Anas Modamani, qui a pris ce selfie avec Angela Merkel en septembre 2015, qualifie la chancelière allemande de "héros" . Crédit : Anas Modamani
Anas Modamani, qui a pris ce selfie avec Angela Merkel en septembre 2015, qualifie la chancelière allemande de "héros" . Crédit : Anas Modamani

À quelques semaines des élections législatives, l’arrivée de nouveaux réfugiés afghans fait craindre une montée d’un sentiment anti-migrants qui pourrait s’exprimer dans les urnes.

Y a-t-il trop de réfugiés afghans en Allemagne ? Depuis le retour au pouvoir des Taliban en Afghanistan, les images de l’évacuation à Kaboul de milliers d’Afghans ayant soutenu l’armée allemande ont relancé la question de l’immigration à quelques semaines des élections législatives du 26 septembre.

Selon un récent sondage, deux tiers des Allemands craignent une répétition de la "crise migratoire" de 2015, lorsque quasiment un million de demandeurs d’asile syriens étaient arrivés dans le pays. Dans une vidéo du parti d’extrême-droite AFD mettant en scène une arrivée massive de migrants, Rüdiger Lucassen, l’un des chargés des questions de Défense du parti, affirme que "les experts prédisent la venue en Europe et en Allemagne de cinq fois plus de réfugiés qu’en 2015". Pour Rüdiger Lucassen, "il est évident que l’Allemagne ne peut pas y arriver", en référence au fameux discours du "Nous y arriverons !" prononcé à l’été 2015 par la chancelière Angela Merkel.

Vers un durcissement de la politique migratoire ?

La prise de pouvoir des Taliban et l’exil forcé et précipité de milliers de personnes laisse supposer que de nombreux Afghans continueront à chercher à fuir leur pays, pour éventuellement tenter de rejoindre l’Europe.

>> À (re)lire : UE : aucun accord trouvé sur une politique commune d’accueil des réfugiés afghans

En Allemagne, certains réfugiés installés dans le pays redoutent les effets secondaires d’une éventuelle nouvelle vague de demandes d’asile. À l’image du Syrien Anas Modamani, dont le visage est bien connu dans les médias allemands. Il avait posé avec Angela Merkel pour un selfie en septembre 2015. Aujourd’hui, l’homme de 24 ans craint que la crise afghane pousse les électeurs allemands à exiger de la prochaine coalition gouvernementale un durcissement de sa politique migratoire.

Des "peurs justifiées"

À trois semaines de la fin de l’ère Angela Merkel, qui ne se représentera pas, Anas Modamani se dit "inquiet de ce que sera la politique migratoire une fois qu’elle ne sera plus chancelière."

"Je sais que la plupart des Allemands ne vont pas voter pour l’AFD, mais un certain nombre de gens comme moi se demandent ce qui se passera si l’AFD sort ne serait-ce qu’un peu plus fort des prochaines élections et que le prochain gouvernement réagira, en rendant par exemple l’accès à la citoyenneté allemande plus compliqué."

Karl Kopp, le directeur pour les affaires européennes de l’ONG Pro Asyl, note également un sentiment d’incertitude grandissant parmi les migrants en Allemagne, notamment chez les Afghans qui veulent faire venir leurs familles restées au pays. "Les événements tragiques en Afghanistan ont pour résultat une discussion toxique autour de l’immigration", affirme Karl Kopp. "Quand les réfugiés entendent le récit négatif selon lequel 2015 ne doit pas se répéter, ils s’inquiètent de lois plus dures sur l’immigration après les élections, et ces peurs sont justifiées."

La majorité des Syriens ayant obtenu une protection en Allemagne ces 10 dernières années n’ont pas encore la citoyenneté allemande, mais espèrent l’obtenir dans les prochaines années lorsqu’ils rempliront les critères de résidence. 


Des demandeurs d’asile arrivant à l’aéroport de Munich, remerciant Angela Merkel pour avoir ouvert les frontières du pays. Crédit : Picture alliance
Des demandeurs d’asile arrivant à l’aéroport de Munich, remerciant Angela Merkel pour avoir ouvert les frontières du pays. Crédit : Picture alliance


De nombreux Syriens en Allemagne ont ainsi suivi avec attention la décision du Danemark d’expulser des demandeurs d’asile syriens vers certaines parties de la Syrie considérées comme "sûrs" par le gouvernement danois.

Fawaz Tello, un opposant syrien en attente de la citoyenneté allemande, estime que "si l’AFD gagne 2 ou 3% (par rapport aux législatives de 2017), quiconque succèdera à Angela Merkel pourrait décider de suspendre le droit des réfugiés de faire venir les membres de leur famille. Regardez ce que fait le Danemark."

D’après un sondage, les intentions de vote pour l’AFD tournent autour de 10%, ce qui serait légèrement en dessous du résultat obtenu par le parti en 2017. Dans le même temps, le parti chrétien démocrate d’Angela Merkel (CDU) n’est plus en tête des sondages. La pression est ainsi énorme sur Armin Laschet, l’homme de la CDU qui ambitionne de succéder à la chancelière.

Le Syrien Anas Modamani assure que s’il avait le droit de vote, il déposerait son bulletin pour Armin Laschet, en signe d’admiration pour Angela Merkel : "Je ne peux pas encore imaginer la vie en Allemagne sans elle."

 

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