Des migrants ont pénétré lundi 20 septembre 2021 dans une enclave espagnole militaire, appelée Rocher de Vélez de la Gomera, au Maroc. Crédit : DR
Des migrants ont pénétré lundi 20 septembre 2021 dans une enclave espagnole militaire, appelée Rocher de Vélez de la Gomera, au Maroc. Crédit : DR

Cent vingt-cinq migrants subsahariens ont été refoulés, lundi, par les autorités espagnoles alors qu'ils venaient de pénétrer sur le Rocher de Vélez de la Gomera, petit bout de terre espagnole, sur le littoral nord du Maroc. La plupart ont été renvoyés au sud du royaume chérifien, au beau milieu du désert. Le Défenseur espagnol des droits a rappelé aux autorités ses obligations en matière d'asile.

Lundi 20 septembre, à l’aube, 125 migrants d’Afrique subsaharienne, dont 60 femmes et huit enfants, sont entrés sur le Rocher de Vélez de la Gomera, une enclave militaire espagnole d’à peine 260 mètres de long et 100 mètres de large, reliée au nord du Maroc par une étroite bande de terre.


L'enclave espagnole du Rocher de Vélez de la Gomera en territoire marocain. Crédit : Google map
L'enclave espagnole du Rocher de Vélez de la Gomera en territoire marocain. Crédit : Google map


Le groupe de migrants savait où aller. Ils avaient identifié la presqu'île grâce au drapeau espagnol qui flottait au loin sur le Rocher. "On a escaladé rapidement la clôture de barbelés qui sépare les deux pays pour ne pas être intercepté par les Marocains. Dans ces cas-là, tu fonces car tu veux rentrer en Europe", explique à InfoMigrants Serge*, un ancien pasteur congolais, originaire de la région de Goma.

Le Maroc compte sur son sol plusieurs petites enclaves espagnoles. Les plus célèbres sont Ceuta et Melilla, des territoires où sont installés des citoyens espagnols. Sur le Rocher de Vélez de la Gomera, en revanche, aucun civil n'est présent, la zone est exclusivement militaire.

"La police marocaine a essayé de nous arrêter en nous frappant avec leurs matraques", continue Serge. "Mais on était trop nombreux, ils étaient dépassés".


L'enclave espagnole du Rocher de Vélez de la Gomera au Maroc. Crédit : Google map
L'enclave espagnole du Rocher de Vélez de la Gomera au Maroc. Crédit : Google map


"Tout le monde pleurait"

À leur arrivée sur ce minuscule territoire espagnol, environ 90 personnes ont signifié aux militaires leur souhait de déposer l’asile. Tous ont renseigné sur un petit bout de papier leur identité ainsi que leur volonté de demander l’asile. "Les soldats ont pris nos informations, et nous ont dit qu’ils allaient nous aider", raconte le jeune Congolais de 25 ans.

Mais quelques heures plus tard, les autorités espagnoles ont renvoyé violemment les 125 migrants côté marocain. Elles ont été épaulées par les forces marocaines. "Plus de 200 soldats marocains sont arrivés [dans la zone du Rocher, ndlr] avec des tenues anti-émeutes", assure sur Twitter Helena Maleno, de l’ONG Caminandos fronteras, au courant de la situation et très active au Maroc auprès des migrants.

"Tout le monde pleurait : les femmes, les enfants et les hommes aussi. On a été violentés par les Espagnols et les Marocains alors qu’on voulait juste demander l’asile", se souvient Serge qui a été blessé au pied lors des affrontements.

Les migrants ont ensuite été placés dans des bus et déposés à plus de 10 heures de route, en plein milieu du désert près de la frontière algérienne. Durant tout le trajet, les exilés n’ont pas eu droit à de l’eau ou de la nourriture, et l’accès à des toilettes leur a été refusé, selon les déclarations de Serge.

"Violation des droits de l'Homme"

Laissés en pleine nuit au beau milieu du désert, le groupe composé de femmes et d’enfants en bas âge a marché près de six heures pour rejoindre la première grande ville, Beni-Mellal. Ils erraient, désemparés, mardi midi dans la ville, comme a pu constater InfoMigrants lors d’un appel vidéo. "On n’a pas d’argent pour rejoindre nos habitations respectives. On va devoir mendier pour se payer le transport et trouver de quoi manger", s'inquiète le Congolais.


Extrait d'une vidéo envoyée à InfoMigrants. Ce père et son fils ont été filmés sur le Rocher. Crédit : DR
Extrait d'une vidéo envoyée à InfoMigrants. Ce père et son fils ont été filmés sur le Rocher. Crédit : DR


Sur sa page Twitter, la militante Helena Maleno dénonce une "violation des droits de l’Homme à la frontière". Le Défenseur des droits espagnol, saisi par plusieurs ONG dont Caminando fronteras, a envoyé une lettre aux autorités de son pays. Il exhorte Madrid à respecter la Convention de Genève ainsi que la loi espagnole relative au "principe de non-refoulement" qui, souligne-t-il, "empêche les personnes ayant besoin d’une protection internationale (…), d’être renvoyées sans procédure", rapporte le média en ligne espagnol Eldiario.

Parmi ces 125 migrants refoulés, un groupe de femmes congolaises avaient déjà réussi à entrer à Ceuta lors de l’important afflux observé au mois de mai au moment de la crise diplomatique entre le Maroc et l’Espagne. Ce jour-là, 10 000 exilés avaient pénétré dans l’enclave. Ces femmes avaient voulu déposer l’asile mais avaient déjà été renvoyées au Maroc, sans aucune procédure, signale le Défenseur des droits dans sa missive.

*Le prénom a été modifié.

 

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