Des migrants sur un canot pneumatique traversent illégalement la Manche pour rejoindre la Grande-Bretagne, le 11 septembre 2020. Crédit : AFP
Des migrants sur un canot pneumatique traversent illégalement la Manche pour rejoindre la Grande-Bretagne, le 11 septembre 2020. Crédit : AFP

Le gouvernement britannique, qui a fait de la lutte contre l'immigration une priorité depuis le Brexit, entend faire pression sur la France pour qu'elle laisse passer moins de migrants. De son côté, Paris a prévenu qu'aucun chantage du gouvernement britannique ne serait accepté.

Le ton monte entre Paris et Londres. Confronté à des arrivées record de migrants traversant illégalement la Manche, le Royaume-Uni menace la France, selon la presse britannique, de refouler les bateaux. La France accuse de son côté les Britanniques de faire du "chantage". 

Le gouvernement britannique, qui a fait du durcissement de la lutte contre l'immigration une priorité depuis le Brexit, veut rendre ces périlleuses traversées impraticables et fait pression de longue date pour que la France accentue ses efforts pour les empêcher

Le droit maritime en question 

Selon l'agence de presse PA, plus de 14 000 migrants sont arrivés sur les côtes du sud de l'Angleterre par cette voie depuis le début de l'année, soit bien plus que sur toute l'année dernière (plus de 8 000), et une nouvelle vague a été observée ces derniers jours, facilitée par le beau temps. 

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À l'issue d'une rencontre mercredi à Londres avec son homologue français Gérald Darmanin, la ministre britannique de l'Intérieur, Priti Patel, a indiqué vouloir obtenir des "résultats".   

Selon la presse britannique, elle souhaite que la police des frontières britannique (Border Force) s'entraîne à refouler les embarcations avant qu'elles n'atteignent les côtes anglaises. 

Le Times précise que Mme Patel a demandé que soit réécrite en ce sens l'interprétation par le Royaume-Uni du droit maritime international. Cette stratégie, qui a reçu l'assentiment du Premier ministre, Boris Johnson, ne serait utilisée que dans "des circonstances très limitées" d'après le Telegraph, pour les plus gros bateaux et quand la situation est jugée sûre. 

La ministre avait déjà menacé en début de semaine, selon la presse britannique, de ne pas verser plus de 60 millions d'euros promis pour financer le renforcement de la présence des forces de l'ordre françaises sur les côtes. 

"Aucun chantage financier" 

"La France n'acceptera aucune pratique contraire au droit de la mer, ni aucun chantage financier", a réagi sur Twitter Gérald Darmanin. "L'engagement de la Grande-Bretagne doit être tenu. Je l'ai dit clairement à mon homologue". 

Pour Londres, de telles méthodes de refoulement sont nécessaires pour décourager les passeurs qui mettent en danger de nombreuses vies. Mais pour Paris, elles sont contraires au droit maritime international et entraînent des risques pour la sécurité des embarcations de fortune qui entreprennent la traversée. 

"En mer, la sauvegarde de la vie humaine prime sur des considérations de nationalité, de statut et de politique migratoire", avait insisté le ministre français dans une lettre adressée lundi à Priti Patel. 

Il y rejetait aussi la proposition britannique de créer un "centre de commandement conjoint unique" des forces françaises et britanniques, le jugeant contraire à la souveraineté française et inutile, car la coordination sur le terrain est déjà "bonne et efficace".  

Il soulignait que la hausse du nombre de migrants débarqués au Royaume-Uni s'expliquait surtout par le recours des passeurs à des bateaux de plus grande capacité, "pouvant accueillir jusqu'à 65 personnes" contre une quinzaine auparavant, transportant parfois des nourrissons, personnes âgées ou handicapées. 

Les conservateurs anglais vent debout 

Il relevait aussi des "nouvelles stratégies de diversion" avec des "bateaux appâts" saturant les dispositifs d'intervention. 

"Nous dépendons pour beaucoup de ce que les Français font", a reconnu mercredi Boris Johnson au Parlement, alors que la colère gronde dans sa majorité conservatrice. "Mais, il est clair que nous allons devoir utiliser toutes les tactiques possibles pour mettre fin à un commerce infâme". 

Mi-août, le naufrage d'une embarcation a provoqué la mort d'un migrant érythréen. L'an dernier, quatre membres d'une famille kurde iranienne était morts et leur enfant de 1 an avait disparu avant d'être retrouvé, selon des médias britanniques, plusieurs mois plus tard sur les côtes norvégiennes. 

"La taille des embarcations a augmenté, ce sont maintenant surtout des semi-rigides avec à bord parfois vingt, trente, quarante personnes, parfois plus de cinquante", a expliqué à l'AFP Philippe Dutrieux, préfet maritime de la Manche et de la mer du Nord, relevant le danger en cas de naufrage. 

"Depuis 2018, nous sommes en tout sur onze décès et trois disparus. C'est considérable et en même temps, ça tient du miracle qu'il n'y en ait pas plus, compte tenu de la dangerosité de la zone et de la précarité dans laquelle ces gens partent." 

Texte initialement publié sur : France 24

 

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