Des civils afghans tentent d'accéder à l'aéroport de Kaboul | Photo: Reuters
Des civils afghans tentent d'accéder à l'aéroport de Kaboul | Photo: Reuters

Le 15 août, un étudiant afghan a réussi à quitter l’Afghanistan juste avant l'entrée des fondamentalistes religieux dans la capitale. Aujourd'hui réfugié en Allemagne, il craint pour sa famille, restée sur place, dont les membres sont des militants des droits de l'Homme. "Les Taliban frappent aux portes de chaque maison", confie-t-il. "Ma famille a déjà été menacée à de nombreuses reprises".

"Ma famille est toujours à Kaboul, dans une cachette, mais les Taliban fouillent chaque maison", explique Baqir*, contacté par la Deutsche Welle. L’étudiant afghan de 26 ans est arrivé en Allemagne la veille de l'arrivée des fondamentalistes religieux dans la capitale afghane, le 15 août.

Il craint désormais pour la survie de sa famille. "Je ne sais pas ce qui va leur arriver. Les Taliban frappent aux portes de chaque maison à la recherche des personnes qui ont travaillé avec le gouvernement ou l'armée afghane. Ils veulent aussi savoir qui possède des armes et des munitions."

Sa femme, qui est membre d’une ONG de défense des droits des femmes, est contrainte de se cacher, alors que l’accès à l’aéroport est bloqué par les Taliban et que les frontières terrestres sont fermées. "La situation est horrible. Tout ça me fait très peur", raconte encore Baqir.

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Le jeune Afghan est originaire de la province de Farah, dans l’ouest de l’Afghanistan, près de la frontière avec l’Iran. Il a pu rejoindre l’Allemagne grâce à son visa d’étudiant. Il dit n’avoir eu d’autre choix que de laisser sa famille derrière lui. 

"Mon idéologie a toujours été opposée aux Taliban et à leur régime. Je suis issu d'une famille très politisée. J’ai été éduqué à l'occidentale avec des idées politiques et sociales qui ne seront jamais acceptées par les Taliban. Moi et ma famille avons été menacés par eux à de nombreuses reprises."

Situation désespérée en Afghanistan

"Nous ne nous attendions pas à cela", note Baqir. "Notre président assurait qu’un processus de paix était en cours et qu’il y aurait un gouvernement de transition pour mettre en place une transition avec les Taliban. Mais la situation a évolué très rapidement."

Et Baqir ne croit pas aux promesses de Taliban de réconciliation envers ceux qui ont soutenu les armées étrangères et le gouvernement afghan.

"Ce sont des manipulateurs. Ils mentent simplement pour calmer les gens", estime-t-il. "Je suis absolument sûr qu'ils ont des listes de personnes qui ont travaillé avec le gouvernement, de personnes qui ont dit du mal des Taliban. Ils sont se venger."

Baqir dénonce ainsi le retrait de l’OTAN qu’il juge précipité et mal géré. 

"Prenons l'exemple de la base aérienne de Bagram [dans la province de Parvan, en Afghanistan] : ils [les forces de l’OTAN] sont partis en pleine nuit sans alerter personne. Ils ont trahi l'Afghanistan."

De la même manière, Baqir dit ne pas comprendre l'effondrement de l’armée afghane. "Je n’arrive pas à digérer ce qui est arrivé à l'Afghanistan. Pourquoi sont-ils partis ? Pourquoi aucune balle n'a-t-elle été tirée lors de la chute de Kaboul ? Comment tout cela à pu se produire sans qu’il n’y ait de combats entre nos soldats et les Taliban?"

Son visa d’étudiant expire le 31 août prochain, mais il est peu probable que Baqir retourne à Kaboul. 

Le sort des auxiliaires afghans

Lors d'une conférence de presse en début de semaine, le gouvernement allemand a concédé que des milliers d'Afghans ayant notamment travaillé pour l’armée allemande étaient toujours pris au piège à Kaboul, malgré la promesse qu’ils obtiendraient un droit d’asile en Allemagne. 

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De plus, les délais d’octroi des visas ont entraîné une certaine confusion. Selon des médias allemands, de nombreux auxiliaires afghans se sont retrouvés à devoir organiser leur voyage vers l’Allemagne eux-mêmes. Ainsi, certains d’entre eux ont atterri ces derniers mois à différents aéroports allemands sans recevoir le moindre accueil ou information sur les prochaines étapes à suivre. 

Dans certains cas, ce sont leurs proches en Allemagne qui ont dû faire les démarches pour leur permettre de trouver un centre d’accueil pour demandeurs d’asile.

Face à ce chaos, les dirigeants des régions allemandes ont appelé, mercredi 18 août, le gouvernement central à mettre en place un nouveau programme d’accueil pour les anciens auxiliaires afghans et certaines personnes en danger à cause de leurs activisme. 

La Rhénanie-du-Nord-Westphalie, la région la plus peuplée d’Allemagne, s’est ainsi dite prête à accueillir 1 800 personnes. Un millier de places seraient réservées en priorité aux femmes afghanes, militantes des droits de l’homme, artistes ou journalistes. 

La région du Bade-Wurtemberg serait également ouverte à l’accueil de 1 100 anciens auxiliaires afghans et leurs familles.

*Le nom a été changé pour préserver la sécurité des personnes évoquées dans l'article.

Auteur : Ben Knight

Traduction et informations supplémentaires : Marco Wolter

Source: dw.com

 

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