L'évacuation du campement de migrants de l'ancienne station-service à Calais, le 28 janvier 2020. Crédit : Human rights observers
L'évacuation du campement de migrants de l'ancienne station-service à Calais, le 28 janvier 2020. Crédit : Human rights observers

Environ 400 personnes ont dû quitter le terrain où elles s'étaient installées dans la zone du Virval, à Calais, mardi 28 septembre. D'après Human right observers, quinze démantèlements suivis de mise à l'abri ont été ordonnées dans la ville depuis le début de l'année.

Le procédé est devenu habituel dans la région. Mardi 28 septembre, à Calais, près de 400 migrants ont été expulsés de la zone du Virval, près du centre hospitalier. Dès 6h du matin, les forces de l’ordre ont réparties "363 personnes isolées et 37 personnes appartenant à des familles" dans "17 bus". Tous ont été acheminés "vers des centres situés dans le Pas-de-Calais et la région Hauts-de-France", a indiqué la préfecture dans un communiqué.

Selon elle, ces occupations "illicites" - "environ 450 tentes"- occasionnaient "de sérieux problèmes de sécurité, de salubrité et de tranquillité en particulier pour le personnel et les usagers du centre hospitalier".

Dans la ville voisine, à Grande-Synthe, un autre démantèlement a été opéré le 23 septembre. Ses quelques 800 occupants avaient, eux aussi, été forcés de quitter les lieux. Les autorités "ont méticuleusement balayé la zone avec un tractopelle, découpé les bâches et les tentes pour les mettre dans des bennes à ordures", avait rapporté à InfoMigrants Marie Chapelle, coordinatrice de l'association Utopia 56 à Grande-Synthe.

Des opérations indispensables pour le préfet du Pas-de-Calais Louis Le Franc, dont la "préoccupation première" est "d'empêcher la reconstitution" de la "jungle" de Calais, détruite fin 2016. "On a intérêt à démanteler régulièrement tous ces campements sinon cela va devenir le royaume des passeurs. Ce sont des zones où les migrants vivent dans des conditions indignes, quand on démantèle on propose un hébergement systématiquement", a-t-il déclaré à l'AFP.

"Des matraques, des pistolets Taser et des tonfas"

Pour les associations, ces démantèlements n’ont rien d’une "mise à l’abri", destinée à protéger les migrants. Cet altruisme supposé vise en fait à éloigner temporairement les exilés, sans leur consentement. Hier matin, à Calais, "il était évident que les migrants n’avaient pas le choix de monter dans les bus", affirme à InfoMigrants une militante du collectif Human rights observers (HRO). "Ils ont été emmenés par les policiers, très nombreux et lourdement armés de matraques, de pistolets Taser et de tonfas".

Tous ont été contraints d’abandonner leurs affaires personnelles. "Des tentes, des bâches et des poussettes sont restés sur le terrain, et certains agents ont confisqué des sacs à dos et des valises", ajoute-t-elle. Pour les forces de l’ordre, objectif avait été donné de "ratisser la zone", lui a confié un CRS sur place.

Dans les bus, "personne n’a dit aux migrants où ils allaient, déplore la militante. Seuls deux réfugiés avec lesquels nous sommes en contact nous ont dit être à Boulogne-sur-Mer. Mais on ne sait pas pour combien de temps, ni dans quelles conditions ils ont été accueillis".

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Depuis le début de l’année, 883 démantèlements ont été opérés à Calais, dont 15 suivis de mises à l'abri (transport vers des centres d'accueil), d’après HRO. Une politique qui, "malgré les énormes moyens déployés", "ne marche pas", a réagi Pierre Roques de l’Auberge des Migrants auprès de l’AFP. Car après les démantèlements, "les exilés reviennent très rapidement, sous 72h". Et ce, malgré le "harcèlement quotidien dont ils sont victimes", déplore aussi HRO.

Selon la préfecture, 500 exilés sont actuellement présents à Calais. Mais pour les associations, 1 500 à 2 000 personnes patienteraient en fait dans la zone, en attendant de prendre la mer pour le Royaume-Uni, dont de nombreuses familles.

 

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