Un véhicule à côté d'une clôture construite par des soldats polonais à la frontière entre la Pologne et la Biélorussie, près du village de Nomiki, en Pologne, le 26 août 2021. Crédit : Reuters
Un véhicule à côté d'une clôture construite par des soldats polonais à la frontière entre la Pologne et la Biélorussie, près du village de Nomiki, en Pologne, le 26 août 2021. Crédit : Reuters

Après la mort de quatre migrants irakiens à la frontière avec la Biélorussie ce week-end, le gouvernement polonais a ordonné l'envoi de 500 soldats supplémentaires, militarisant encore davantage la zone.

Au lendemain de la mort de quatre migrants à la frontière entre la Pologne et la Biélorussie, des centaines de bougies ont été allumées et déposées par les habitants de Varsovie devant le siège des garde-frontières, pour rendre hommage aux exilés. Le gouvernement polonais, lui, a préféré la riposte sécuritaire.

Près de 500 soldats et huit véhicules spécialisés seront envoyés à la frontière cette semaine pour "empêcher les migrants d’entrer", a déclaré le Premier ministre Mateusz Morawiecki à l’issue d’une réunion avec le ministre polonais de l'Intérieur Mariusz Kaminski et le chef des garde-frontières, lundi 20 septembre.

"Nous défendrons la frontière de la Pologne avec une pleine détermination", a-t-il défendu. Ajoutant, tout de même, que "les soins médicaux nécessaires" seront étendus aux migrants qui atteignent la Pologne.

Le contingent militaire s’ajoute à celui de plus de 900 soldats dépêchés en août pour soutenir les garde-frontières. Une clôture de barbelés est également en construction à la frontière, sous état d’urgence. Depuis son instauration le 2 septembre dernier, il empêche journalistes et organisations humanitaires d’accéder aux exilés, coincés entre les gardes polonais et biélorusses, qui s’en rejettent la responsabilité.

De nombreux refoulements, illégaux au regard du droit international, ont été dénoncés par les associations et les migrants eux-mêmes. Le mari de la femme irakienne décédée ce week-end a ainsi raconté à l'agence d'État Belta que les militaires polonais les avaient conduits, lui et sa famille, à la frontière côté Biélorussie contre leur gré, pieds nus et sous la menace.

"L’Europe, c’est par là"

Depuis le mois de juin, les traversées à la frontière depuis la Biélorussie vers les pays de l’Union européenne (UE) sont en augmentation. Le Pologne et la Lituanie, entre autres, accusent le président biélorusse Alexandre Loukachenko de mener une "attaque hybride" contre l’UE, en réaction aux sanctions européennes contre son régime. Lundi, Mateusz Morawiecki l'a répété une nouvelle fois : le nombre croissant de migrants à la frontière est "une action bien organisée dirigée depuis Minsk et Moscou".

Selon lui, la Biélorussie a introduit les voyages sans visa avec certains pays du Moyen-Orient pour faire venir des migrants et les pousser vers la Pologne et la Lituanie.

"D’après les témoignages de ressortissants de pays africains, irakiens ou afghans que nous avons recueillis, ce n’est pas difficile d’obtenir un visa pour la Biélorussie, une étape de leur voyage pour l’Allemagne. Il y a des intermédiaires, sur place, qui le font pour eux, affirme Aleksandra Chrzanowska, membre de l’ONG polonaise Association for legal interventation à InfoMigrants.

Arrivées à Minsk, ces personnes patientent quelques jours, puis sont conduites en taxis jusqu’à la frontière. Les passeurs les déposent là, en pleine forêt. Ils leur montrent d’un geste la direction à prendre, et leur disent 'l’Europe, c’est par là', avant de les abandonner".

Selon les autorités polonaises, plus de 8 000 tentatives de traversées illégales depuis la Biélorussie ont été comptabilisées cette année, dont plus de 3 800 depuis le 1er septembre.

 

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