Le Parlement débat d'un nouveau projet de loi sur l'immigration pour lutter contre les arrivées jugées "illégales" | Photo : Picture-alliance/Gareth Fuller/PA Wire
Le Parlement débat d'un nouveau projet de loi sur l'immigration pour lutter contre les arrivées jugées "illégales" | Photo : Picture-alliance/Gareth Fuller/PA Wire

Alors que le gouvernement britannique se targue de vouloir accueillir quelque 20.000 afghans, la mise en oeuvre du programme d'accueil suscite beaucoup d'interrogations.

Le nombre de personnes traversant la Manche depuis l'Europe vers le Royaume-Uni a connu un nouveau pic ces derniers jours. Des dizaines de migrants, dont deux jeunes enfants, ont été secourus la semaine dernière au large des côtes du Kent, un comté dans le sud de l'Angleterre.

Même si le nombre d’arrivées de migrants sans papiers reste faible comparé à d’autres pays européens, le gouvernement britannique continue à faire de la lutte contre les "illégaux" l’une de ses priorités. Les pouvoirs publics ont dépensé plus de 20.000 livres sterling (près de 23.000 euros) dans des campagnes sur les réseaux sociaux à destination des demandeurs d'asile en France et en Belgique. Le gouvernement a même créé une organisation dont le site internet migrantsonthemove.org cherche à dissuader les migrants de risquer leur vie ou de gaspiller leurs économies. "Il existe des options plus sûres", assure l'organisation.

Accueil chaleureux ou environnement hostile ?

Suite à la dernière évacuation à Kaboul de ressortissants britanniques et d'auxiliaires afghans qui avaient aidé les forces britanniques, Londres a annoncé un nouveau plan pour faire venir des citoyens afghans au Royaume-Uni. Ce plan intitulé ACRS (Afghan Citizens Resettlement Scheme), doit fournir des visas aux "ressortissants afghans les plus démunis qui ont été forcés de fuir l'Afghanistan". Ces derniers sont susceptibles d’obtenir l’asile et de pouvoir rester au Royaume-Uni de façon permanente. Ce programme d’accueil a été plus largement baptisé "Operation Warm welcome", ou "Mission Accueil chaleureux".

Les détails du plan ACRS sont cependant encore vagues, notamment quant à sa date de lancement. Le dernier communiqué du gouvernement disponible sur le sujet date du 19 aout et indique simplement que de plus amples informations seront publiées "en temps utile".

Par ailleurs, il est impossible pour un ressortissant afghan d’effectuer directement une demande de "réinstallation" vers le Royaume-Uni. Les personnes éligibles seront choisies notamment avec l’aide du HCR, l'agence des Nations Unies pour les réfugiés. Selon le ministère britannique de l’Intérieur, la priorité sera donnée dans un premier temps aux groupes vulnérables, tels que les jeunes filles et les femmes. Cinq mille Afghans doivent être accueillis au cours de la première année du programme, et jusqu'à 20.000 à terme.


De nombreuses organisations caritatives et ONG de défense des migrants estiment que ce programme constitue un bon début, mais qu’il est en contradiction avec les réformes du droit d'asile actuellement débattues au Parlement britannique. S'il est adopté sous sa forme actuelle, le projet de loi sur la nationalité et les frontières criminaliserait tous ceux - y compris les Afghans - qui arrivent au Royaume-Uni en traversant la Manche.

La traversée de la Manche n'est pas encore illégale

Le projet de loi n'a pas encore été adopté et, pour l'instant, il n'est pas illégal d’entrer au Royaume-Uni sans papiers en traversant la Manche si une personne dépose une demande d'asile à son arrivée, ce que font 98 % des migrants.

Selon une note du Home Office, "ceux qui arrivent au Royaume-Uni par des voies irrégulières sont actuellement en mesure de demander l'asile".

Pourtant, la ministre britannique de l’Intérieur Priti Patel, ainsi que la nouvelle ministre chargée de l’accueil des Afghans Victoria Atkins, ont déclaré que les personnes traversant la Manche par des moyens "illégaux" ne seront pas accueillies au Royaume-Uni, même si elles ont fui les talibans.

Priti Patel a également déclaré qu'il était illégal de se rendre au Royaume-Uni pour toute personne passée par un pays considéré comme sûr et où elle aurait pu demander l'asile.

De plus, en présentant les grandes lignes du plan ACRS pour les ressortissants afghans, le gouvernement a précisé qu'il serait "destiné aux personnes de la région qui ont besoin d'aide". 

Selon les informations publiées par une équipe du Garden Court Chambers, un regroupement d'avocats en Angleterre, cela pourrait signifier que les personnes qui parviennent à quitter l'Afghanistan et à rejoindre un pays que Londres considère comme sûr, comme par exemple la France, seraient écartées du programme d'accueil britannique. En revanche, les Afghans qui réussiraient à d'abord se rendre dans un pays de la même région que l'Afghanistan, comme le Pakistan, seraient éligibles.

Il reste par ailleurs impossible de prédire ce qui va arriver aux Afghans qui rejoignent le Royaume-Uni par leurs propres moyens en dehors du programme d'accueil.

Les avocats du Garden Court Chambers préviennent que les Afghans doivent "être conscients qu'il y a une chance que le gouvernement les poursuive s'ils entrent au Royaume-Uni sans permission".

Enfin, il subsiste des interrogations concernant l'important retard pris par les autorités britanniques dans le traitement des demandes d'asiles, dont quelque 3.000 ont été déposées par des ressortissants afghans.

Aussi, tant que le plan ACRS n'a pas été adopté, le ministère de l'Intérieur a bloqué toutes les nouvelles demandes d'asile en provenance d'Afghanistan. Il a ainsi demandé aux juges de cesser d'entendre les demandes d'asile formulées par les ressortissants afghans.


Londres tente également de négocier des accords bilatéraux avec la France, la Belgique et les Pays-Bas, afin qu'ils reprennent les demandeurs d'asile qui ont traversé la Manche pour se rendre au Royaume-Uni. En cas de conclusions de ces accords, les Afghans risquent également d'être expulsés vers les pays de l'UE.

Peu d'options

Le ministère britannique de l'Intérieur rappelle que d'autres options existent pour les Afghans qui ne seraient pas sélectionnés pour le programme d'accueil. Il s'agit notamment du système d'immigration à points, qui permet aux personnes de venir au Royaume-Uni pour travailler ou étudier, mais aussi dans le cadre d'un regroupement familial.

Enfin, des groupes de défense des réfugiés au Royaume-Uni ont demandé au gouvernement d'étendre le programme d'accueil des Afghans et de rendre les procédures de regroupement familial plus simples et plus rapides. Ils ont également exhorté le gouvernement à mettre en place des visas humanitaires spéciaux. Jusqu'à présent, aucun projet de ce type n'a été annoncé.


Pour les dernières informations, rendez-vous sur le site du ministère de l'Intérieur : www.gov.uk/guidance/afghan-citizens-resettlement-scheme

Le site du Refugee Council publie également des informations à destination des personnes touchées par la crise en Afghanistan

 

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