Des militaires polonais et des gardes-frontières surveillent un groupe de migrants bloqués à la frontière entre la Biélorussie et la Pologne, près du village d'Usnarz Gorny, en Pologne, le 22 août 2021. Crédit : Reuters
Des militaires polonais et des gardes-frontières surveillent un groupe de migrants bloqués à la frontière entre la Biélorussie et la Pologne, près du village d'Usnarz Gorny, en Pologne, le 22 août 2021. Crédit : Reuters

Trente-deux migrants, pris dans la bataille politique entre la Biélorussie et la Pologne, sont bloqués depuis deux semaines à la frontière qui séparent les deux pays.

Les images ont choqué de nombreux Polonais. Dans un camp de fortune, des migrants, principalement originaires d'Afghanistan, patientent, coincés entre des officiers biélorusses armés et des soldats polonais près du village de Usnarz Gorny. Les exilés, qui d'après les autorités se trouvent sur le territoire biélorusse, dans une zone où la frontière n'est pas précisément tracée, survivent grâce à l'aide des activistes et de quelques gardes-frontières polonais.

Depuis maintenant deux semaines, ce groupe de 32 exilés en détresse sont, malgré eux, au cœur d’un dilemme politique pour Varsovie. Faut-il autoriser les migrants à entrer sur le territoire, sous peine de céder au chantage du régime biélorusse ?

Pour l'instant, le gouvernement polonais campe sur sa ligne dure, au détriment des exilés : "La Pologne doit protéger ses frontières", a soutenu ces derniers jours le Premier ministre Mateusz Morawiecki, accusant le président Alexandre Loukachenko d'exploiter les migrants. "Je compatis vraiment avec les migrants qui sont dans une situation extrêmement difficile, a poursuivi le chef du gouvernement, cité par l’AFP. Mais il convient de préciser qu'ils constituent un instrument politique".

Une ligne également soutenu par des personnalités d'extrême droite, qui se sont rendues sur place pour soutenir les gardes-frontières, de plus en plus nombreux. La semaine dernière, quelque 900 soldats polonais ont été appelé à la frontière, où des fils barbelés ont été posés sur des dizaines de kilomètres.


Ce lundi, le ministre polonais de la Défense a annoncé sur Twitter la construction le long de la frontière d'une "clôture solide", haute de 2,5 mètres et longue de 407 km, pour empêcher les migrants de pénétrer sur le sol polonais. "L'armée a déjà érigé plus de 100 km de clôtures. Ils commencent également à poser 50 km supplémentaires", a-t-il fait savoir dans un autre tweet, photos à. l'appui.


"Prendre le parti de la vie humaine"

À contrario, plusieurs observateurs insistent pour que le gouvernement laisse entrer les migrants en Pologne. "La seule chose que nous puissions faire c'est de montrer que nous sommes différents de [...] Minsk et de leur donner un abri et une chance d'obtenir un droit d'asile", a écrit Boguslaw Chrabota dans le quotidien centriste Rzeczpospolita.

Michal Wilgocki, un journaliste du journal Gazeta Wyborcza (centre-gauche), a prévenu, lui, que les nationalistes-conservateurs au pouvoir pourraient utiliser la rhétorique anti-migratoire pour gagner des voix - comme ils l'avaient fait lors des élections en 2015. Il a incité les forces politiques à "prendre le parti de la vie humaine".

2 100 tentatives de passage

Vendredi, les autorités polonaises ont déclaré avoir secouru un autre groupe de 12 migrants, 11 Irakiens et un Égyptien, qui, après avoir traversé illégalement la frontière, s'étaient retrouvés bloqués dans un marécage. Depuis août, 2 100 personnes ont tenté de franchir la frontière entre la Biélorussie et la Pologne. Au moins 1 342 d'entre eux en ont été empêchés, et 758 ont été arrêtées, a annoncé mercredi le ministère de l'Intérieur polonais.

>> À (re)lire : Pologne : des arrivées de migrants records à la frontière biélorusse

De nombreux incidents impliquant les migrants se produisent également dans les deux autres pays de l'UE limitrophes de la Biélorussie, la Lettonie et la Lituanie. Ces derniers empêchent les migrants de franchir illégalement la frontière et d'obtenir un droit d'asile, considérant qu'ils devraient passer par les ambassades en Biélorussie, ou par les postes de contrôle frontaliers officiels.

Dans une déclaration commune ce lundi 23 août, les premiers ministres d'Estonie, de Lettonie, de Lituanie et de Pologne demandent, entres. autres, "d'éventuelles nouvelles mesures restrictives de la part de l'UE pour empêcher toute nouvelle immigration illégale organisée par l'État biélorusse". 

 

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