les migrants présents sur l'île de Samos. Une véritable "prison à ciel ouvert" pour Médecins sans frontières (MSF).

"D’une prison à une autre". Ali, un exilé syrien de 30 ans, appréhende son éventuel transfert dans le nouveau camp de Vathy, à Samos. En cours de construction, l’endroit doit prochainement accueillir les 900 personnes installées dans le camp actuel - parmi lesquelles des Afghans (28 %), des Syriens (20 %) et des Congolais de la République Démocratique du Congo (17 %) -, en partie détruit par des incendies en 2019 et 2020.

Les premiers baraquements déjà installés font craindre le pire au jeune Syrien, interrogé par Médecins sans frontières (MSF). "Dans le camp actuel, nous ne pouvons déjà pas sortir. Alors comment ce sera dans un camp fermé ?", se demande-t-il.

Posé au milieu d’un grand terrain vague, le futur camp, où s'alignent des conteneurs, est entouré d’un haut grillage surmonté de barbelés. Une véritable "prison à ciel ouvert", d’après Stephen Cornish, directeur général de MSF Suisse.

Qasem, un Afghan de 37 ans, père de deux petites filles de six et huit ans, s’inquiète lui aussi. "Quand ils nous emmèneront dans le nouveau camp de Samos, nous serons loin du supermarché, de la pharmacie, et de l'avocat", se désole-t-il auprès de MSF.

Avec ce camp, isolé, moins visible et plus sécurisé, "on cherche à criminaliser, à humilier et à punir les réfugiés et les demandeurs d’asile plutôt que d’étendre leurs droits", déplore Stephen Cornish dans une vidéo tournée par l’ONG médicale. "Les conditions actuelles ne sont pas bonnes du tout : ce n’est pas un progrès de placer les réfugiés derrière plusieurs lignes de barbelés, et que les enfants jouent sur un terrain de jeu qui équivaut à une prison".

Une politique européenne "de rétention inacceptable"

Pour le directeur, la construction de ce camp illustre bien la politique migratoire adoptée par l’Europe. "Ce n’est pas le type d’accueil que l’on attend des pays européens. Il est temps que les citoyens voient ce qui est fait avec l’argent de leurs impôts et qu’au lieu de financer ce mode de criminalisation, ils investissent dans la dignité envers les demandeurs d’asile et les réfugiés qui arrivent en Europe", appelle Stephen Cornish.

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À Lesbos, un nouveau camp fermé est également en construction pour remplacer le camp provisoire où vivent des milliers de demandeurs d’asile depuis la destruction du camp de Moria. En octobre dernier, le ministre grec des Migrations, Notis Mitarachi, avait annoncé que ce nouveau camp permanent et "fermé" devait voir le jour d’ici l’été 2021. "Nous avançons vers un programme ambitieux financé par l'Union européenne pour des camps fermés (...) Des structures dont l'entrée sera contrôlée" et dotées "d'une double clôture", avait-il déclaré.

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"Depuis cinq ans, l’Union européenne mène une politique de rétention inacceptable sur les îles grecques, déplore aussi MSF. Avec la complicité du gouvernement grec, les réfugiés et demandeurs d’asile sont piégés dans des camps aux conditions de vie épouvantables".

Dans un rapport publié le 11 juin, l'organisation dénonçait déjà cette politique migratoire basée sur l’enfermement. Elle y fustigeait les "conditions dégradantes et inhumaines" des cinq hotspots de la mer Égée, ces centres fermés de Lesbos, Samos, Chios, Leros, et Kos. Les conséquences sur la santé physique et mentale des demandeurs d’asile sont désastreuses. Entre 2019 et 2020, les cliniques de MSF à Lesbos, Samos et Chios ont accueilli près de 1 400 personnes souffrant de troubles mentaux.

 

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