Le nouveau camp fermé de l'île de Samos a été inauguré le 18 septembre 2021. Crédit : MSF / Dora Vangi
Le nouveau camp fermé de l'île de Samos a été inauguré le 18 septembre 2021. Crédit : MSF / Dora Vangi

Le nouveau camp de Samos, île grecque de la mer Égée, a été inauguré samedi 18 septembre. Censé garantir aux demandeurs d’asile de meilleures conditions de vie, il est d’ores et déjà critiqué par les organisations de défense des droits des exilés, dont l’International rescue committee (IRC), qui dénoncent une politique d’enfermement des demandeurs d’asile allant à l’encontre de leur intégration dans le pays. Entretien avec le représentant de l’IRC à Samos.

C’est le premier des cinq "Multi-purpose reception and identification centre" (Centres polyvalents de réception et d’identification. MPRICs, selon l’acronyme du terme anglais), qui doivent être construits sur les îles de la mer Égée. Les îles de Lesbos et Chios auront également le leur tandis que des centres à Kos et Leros sont en train d’être convertis en centres fermés du même type.

En mars dernier, six mois après l’incendie du camp de Moria, l’Union européenne (UE) avait annoncé vouloir consacrer un budget de 276 millions d’euros à la construction de ces camps. L’objectif était de mettre fin aux lieux de vie inhumains tels que Moria, à Lesbos, ou Vathy, à Samos.

Mais, pour les organisations qui viennent en aide aux demandeurs d’asile sur les îles de la mer Égée, ces centres sont loin de représenter une solution satisfaisante. Éloignés des centres villes, munis de technologies de surveillance et ceints de doubles grillages, ces nouveaux camps ont des airs de prisons.

Dans un rapport publié le 8 septembre, l’International rescue committe (IRC) et 44 autres ONG actives en Grèce ont dénoncé un "cloisonnement de l’accueil". Vagelis Stratis, responsable des programmes de l’IRC pour les îles de Samos et Chios, a répondu aux questions d’InfoMigrants. 

InfoMigrants : Pouvez-vous décrire le nouveau camp qui a été inauguré samedi ?

Vagelis Stratis : Le nouveau centre est situé à une dizaine de kilomètres de Vathy, la capitale de l’île. C'est un endroit isolé, au milieu de nulle part. Les habitations ont été construites dans des conteneurs. Chaque conteneur comporte deux pièces avec une petite cuisine et un cabinet de toilette. Il y a aussi des espaces prévus pour les ONG qui opèrent à l'intérieur du centre. Il doit également y avoir de petits magasins dans le centre mais je ne pense pas qu'ils seront opérationnels dès le début. Il y a par ailleurs des terrains de sport et des espaces communs mais aucune plante, aucune fleur, tout est gris. Rien n’est fait pour que les gens se sentent bien.


Photographie d'une des chambres dans le nouveau camp de Samos. Crédit : Reuters
Photographie d'une des chambres dans le nouveau camp de Samos. Crédit : Reuters


Le centre est entouré d’une double clôture de type militaire. Les autorités grecques appellent cela un "centre contrôlé". Il ne sera possible d’en sortir qu’à partir de 8 heures du matin donc les gens n’auront pas le droit d’entrer et sortir comme ils veulent. C’est quelque chose qui nous préoccupe beaucoup.

>> À (re)lire : Grèce : le nouveau camp de l'île de Samos, "une prison à ciel ouvert", dénonce MSF

Cela risque de compliquer leur inclusion sociale. Ils risquent d'avoir moins de chance de trouver des opportunités d'emplois sur place ou d'avoir les moyens d'améliorer leur apprentissage de la langue grecque.

Officiellement, les personnes ayant un emploi sont autorisées à le garder si elles vivent dans le camp. Il a été annoncé que les enfants pourraient aussi toujours fréquenter l'école publique et que certaines organisations qui donnent des cours pourraient intervenir dans le nouveau site. Mais nous devons voir comment cela va se mettre en place car, pour l'instant ce n'est qu'une annonce et tout le monde s'inquiète de ce que cela va donner dans la réalité.

La semaine dernière, les autorités ont annoncé qu’un système de transports publics avait été organisé. Il devrait donc y avoir un bus pour emmener les personnes à Vathy et le ticket coûtera 1,60 euro. Nous ne savons pas encore si les réfugiés devront présenter un document pour avoir le droit de sortir.

IM : Dans quel état d’esprit sont les demandeurs d’asile qui vivent à Samos et qui seront transférés vers ce nouveau centre ?

VS : Les gens sont déçus d’être déplacés vers cet endroit. C'est un défi pour eux car ces personnes sont constamment en mouvement. Ils ont déjà souffert de beaucoup de choses et maintenant ils vont encore déménager.


L'entrée du nouveau camp de Samos est équipée de portes automatiques. Crédit : Reuters
L'entrée du nouveau camp de Samos est équipée de portes automatiques. Crédit : Reuters


Le nouveau centre est éloigné, ils n'auront pas accès aux services publics, ils ne pourront pas se rendre facilement à l'hôpital ou à l’école pour leurs enfants. Ils sont vraiment inquiets à ce sujet. Ils ont également peur de ne pas être autorisés à se déplacer et de ne pas pouvoir recevoir de l’aide des ONG et des services publics.

IM : Quels principaux problèmes posent selon vous l’ouverture de ce nouveau centre ?

VS : Ce type de centre n’aide pas les gens à s'intégrer. Nous attendons de voir comment le centre va fonctionner mais nous pensons qu'il ne devrait pas y avoir d'obstacle empêchant les réfugiés d’accéder aux services publics ou à un centre éducatif.

Des projets de nouveaux camps sont également en cours à Lesbos et à Chios. Là aussi, ils seront isolés des villes voisines. C'est la nouvelle façon de traiter les demandeurs d’asile selon l’Union européenne. Ce n'est pas un pas en avant vers l'intégration, mais un pas en arrière. 

Peut-être que les gens ne pourront pas payer le prix du ticket de bus pour se déplacer. Cela pourrait être particulièrement difficile pour les familles. Elles ne pourront pas non plus avoir un accès facile à des soins médicaux. Cela pourrait avoir un impact sur la santé mentale des personnes.

Samos est une île qui a beaucoup souffert ces derniers mois. Il y a eu la pandémie de Covid et le confinement mais aussi un tremblement de terre [en octobre 2020, ndlr] et même un tsunami. Toutes ces choses ont déjà eu un impact sur la santé mentale des réfugiés et cela s’est ajouté aux difficultés liées aux procédures de demande d’asile.

 

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