Des migrants marchent dans l'enceinte de la caserne Napier à Folkestone, dans le Kent, en Angleterre, à la suite d'un incendie sur le site, le dimanche 31 janvier 2021. Crédit : AP
Des migrants marchent dans l'enceinte de la caserne Napier à Folkestone, dans le Kent, en Angleterre, à la suite d'un incendie sur le site, le dimanche 31 janvier 2021. Crédit : AP

Depuis le début de l'année, le Home Office a recensé 70 actes racistes menés par des militants d'extrême droite sur des demandeurs d'asile, dans les centres de Napier et de Penally, mais aussi dans les hôtels où sont hébergés les migrants.

Les centres de Penally et de Napier sont une nouvelle fois au cœur de la polémique. Déjà décriés il y a quelques mois pour leurs installations vétustes et délabrées, cette fois, c’est pour des incidents racistes que les deux anciennes casernes militaires font parler d’elles.

Entre le 1er janvier 2020 et le 13 juillet 2021, le Home Office y a recensé 70 actes racistes menés par des militants d'extrême droite à l'encontre de demandeurs d'asile, rapporte The Guardian. Dans les baraquements de Napier, dans le Kent, quatre incidents ont été enregistrés entre septembre et décembre 2020, et 12 se sont produits cette année.

Dans la caserne galloise de Penally, fermée en mars 2021, un seul incident a été signalé au ministère de l'Intérieur l'année dernière, et aucun en 2021. Mais les témoignages des exilés recueillis par le journal décrivent une toute autre réalité. L’un d’entre eux affirme par exemple avoir failli se faire renverser par une voiture, qui lui fonçait dessus. D’autres racontent être régulièrement la cible de jets de pierres et de bouteilles, de feux d'artifice tirés à travers la porte, et recevoir des menaces de viol et des incitations à se battre.

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"Sortez de notre pays, éloignez-vous de nous"

Le responsable d’un magasin agricole de la région raconte également au quotidien britannique que des militants d'extrême droite avaient demandé à "acheter des effaroucheurs à pigeons pour imiter le bruit des coups de feu et effrayer les demandeurs d'asile".

Dans les hôtels où ils s’installent parfois, les migrants ne sont pas davantage épargnés. Le nombre d'incidents enregistrés par le Home Office y a triplé cette année, avec 40 cas signalés, contre 13 l'année dernière. "Une voiture tournait autour de l'hôtel en nous filmant, et les personnes à l’intérieur nous insultaient et criaient des choses comme :'Sortez de notre pays, pourquoi mangez-vous notre nourriture, éloignez-vous de nous, vous êtes des étrangers ici’. Nous avions trop peur de sortir de l'hôtel et nous avions l'impression que c'était une prison dans laquelle nous devions rester", raconte un demandeur d’asile originaire du Yémen, logé dans un hôtel en périphérie de Londres.

"Nous avons fui des pays où il y a beaucoup de tortures et de persécutions et nous nous sommes sentis en sécurité lorsque nous sommes arrivés ici, a-t-il ajouté. Mais quand on voit ce genre d'attaque raciste, on ne se sent plus protégé".

Une "ghettoïsation" dangereuse

Pour Maddie Harris, membre de Humans for Rights Network, ce sont les hébergements dans lesquels les migrants sont logés qui posent problème. "La ghettoïsation des personnes dans des logements à grande échelle tels que les hôtels et les casernes de l'armée les expose à des dangers", assure-t-elle au Guardian. "Les chiffres officiels sont bien en deçà du niveau d'injures raciales subi par les personnes que nous soutenons. De nombreux demandeurs d'asile nous ont confié ne pas se sentir pas en sécurité à cause de ces incidents qu'ils subissent dans et autour de ces logements".

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Le Home Office affirme, lui, assure veiller "à ce que chaque incident fasse l'objet d'une enquête approfondie". "Nous travaillons en étroite collaboration avec des organisations pour garantir un soutien et une assistance immédiate aux personnes vivant dans ces logements et, si nécessaire, transmettre ces incidents aux forces de l'ordre".

L’affaire Jamal Hijazi

Les actes de racisme envers les étrangers font régulièrement la Une au Royaume-Uni, à l’instar de l’affaire Jamal Hijazi. En octobre 2018, cet adolescent et réfugié syrien avait été agressé par des camarades dans la cour de récréation de son collège à Huddersfield, au nord de l'Angleterre. La scène avait été filmée, et la vidéo, postée sur Internet, était devenue virale.

Stephen Yaxley-Lennon, fondateur de la Ligue de défense anglaise, un groupe d'extrême droite entendant lutter contre la menace islamiste, avait peu après publié sur Facebook deux vidéos dans lesquelles il affirmait que Jamal n'était "pas innocent et qu'il s'en prenait violemment aux jeunes filles anglaises de son école". Le militant avait d’ailleurs reçu le soutien du fils du président américain Donald Trump et de son ex-conseiller Steve Bannon.

Ces accusations, visionnées par plus d’un million de personnes, ont eu un effet dévastateur sur l'adolescent et sa famille, originaire de Homs. Après la publication de ces vidéos, Jamal a subi de nombreuses agressions, et a même reçu des menaces de mort. Lors du procès en juillet dernier, la justice lui a finalement donné raison, en lui accordant 100 000 livres de dommages et intérêts.

Un modèle de tolérance ?

Des polémiques qui vont à l’encontre du "modèle d’intégration britannique essentiellement pluraliste, fondé sur la reconnaissance du droit des minorités ethniques, et au maintien de leurs spécificités culturelles et religieuses", écrit Anne Daguerre, chercheuse à l’université de Brighton, dans son article "L'intégration des migrants au Royaume-Uni" paru en 2009.

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"Depuis 1961 […] ce modèle de tolérance multiculturel repose en fait sur un contrôle très strict des flux migratoires. En ce sens, le Royaume-Uni a véritablement inauguré les politiques de fermeture des frontières que mettront ensuite en place l’ensemble des pays européens, notamment la France et l’Allemagne à partir du début des années 1970", explique-t-elle. Le Royaume-Uni prône "un modèle de tolérance, oui, mais fondé sur une exclusion partielle des nouveaux arrivants".

 

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