Des garde-frontières polonais arrêtent des personnes qui tentent de traverser la frontière entre la Biélorussie et la Pologne, le 9 août 2021. Crédit : Commandement principal de la Polish Border Control/Reuters
Des garde-frontières polonais arrêtent des personnes qui tentent de traverser la frontière entre la Biélorussie et la Pologne, le 9 août 2021. Crédit : Commandement principal de la Polish Border Control/Reuters

Ce week-end, les autorités polonaises ont arrêté 349 migrants à la frontière avec la Biélorussie. Un chiffre en hausse qui pousse la Pologne à demander de l'aide à l'Union européenne. Selon Varsovie, cette situation est "une réaction à l'asile accordé [par la Pologne] à la sprinteuse biélorusse" Krystsina Tsimanouskaya, qui, menacée par le régime biélorusse, avait refusé de rentrer chez elle après les JO de Tokyo.

C’est un chiffre record. En trois jours, du 6 au 8 août, les autorités polonaises ont intercepté 349 migrants qui tentaient de traverser la frontière avec la Biélorussie. Le groupe le plus important, composé de 85 personnes, a été arrêté samedi par des agents du poste de Kuznica. D’après les garde-frontières, la majorité de ces personnes vient "probablement d'Irak et d'Afghanistan", ont-ils affirmé dans un communiqué.

La semaine dernière déjà, les douanes polonaises ont indiqué avoir arrêté 71 migrants dans la nuit de mercredi à jeudi, après un autre groupe de 62 exilés, principalement des Irakiens, dans la journée. Le mois dernier, 242 migrants au total ont été interceptés dans la région.


La Pologne partage une frontière commune avec la Biélorussie, tout comme la Lituanie.
La Pologne partage une frontière commune avec la Biélorussie, tout comme la Lituanie.


Depuis le début de l’année, la Podlasie, région polonaise à la frontière avec la Biélorussie, a arrêté 871 immigrants illégaux, contre 122 pour toute l’année 2020.

Une athlète biélorusse au cœur de la polémique

Pour le ministre adjoint de l'Intérieur, Maciej Wasik, la cause de cet afflux est à chercher de l'autre côté de la frontière, en Biélorussie. "Minsk mène une guerre hybride avec l'Union européenne, avec l'aide de migrants illégaux", a-t-il assuré au groupe audiovisuel numérique Telewizja wPolsce. Selon lui, cette situation est "une réaction à l'asile accordé à la sprinteuse biélorusse".

Lundi 2 août, la Pologne a accordé un visa humanitaire à l’athlète biélorusse Krystsina Tsimanouskaya, qui, menacée par le régime et inquiète pour sa sécurité, avait refusé de rentrer chez elle après les Jeux olympiques de Tokyo. La décision polonaise n'aurait pas plu au dirigeant Alexandre Loukachenko, qui, en représailles, laisserait passer les migrants à sa frontière.

Cette thèse, celle des migrants utilisés comme arme diplomatique, est également avancée pour expliquer les arrivées de plus en plus régulières en Lituanie. La Biélorussie, sanctionnée par Bruxelles après l'arrestation fin mai du journaliste et dissident Roman Protassevitch alors que celui-ci se trouvait à bord d'un avion de ligne, se servirait là aussi des exilés pour faire pression sur l’Union européenne et la forcer à revenir sur ses sanctions.

>> A (re)lire : La Lituanie se dit débordée face à l'afflux de migrants venus de Biélorussie

"(Les sanctions) peuvent avoir l'effet inverse, comme le montre la réalité des événements d'aujourd'hui sur les frontières biélorusse-polonaise, biélorusse-ukrainienne, biélorusse-lituanienne et biélorusse-lettone", a d’ailleurs déclaré, lundi, Alexandre Loukachenko lors d'une conférence de presse.

Un appel à l'aide commun de la Pologne et de la Lituanie

Vendredi le Premier ministre polonais Mateusz Morawiecki et la Première ministre lituanienne Ingrida Simonyte ont condamné "la militarisation de la migration irrégulière par le régime de Loukachenko dans le but d'exercer une pression politique sur l'UE et ses États membres".

Dans une déclaration commune, les deux ministres ont appelé la Commission européenne, Frontex, le Bureau européen d'appui en matière d'asile (EASO), d'autres États membres de l'UE et des partenaires extérieurs à un soutien politique et pratique, ainsi qu’un renforcement de la politique de migration et d'asile de l'Union. "Nous sommes fermement convaincus que la protection des frontières extérieures de Schengen n'est pas seulement le devoir des États membres individuels mais aussi la responsabilité commune de l'UE", indique le communiqué.

>> A (re)lire : Asile : Bruxelles dévoile les contours d'une nouvelle politique européenne

La Slovénie, qui assure la présidence tournante de l'UE, a déclaré que des pourparlers auraient lieu par vidéoconférence le 18 août, pour répondre à la crise. Ils auront lieu en présence des ministres de l'intérieur des 27 États membres et des représentants de Frontex, de l'EASO et d'Europol.

 

Et aussi