Le ministre de la Défense turc Hulusi Akar inspecte le mur entre la Turquie et l'Iran en construction, le 14 août 2021. Crédit : Reuters
Le ministre de la Défense turc Hulusi Akar inspecte le mur entre la Turquie et l'Iran en construction, le 14 août 2021. Crédit : Reuters

Trois mètres de haut, 295 kilomètres de long : en prévision des arrivées d'exilés afghans, Ankara compte accélérer la construction de son mur le long de la frontière avec l'Iran. Recep Tayyip Erdogan souhaite également "renforcer sa coopération" avec le Pakistan.

Alors que les Taliban ont pris le contrôle de Kaboul, les autorités turques craignent d'importantes arrivées de ressortissants afghans. Pour freiner au maximum ces nouvelles migrations, elles misent sur un mur de béton de trois mètres de haut, en cours de construction dans la province de Van, à la frontière avec l'Iran.

À terme, le mur devrait être long de 295 kilomètres - soit un peu plus de la moitié de la frontière avec l'Iran. Il couvrirait ainsi la portion de la frontière qui constitue le principal point d'entrée des exilés afghans. Doublé de barbelés et de fossés, il sera jalonné de radars, et d’une centaine de tours d’observation.

Le chantier a débuté en 2017, mais il s’est fortement accéléré ces derniers mois. Les sources divergent quant à son avancement exact : Ankara affirme que la construction est "presque terminée", tandis que des médias et agences de presse parle plutôt de 5 à 110 kilomètres achevés.

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Ces derniers jours, face à la prise de contrôle de Kaboul par les Taliban, les autorités turques affichent en tout cas leur volonté d'intensifier la construction. Les 14 et 15 août, le ministre de la Défense, Hulusi Akar, s’est rendu sur place pour saluer une frontière bientôt "infranchissable". "On opère avec un millier de véhicules de surveillance, dotés de matériel de vision nocturne avec imagerie thermique. Grâce aux tours électro-optiques et des capteurs acoustiques, il est très facile de détecter toute mobilité sur la frontière", a-t-il exposé.

L'accord UE-Turquie en mémoire

Le gouvernement d'Erdogan est aussi sous pression de l'opposition, qui pointe du doigt l'accord UE-Turquie. Celui-ci prévoyait que le pays accueille les exilés syriens, en échange d'une enveloppe de 6 milliards d’euros. Du fait de cet accord, la Turquie compte aujourd'hui sur son territoire près de 3,7 millions de Syriens. "La Turquie ne sera ni le garde-frontière ni le camp de réfugiés de l’Union européenne", avait martelé à ce propos le ministre des Affaires étrangères, fin juillet.

"Nous allons continuer de fournir des efforts pour permettre le retour de la stabilité dans la région, à commencer par l'Afghanistan", a par ailleurs soutenu Recep Tayyip Erdogan, le 16 août à Istanbul, aux côtés du président du Pakistan Arif Alvi. "Pour cela, il nous faut poursuivre et renforcer notre coopération avec le Pakistan", a ajouté.

L'Union Européenne n'est pas en reste : un mur d'acier doit être érigé entre la Grèce et la Turquie d'ici la fin de l'année, sur des points de passage stratégiques - et donc, sur la route migratoire de nombreux Afghans. Un arsenal technologique y sera également déployé.

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"Il est profondément troublant que, à maintes reprises, les fonds de l'UE soient investis dans des technologies coûteuses qui sont utilisées de manière à criminaliser, expérimenter et déshumaniser les personnes en mouvement", avait alors commenté Ella Jakubowska, du groupe de défense des droits numériques EDRi, auprès d'InfoMigrants.

 

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