AP - John Thys | Le président Emmanuel Macron critique les politiques migratoires en Italie, en Espagne ou encore en Allemagne au JDD.
AP - John Thys | Le président Emmanuel Macron critique les politiques migratoires en Italie, en Espagne ou encore en Allemagne au JDD.

L'allocution du président de la République, lundi, au sujet de la protection des ressortissants afghans, a fait vivement réagir. Si le gouvernement promet des protections ciblées, aucun corridor humanitaire ni plan d'évacuation large ne sera mis en place. Par ailleurs, une coopération européenne sera initiée pour lutter "contre des flux migratoires irréguliers importants" et harmoniser la protection des demandeurs d'asile entre États membres.

Dans une allocution d'une dizaine de minutes, lundi 16 août, le président de la République Emmanuel Macron a rappelé que "la situation en Afghanistan se dégrade rapidement et brutalement (...) les Taliban sont maîtres de la quasi-totalité du pays". Pour autant, la posture gouvernementale sur la protection des ressortissants afghans, exprimée par le chef de l'État, reste très étroite.

Pas de plan d'évacuation élargi, ni de visas ou de corridors humanitaires. Mais des opérations ciblées. Ainsi, "de nombreux Afghans, défenseurs des droits, artistes, journalistes, militants, sont aujourd’hui menacés en raison de leur engagement", a souligné le Président. "Nous les aiderons".

Pour ces personnes, deux avions militaires ainsi que les forces spéciales françaises seront déployés "dans les prochaines heures" pour procéder à des évacuations, a-t-il assuré.

Coopération européenne "contre des flux migratoires irréguliers importants"

Pour le reste, "nous devons anticiper et nous protéger contre des flux migratoires irréguliers importants qui mettraient en danger ceux qui les empruntent, et nourriraient les trafics de toute nature", a affirmé Emmanuel Macron.

Cette déclaration a fait très largement réagir dans le monde associatif, politique ou encore universitaire, y compris hors de France.

Le chercheur François Gemenne a par exemple dénoncé une déclaration "complètement indigne", tandis que le député Aurélien Taché (ex-LREM) s'est dit "particulièrement choqué" et presse le gouvernement de "proposer à tous ceux qui le souhaitent de pouvoir les évacuer". D'autres dénoncent une atteinte au droit d'asile et à la Convention de Genève. La secrétaire générale d'Amnesty International, Agnès Callamard, fustige une allocution "vraiment pas à la hauteur des défis et des menaces, de nature historique, que confrontent les défenseurs des droit et la société civile Afghane".

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Face à ces vives réactions, le président français a réaffirmé dans un tweet sa volonté de protéger ceux qui en ont le droit : "Ce que j’ai dit ce soir sur l’Afghanistan et que certains veulent détourner : la France fait et continuera de faire son devoir pour protéger celles et ceux qui sont les plus menacés".

Déjà en contact avec la chancelière allemande sur le sujet, le Président a tout de même annoncé qu'une "initiative" sera lancée avec d'autres États européens en matière de "lutte contre les flux irréguliers", d''harmonisation des critères de protection", ou encore de "mise en place de coopérations avec les pays de transit et d’accueil comme le Pakistan, la Turquie ou l’Iran".

Auxiliaires en danger

Concernant les personnes afghanes ayant travaillé pour la France, le président a assuré avoir "anticipé les opérations d’évacuation dans les dernières semaines". Ainsi, "tous les employés afghans des structures françaises qui pouvaient être menacés ainsi que leurs familles, ce qui représente plus de 600 personnes", ont pu selon le gouvernement être accueillies en France.

S'agissant des auxiliaires de l'armée française, "près de 800 personnes sont d’ores et déjà sur le sol français" grâce à des évacuations ces dernières années, a-t-il assuré. Tout en reconnaissant que "plusieurs dizaines de personnes sont encore sur place", pour lesquelles "nous restons pleinement mobilisés".

De fait, il demeure en Afghanistan de nombreux auxiliaires en danger : interprètes, chauffeurs, cuisiniers ou encore caissiers ayant travaillé pour l'armée française. Pas plus tard que le 28 juillet, le tribunal administratif de Paris a rejeté la demande de visa d'une jeune Afghane employée par l’armée française, et qui avait déjà sollicité une protection en 2019.

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Revenant sur l'histoire de l'intervention militaire française en Afghanistan, de 2001 à 2014, Emmanuel Macron a évoqué "un combat juste". Aujourd'hui, sur le plan sécuritaire, le Président a affirmé qu'une "réponse responsable et unie" sera travaillée dans le cadre du Conseil de sécurité des Nations Unies afin de prévenir le risque terroriste dû à la déstabilisation du pays.

 

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