Le camp de Kara Tepe, le 7 septembre 2021. Crédit : Dana Alboz / InfoMigrants
Le camp de Kara Tepe, le 7 septembre 2021. Crédit : Dana Alboz / InfoMigrants

Christian* est arrivé en septembre 2019 sur l’île de Lesbos, depuis la Turquie. Le jeune Congolais a vécu plus d’un an dans le camp surpeuplé de Moria puis à la rue après l’incendie qui l’a détruit. Aujourd’hui installé dans le nouveau camp de Kara Tepe, censé n'être que temporaire, il a exprimé à InfoMigrants son amertume face à une situation qui n’évolue pas.

Quand un incendie a détruit le camp de Moria, dans la nuit du 8 au 9 septembre 2020, Christian, originaire de République démocratique du Congo, a ressenti de l’espoir. Et si ce feu lui permettait de quitter enfin l’île où il était déjà retenu depuis plus d’un an ?

Mais, un an plus tard, Christian est toujours là et n’a toujours pas terminé ses démarches administratives. Le jeune homme tente de garder espoir mais il admet qu'il lui sera "très difficile" de passer un nouvel hiver dans le camp de Kara Tepe. Il s'est confié à InfoMigrants.

"J'ai commencé mes démarches un an après mon arrivée"

"Je suis arrivé à Lesbos en septembre 2019 avec des amis. J'ai tenté quatre fois de traverser la mer Égée depuis la Turquie avant de réussir.

Quand nous sommes arrivés à Lesbos, mes amis et moi avons été arrêtés et envoyés dans le camp de Moria. C’était très sale et difficile parce que c’était un camp prévu pour 5 000 personnes mais on était 22 000 à vivre dedans à ce moment-là. Il y avait des femmes avec des enfants qui dormaient dans la brousse. Il y avait des serpents. La journée, on ne faisait rien, à part dormir.

Je n’ai pu commencer mes démarches pour demander l'asile qu’à l’automne 2020, après une année à Moria. La date initialement prévue pour mon entretien de demande d’asile était le 5 mai 2021.

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Finalement, l’incendie a détruit Moria et, quand nous sommes arrivés dans le nouveau camp temporaire de Kara Tepe, en septembre 2020, tout le monde a eu son interview. Pendant mon entretien, j’ai raconté toute mon histoire. J’avais des photos qui montraient que j’avais été torturé dans mon pays et que des amis à moi avaient été tués.

J’ai reçu la réponse fin juin 2021, presque 8 mois après. Les autorités grecques ont rejeté ma demande d’asile. On m’a dit que j’étais un menteur et que ma situation ne rentrait pas dans les critères de l’asile.

"Après l’incendie, nous étions plein d’espoir"

Quand nous sommes arrivés à Kara Tepe, mes amis et moi avons surtout pensé à quitter le pays. Le ministre de l’asile et des migrations nous avait promis que nous allions tous quitter le camp au bout de quelques mois (un nouveau camp avec des conditions de vie "décentes" doit être construit sur l’île de Lesbos. Il était prévu qu’il ouvre à la fin de l’été 2021, avait annoncé Notis Mitarakis, mais les travaux n’ont pas commencé ndlr). Nous étions tous vulnérables, nous avions risqué notre vie dans l’eau et dans le feu.

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Et les pays européens avaient dit qu’ils prendraient des personnes de Moria (à la suite de l'incendie, plusieurs pays européens, dont la France et l’Allemagne, s’étaient dits prêts à accueillir uniquement les 400 mineurs non-accompagnés qui se trouvaient à Moria, ainsi que des personnes vulnérables ndlr).

Si on a accepté d’aller dans le camp temporaire, c’est parce que la France et l’Allemagne avaient promis qu’on allait pouvoir venir et qu’ils allaient changer la réglementation de Dublin (à la suite de l’incendie, l’Union européenne a entamé une modification de la législation européenne sur l’asile. Un nouveau "pacte européen sur la migration et l’asile" a été présenté fin septembre 2020 mais le traité de Dublin, lui, est toujours en vigueur ndlr).

Après l’incendie, nous étions plein d’espoir, nous pensions que nous allions être transférés dans un autre pays. Personne ne veut rester ici. Les autorités grecques nous ont promis que des choses devaient changer, mais rien n’a changé.

Hiver 2019 à Moria, hiver 2020 à Kara Tepe

Nous avons passé l’hiver dernier dans des tentes. Nous avons beaucoup souffert du froid. Nous n’avions qu’une seule veste chacun et pas de chauffage. J’ai encaissé l’hiver 2019 à Moria, l’hiver 2020 à Kara Tepe, ça va être vraiment difficile de vivre un nouvel hiver. Si Dieu ne me fait pas grâce, je risque d’être malade.

Par ailleurs, je n’ai toujours pas fini les démarches pour ma demande d’asile. Comme j’ai été rejeté, j’ai fait appel en juillet. Un avocat m’a été désigné mais on ne s’est jamais vus, on s’est juste parlé par vidéo. Il avait mon dossier et il essayait de me piéger sur des détails de mon voyage sans s’intéresser aux raisons pour lesquelles j’étais menacé dans mon pays. Je n’ai pas encore reçu la réponse à mon appel.

En comparaison, un ‘dinghi’ (bateau pneumatique) est arrivé il n’y a pas longtemps. Les personnes qui étaient à bord ont fait deux semaines de quarantaine. Ils ont eu leur entretien de demande d'asile tout de suite après et ils ont tous été rejetés. La plupart étaient Congolais."

*Le prénom a été changé à la demande de l'intéressé.

 

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