Un groupe de migrants secourus dans la Manche par les autorités françaises au port de Boulogne-sur-Mer, le 8 septembre 2021. Crédit : InfoMigrants
Un groupe de migrants secourus dans la Manche par les autorités françaises au port de Boulogne-sur-Mer, le 8 septembre 2021. Crédit : InfoMigrants

Alors que le sujet est ce jour même au programme d'une réunion des ministres de l'Intérieur du G7, depuis dimanche, les traversées de la Manche à destination du Royaume-Uni et les sauvetages côté français connaissent une très forte hausse.

Après deux semaines d’accalmie, les traversées et les sauvetages reprennent de plus belle sur la Manche. Mercredi 8 septembre au matin, les autorités françaises ont procédé au sauvetage de 37 personnes, dont deux femmes et deux enfants. Parti de Hardelot, au sud de Boulogne-sur-Mer, le canot, percé, dérivait dans le détroit.

La grande majorité des passagers est originaire d’Érythrée, mais un Syrien, un Albanais, et deux Yéménites font aussi partie des naufragés. Débarqués au port de Boulogne-sur-Mer, ils sont repartis après avoir touché terre, a observé une journaliste d'InfoMigrants présente sur place. Une femme de 24 ans, brûlée au niveau des cuisses et du dos à cause du mélange entre le carburant et l’eau de mer a été emmenée à l’hôpital.


Quelques migrants, parmi les 37 secourus au total, patientent au port de Boulogne-sur-Mer, mercredi 8 septembre. Crédit : InfoMigrants
Quelques migrants, parmi les 37 secourus au total, patientent au port de Boulogne-sur-Mer, mercredi 8 septembre. Crédit : InfoMigrants


La veille, mardi 7 septembre, 64 personnes ont également été secourues sous la coordination du CROSS Gris-Nez. Un premier sauvetage de 52 migrants a eu lieu dans le détroit du Pas-de-Calais. Tous les rescapés été déposés au port de Boulogne-sur-Mer, où ils ont été pris en charge par les pompiers et la Police aux frontières (PAF).

Un second sauvetage a permis de récupérer trois personnes, et un troisième, cinq naufragés. Puis le CROSS a de nouveau été sollicité, cette fois directement par des migrants qui demandaient assistance au large de Sangatte. Le patrouilleur Thémis a pu récupérer les quatre passagers ainsi que leur embarcation.

Vingt-quatre heures auparavant, lundi 6 septembre, les autorités françaises avaient déjà empêché 378 personnes d'entreprendre la traversée, a indiqué le Home office, le ministère de l'Intérieur britannique.

"Chaos désorganisé"

Si pour beaucoup de migrants, la traversée de la Manche s’est arrêtée dans les eaux françaises, une grande partie a tout de même atteint les côtes britanniques. Mardi, entre 400 et 500 personnes ont débarqué au Royaume-Uni à bord de petits bateaux, à divers endroits. Entre 30 et 40 personnes sont arrivées à Douvres ce jour-là, d’après le correspondant de la BBC Jon Donnison, tandis que 31 autres ont été débarquées à Kingsdown par les autorités, a fait savoir Simon Jones, un autre journaliste de la chaîne.

La veille, 785 autres, dont un bébé et un enfant en bas âge, réparties dans 27 embarcations, sont elles aussi arrivées au Royaume-Uni. Un chiffre qui frôle le record établi le 21 août dernier, lorsque 828 migrants avaient gagné les côtes britanniques en une seule journée.

Dimanche aussi, 158 migrants, dont cinq enfants, répartis dans quatre bateaux différents sont parvenus à rejoindre l'Angleterre.

Des conditions météorologiques favorables à la navigation des petits canots, après plusieurs jours de temps maussade, expliquent en partie ces nouvelles arrivées. D’après Simon Jones, les autorités britanniques ont été "un peu dépassé" par leur ampleur. Au port de Douvres, une source impliquée dans le traitement des arrivées a même qualifié ces derniers jours de "chaos désorganisé".

Plus de 62 millions d'euros promis à la France

Le sujet est justement au menu des discussions entre Priti Pattel et son homologue Gérald Darmanin, ce mercredi, à l’occasion d’une réunion des ministres de l'Intérieur du G7 à Londres. D’après la BBC, Priti Pattel envisagerait de ne pas verser dans l’immédiat les 62,7 millions d'euros promis à la France dans la lutte contre les traversées. "À moins que davantage de bateaux ne soient interceptés", écrit le média britannique.

La somme, établie en juillet par Londres, doit notamment servir à intensifier les patrouilles de police le long des côtes françaises afin de dissuader les migrants de prendre la mer. Une décision inefficace pour le député du Pas-de-Calais Pierre-Henri Dumont, qui avait assuré que l'argent ne permettrait pas d’atteindre les résultats escomptés, la côte française étant trop longue pour patrouiller.

>> À (re)lire : Les traversées de la Manche, un sujet toujours délicat entre la France et le Royaume-Uni

Pour Dan O'Mahoney, ancien Royal Marine chargé de la gestion de la question de l'immigration clandestine dans la Manche,, les responsables de cette augmentation des traversées sont des "gangs criminels", qu’il est "déterminé à cibler […] à tous les niveaux". 

Malgré les multiples mesures envisagées et mises en place par les gouvernements français et britannique, le nombre de traversées ne faiblit pas. Bien au contraire. Cette année, plus de 12 600 migrants ont traversé la Manche sur plus de 500 bateaux, contre un peu plus de 8 400 en 2020. 

 

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