Ces Soudanais dorment dans les rues d'Oujda sur des morceaux de cartons. Crédit : AMDH
Ces Soudanais dorment dans les rues d'Oujda sur des morceaux de cartons. Crédit : AMDH

Depuis cet été, la ville d'Oujda, au nord-est du Maroc, voit arriver de plus en plus de migrants soudanais en provenance de Libye. Pour contenir cet afflux, les forces de l'ordre n'hésitent pas à user de la force pour les déloger de la ville. Les associations dénoncent des arrestations arbitraires et des violations des droits humains.

"La situation est si difficile, nous sommes battus, suivis et emprisonnés par la police. On ne se sent pas en sécurité ici." Dans une vidéo publiée sur les réseaux sociaux par l'Association marocaine des droits humains (AMDH), un migrant soudanais raconte son quotidien dans les rues d'Oujda, au nord-est du Maroc.

Depuis plusieurs semaines, cette ville située à une centaine de kilomètres de Nador - connue pour être un lieu de départ des migrants vers l'enclave espagnole de Melilla - voit arriver de plus en plus de ressortissants soudanais. Si la ville est depuis des années un lieu de transit pour les Subsahariens désireux de rejoindre l'Europe, la venue des Soudanais en si grand nombre est une nouveauté. Ils seraient actuellement quelque 300 à survivre dans les rues d'Oujda.

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La majorité de ces migrants sont arrivés durant l'été directement de Libye, où "ils ont fui les prisons de Zouara, Zaouia, d'Abu Salim à Tripoli ou de Bani Walid, après y avoir passé entre quatre et 18 mois. Certains y sont même restés enfermés pendant trois ans. Dans les conditions inhumaines et les souffrances quotidiennes que l’on peut imaginer", expliquait en août à InfoMigrants Hassan Ammari, membre de l’Association d'aide aux migrants en situation difficile (AMSV) à Oujda.

"Arrestations arbitraires"

Pour faire face à cet afflux inédit, les autorités marocaines utilisent la force dans le but de les chasser de la ville. D'après Omar Naji, membre de l'AMDH qui a recueilli plusieurs témoignages, ces exilés soudanais sont "traqués par la police" dans les rues d'Oujda. "Ils subissent des arrestations arbitraires quotidiennes sans aucune justification et la violation de leurs droits", signale le militant. La semaine dernière, trois Soudanais ont été interpellés et placés en garde à vue par la police alors qu'ils étaient attablés à la terrasse d'un café.

La nuit, les forces de l'ordre les expulsent de leur lieu de vie, des bouts de cartons installés à la hâte en début de soirée dans les jardins ou les parkings. "Ils n'ont nulle part où aller mais les policiers ne veulent pas qu'ils s'installent à Oujda", précise Largou Boubker, président de l'Organisation marocaine des droits humains (OMDH). "On assiste au même processus en vigueur dans la forêt près de Nador", où les migrants subsahariens se rassemblent en attendant de pouvoir entrer dans Melilla et où ils subissent depuis des années la pression des policiers.

"Ces Soudanais sont regardés de près par les autorités car ils savent que la plupart cherchent à passer clandestinement à Melilla", ajoute Bettina Gambert, adjointe du représentant du Haut-commissariat des Nations unies aux réfugiés (HCR) dans le royaume.

Des associations débordées

Bien que la majorité des Soudanais souhaitent rejoindre l'enclave espagnole, ils déposent néanmoins un dossier d'asile auprès de l'OMDH à Oujda, partenaire du HCR qui n'a pas de bureaux dans la ville. 

"Beaucoup d'entre eux demandent l'asile au Maroc car cela leur garantit la protection sur le territoire, notamment contre la détention, les arrestations arbitraires et les risques de refoulements", assure Bettina Gambert. Ainsi, quand un demandeur d'asile est arrêté par les policiers, l'agence onusienne intervient pour défendre leur cas et permettre leur libération.

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Reste que les organisations internationales et locales se disent démunies et débordées par la situation. Prendre en charge ces nouveaux arrivants est une gageure. Le HCR n'offre aucune assistance humanitaire aux demandeurs d'asile sauf pour les personnes dites vulnérables (femmes, enfants, personnes handicapées). "On travaille avec les associations sur place mais l'hébergement est un défi pour toutes les populations en mouvement dans le pays", déplore Bettina Gambert. "On n'a pas les moyens de les loger. On n'a pas réussi à obtenir des places pour tout le monde. Quand il y a un tel afflux, c'est difficile à gérer", renchérit Largou Boubker.

Pour se nourrir, les Soudanais peuvent compter sur le soutien de la population et de quelques associations. "Les citoyens du quartier nous aident et nous offrent de la nourriture et de l'eau", affirme un Soudanais à l'AMDH. "Sans eux, ils ne survivraient pas", insiste Omar Naji.

 

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