Des véhicules font la queue pour faire le plein devant une station-service Shell, dans le centre de Londres, en Grande-Bretagne, le 26 septembre 2021. Crédit : Reuters
Des véhicules font la queue pour faire le plein devant une station-service Shell, dans le centre de Londres, en Grande-Bretagne, le 26 septembre 2021. Crédit : Reuters

Pour faire face à la pénurie de main-d'œuvre, notamment dans le secteur des transports routiers, le gouvernement britannique va délivrer près de 10 500 visas de travail. Une décision contrainte pour les autorités, qui jusqu'ici s'étaient refusées à se tourner vers les travailleurs étrangers.

Faire son plein d’essence, commander un milkshake au McDonald’s ou déjeuner dans un des restaurants de la chaîne de fast-food Nado’s … des petites habitudes du quotidien dont sont privées les citoyens britanniques depuis quelques jours déjà, et qui font la une de la presse outre-Manche. En cause ? Le manque d’approvisionnement des stations-service, des restaurants et même des supermarchés, à cause d’une pénurie de main-d’œuvre dans les secteurs du transport routier et de la volaille.

Face à la polémique, le gouvernement a décidé d’assouplir temporairement les règles en matière de visas, en accordant près de 10 500 permis de travail provisoires. Ces autorisations seront valables pour une durée de trois mois, d’octobre à décembre 2021. Un peu plus de la moitié sera délivrée aux chauffeurs routiers étrangers, le reste à des travailleurs du secteur de la volaille.

Des conditions peu convaincantes aux yeux de Imran Mustafa, un chauffeur routier pakistanais interrogé par Sky News. Le jeune homme, installé depuis huit ans à Barcelone, en Espagne, juge la période couverte par le visa "beaucoup trop courte". Même réponse pour Mehmet Ozalp, un autre chauffeur de poids lourds, originaire de Turquie et basé en Allemagne. "Pour ma part, je ne quitterai l’Allemagne pour l’Angleterre que pour six mois minimum. On ne fait pas des milliers de kilomètres pour rester si peu de temps", affirme-t-il à la chaîne de télévision londonienne.

La présidente de la Chambre de commerce britannique, Ruby McGregor-Smith, déplore de son côté le nombre "insuffisant" de visas annoncé, et largement en dessous des besoins "pour régler un problème d’une telle ampleur". Selon elle, "cette annonce équivaut à vouloir éteindre un feu de camp avec un verre d’eau".

Le choix des "migrants hautement qualifiés"

Avec cette décision, les autorités opèrent une totale volte-face. Car depuis le "oui" des Britanniques à la sortie du pays de l’Union européenne (UE), le Royaume-Uni s’échine à restreindre les conditions d’entrée sur son sol. À plusieurs reprises, le gouvernement de Boris Johnson a insisté sur la nécessité de mettre fin à la dépendance du Royaume-Uni vis-à-vis de la main-d'œuvre étrangère.

Les travailleurs hautement qualifiés sont en revanche, les bienvenus. En mars 2021, le ministre des Finances Rishi Sunak avait ainsi annoncé "une réforme des visas ambitieuse à destination des migrants hautement qualifiés", dans les domaines de la technologie et de la science.

>> À (re)lire : Brexit : qu'est-ce qui va changer pour les migrants, ou pas, à partir du 1er janvier ?

Depuis le 31 décembre 2020 et l’instauration du Brexit, tout travailleur qualifié doit par ailleurs remplir les conditions fixées par le "Skilled Worker Visa", le visa de travail britannique, élaboré selon un système à points. Pour le décrocher, il faut, entre autres, justifier de la maîtrise de l’anglais (10 points), ou encore détenir une offre d’emploi ou une promesse d’embauche. Cette offre doit être officielle, et agréée par le Home Office (20 points).

Une politique "populiste"

Mais la théorie et l’ambition gouvernementale se sont heurtées à la réalité du terrain. Car c’est précisément dans les secteurs peu qualifiés que le pays manque de main-d’œuvre : pour fonctionner, l’économie britannique manque par exemple de 100 000 chauffeurs de camions. Un vide engendré par les règles du Brexit mais aussi par des conditions de travail difficiles et un salaire peu attractif.

>> À (re)lire : L'Europe doit faire appel aux migrants pour combler son deficit de travailleurs, d'après une étude

Dans le secteur de la santé aussi, les besoins sont criants. Le National Health Service, système de la santé publique national qui fournit l'essentiel des soins, dispose de 100 000 postes vacants d'infirmiers, de médecins généralistes et de personnels hospitaliers. "Les directeurs d'hôpitaux sont incroyablement frustrés parce qu'ils ont du personnel étranger qui veut venir travailler dans leurs services, mais le gouvernement ne les laisse pas entrer", avait déclaré quelques mois avant la pandémie de Covid-19 le secrétaire d’État à la Santé britannique Jonathan Ashworth, au journal The Guardian.

Au lieu de se tourner vers les migrants, le gouvernement a préféré camper sur "sa position populiste", affirme Aurélien Antoine, professeur à l’université et Directeur de l’Observatoire du Brexit à France24. Une politique qui est "sans doute allé trop loin, pour plaire aux électeurs".

 

Et aussi