Les évacuations reprennent à l’aéroport de Kaboul après des scènes de chaos

Le département américain de la Défense a annoncé lundi que le tarmac de l'aéroport de Kaboul avait été rouvert, quelques heures après la suspension des vols en partance ou à destination de la capitale afghane due au chaos après la prise du pouvoir par les Taliban. Le premier avion de transport militaire français a pu atterrir dans la nuit. 

Après la panique, le retour au calme. Le trafic de vols militaires  d'évacuation de diplomates et de civils a repris à l’aéroport de Kaboul, a annoncé tard lundi 16 août, le général américain Hank Taylor depuis le Pentagone. La situation à l'aéroport, dont les pistes ont été envahies par des milliers de personnes tentant désespérément de fuir l'Afghanistan tombé aux mains des Taliban, avait empiré au point que tous les vols avaient dû être suspendus plusieurs heures lundi après-midi.

Un représentant du Pentagone a déclaré à des journalistes à Washington qu'un appareil C-17 de l'armée américaine avait atterri à Kaboul et qu'un autre y était attendu plus tard dans la journée.

La France a procédé dans la nuit à sa première évacuation via le pont aérien reliant la capitale afghane à la base française des Emirats arabes unis (EAU). "Pendant la nuit les vols ont pu reprendre, ce qui nous a permis de faire atterrir notre premier avion de transport militaire", a déclaré la ministre française des Armées, Florence Parly, mardi matin sur RTL.

"Cet avion a pu repartir vers Abu Dhabi et est arrivé en fin de nuit", a-t-elle ajouté. Le "pont aérien" entre l'aéroport de Kaboul et la base aérienne 104 d'Al Dhafra, à Abu Dhabi va permettre de procéder à l'évacuation puis au rapatriement en France de ressortissants français encore présents en Afghanistan - en particulier des membres du personnel diplomatique ou d'ONG - ainsi que d'anciens auxiliaires de l'armée française ou de personnalités menacées.

Retour au calme apparent dans le rues mardi

Le fulgurant triomphe final des insurgés dimanche a déclenché des scènes de panique monstre à l'aéroport de la capitale afghane. Une marée humaine s'est précipitée vers ce qui est la seule porte de sortie de l'Afghanistan, pour tenter d'échapper au nouveau régime que le mouvement islamiste, de retour au pouvoir après 20 ans de guerre, promet de mettre en place.

Dans la capitale afghane, les rues semblaient calmes mardi, même si des journalistes de Reuters ont entendu des tirs sporadiques venant de la direction de l'aéroport. À l'aéroport, "beaucoup des personnes qui étaient là hier sont rentrées chez elles", a expliqué un responsable d'un service de sécurité occidental à Reuters.

De l’autre côté de l’Atlantique, le président Joe Biden a défendu lundi coûte que coûte le retrait américain d'Afghanistan, malgré la prise de contrôle des Taliban et les scènes de désespoir à l'aéroport de Kaboul.

"Après 20 ans, j'ai appris à contrecœur qu'il n'y avait jamais de bon moment pour retirer les forces américaines", a affirmé Joe Biden lors d'une adresse à la nation, très attendue en raison du mutisme présidentiel durant ce week-end historique qui a vu le président Ashraf Ghani fuir l'Afghanistan.

"La vérité est que tout cela s'est déroulé plus rapidement que nous l'avions prévu", a toutefois concédé le démocrate.

Face au chaos régnant à l'aéroport de Kaboul, le locataire de la Maison Blanche a par ailleurs menacé les Taliban d'une réponse militaire "rapide et puissante" si ces derniers venaient à perturber les opérations d'évacuation en cours.

Débâcle totale pour les forces afghanes

La débâcle est totale pour les forces de sécurité afghanes, financées pendant vingt ans à coups de centaines de milliards de dollars par les États-Unis. En dix jours, le mouvement islamiste radical, qui avait déclenché une offensive en mai à la faveur du début du retrait des troupes étrangères, a pris le contrôle de quasiment toute l'Afghanistan.

Et en 20 ans après en avoir été chassé par une coalition menée par les États-Unis en raison de son refus de livrer le chef d'Al-Qaïda, Oussama Ben Laden, dans la foulée des attentats du 11 septembre 2001.

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Les États-Unis ont affirmé lundi qu'ils ne reconnaîtraient un gouvernement mené par les Taliban en Afghanistan qu'à condition que ces derniers respectent les droits des femmes et rejettent les terroristes. Notre position "dépendra du comportement des Taliban", a résumé le porte-parole du département d'État, Ned Price.

La Chine avait été le premier pays à dire lundi vouloir entretenir des "relations amicales" avec les Taliban.

Le ministère russe des Affaires étrangères a estimé que "la situation en Afghanistan et en particulier à Kaboul se stabilisait. Les Taliban procèdent au rétablissement de l'ordre public".

A contrario, le ministre britannique de la Défense, Ben Wallace, a jugé que ce n'était "pas le moment" de reconnaître le régime taliban. Le Premier ministre Boris Johnson a appelé à organiser une rencontre virtuelle des dirigeants du G7 "dans les prochains" jours.

"Initiative" européenne pour "protéger contre les flux migratoires importants"

Le président français Emmanuel Macron a pour sa part déclaré dans la soirée que l'Afghanistan ne devait "pas redevenir le sanctuaire du terrorisme qu'il a été" et appelé à "une réponse (internationale) responsable et unie".

Lors d’une allocution télévisée consacrée à la situation en Afghanistan, tombé aux mains des Taliban, le chef de l’État français a dit lundi vouloir porter une initiative européenne visant à "anticiper" et "protéger contre des flux migratoires irréguliers importants" qui "nourrissent les trafics de toute nature", alors que de nombreux Afghans tentent l'aventure de l'émigration clandestine et que la prise du pouvoir par les Taliban risque d'accentuer le mouvement.

"Nous porterons donc, en lien avec la République fédérale d'Allemagne et d'autres Européens, une initiative pour construire sans attendre une réponse robuste, coordonnée et unie", a poursuivi le président français, en appelant à "la solidarité dans l'effort, l'harmonisation des critères de protection et la mise en place de coopérations avec les pays de transit".

Avec AFP & Reuters

 

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