Extrait d'une vidéo envoyée à InfoMigrants. Ce père et son fils ont été filmés sur le Rocher. Crédit : DR
Extrait d'une vidéo envoyée à InfoMigrants. Ce père et son fils ont été filmés sur le Rocher. Crédit : DR

Serge* fait partie des 125 migrants ayant pénétré lundi matin au Rocher de Vélez de la Gomera, petit bout de terre espagnole sur le littoral nord marocain. Le groupe, qui avait exprimé son intention de demander l'asile, a été renvoyé de force en territoire marocain par les autorités espagnoles. Le jeune Congolais de 25 ans raconte à InfoMigrants le déroulé des évènements.

"On a pris la route vendredi depuis la forêt près de Nador pour rejoindre le Rocher de Vélez de la Gomera [enclave militaire espagnole reliée au nord du Maroc par une étroite bande de terre, ndlr]. On a marché pendant trois jours pour l'atteindre. On a fait la route pieds nus pour ne pas faire de bruit et être repéré par la police.

>> À (re)lire : Maroc : du Rocher espagnol de Vélez au désert marocain, retour sur une expulsion illégale

Le groupe était composé uniquement d'Africains subsahariens : des Congolais, des Maliens, des Ivoiriens… Il y avait plusieurs femmes, dont certaines enceintes, ainsi que des enfants et des bébés.

Au bout d'un moment, on a vu au loin le drapeau espagnol qui flottait sur le Rocher. On était content, on atteignait notre but.


L'enclave espagnole du Rocher de Vélez de la Gomera au Maroc. Crédit : Google map
L'enclave espagnole du Rocher de Vélez de la Gomera au Maroc. Crédit : Google map


"Boza, boza"

Arrivés au niveau de la clôture de barbelés, on a vu les forces de l'ordre marocaines. On a couru pour escalader le grillage qui sépare l'Espagne du Maroc et ne pas être arrêtés. La police nous a donné des coups de matraques et a tenté de nous empêcher de pénétrer sur le territoire espagnol mais nous étions trop nombreux. Ils ont vite été dépassés.

Dans ces cas-là, peu importe la situation, tu fonces car tu veux entrer en Europe et que c'est ta dernière chance.


L'enclave espagnole du Rocher de Vélez de la Gomera en territoire marocain. Crédit : Google map
L'enclave espagnole du Rocher de Vélez de la Gomera en territoire marocain. Crédit : Google map


Lorsqu'on a foulé le sol espagnol nous étions tellement heureux. On a crié 'boza, boza' [terme utilisé par les migrants qui arrivent en Europe et qui signifie victoire, ndlr], et on a dit aux militaires qu'on voulait demander l'asile.

On a écrit sur des petits bouts de papier notre identité et notre intention de déposer l'asile. Ils nous ont dit qu'ils allaient nous aider et que nous devions patienter dans le calme.

En attendant, ils nous ont donné un peu d'eau mais il n'y en avait pas en quantité suffisante pour tout le monde.

Lâchés en pleine nuit au milieu du désert

On est restés plusieurs heures assis en plein soleil. Au bout d'un certain temps, les soldats espagnols nous ont finalement chassés du Rocher. Ils nous ont frappés et nous ont poussés en nous ordonnant de quitter les lieux.


Les migrants ont patienté plusieurs heures au Rocher lundi 20 septembre. Crédit : DR
Les migrants ont patienté plusieurs heures au Rocher lundi 20 septembre. Crédit : DR


Je me suis laissé emporter car je n'avais pas le choix, c'était très violent. Tout le monde pleurait, on leur suppliait de nous écouter et de prendre nos demandes d'asile mais ils n'ont rien voulu entendre.

De l'autre côté de la frontière, les Marocains sont arrivés en nombre. Ils nous ont aussi frappés et nous ont dit de monter dans des bus, affrétés pour l'occasion.

On a roulé pendant environ 12 heures. Pendant tout le trajet, ils ne nous ont donné ni à boire, ni à manger. L'accès à des toilettes nous a été refusé à plusieurs reprises, certaines personnes se sont donc fait dessus.

Les autorités nous ont lâchés au milieu du désert en pleine nuit, près de la frontière algérienne. On a marché au moins six heures pour atteindre la première grande ville, Beni-Mellal.

Grâce à l'aide d'une ONG, j'ai pu, avec d'autres personnes, prendre un bus mardi soir et remonter vers Nador. D'autres cherchent encore des solutions pour rejoindre le nord. On va se reposer un peu, soigner nos blessures et tenter de forcer le passage vers Melilla. Quoiqu'il arrive notre but est l'Europe."

*Le prénom a été modifié à la demande de l'intéressé.

 

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