Partie de Dakhla pour rejoindre les îles Canaries, une embarcation a fait naufrage avec à son bord 57 personnes. Crédit : Reuters
Partie de Dakhla pour rejoindre les îles Canaries, une embarcation a fait naufrage avec à son bord 57 personnes. Crédit : Reuters

Une embarcation de 57 personnes a fait naufrage ce week-end sur la route des Canaries. Partis le 24 septembre de la ville marocaine de Dakhla, ses passagers ont dérivé en mer durant une semaine, avant de rebrousser chemin. C'est sur la route du retour que le bateau a chaviré.

Après un été meurtrier, la route qui mène des côtes africaines aux Canaries fait encore et toujours des victimes. Cinquante-sept personnes, dont 28 femmes, 17 hommes, et 12 enfants, sont morts ce week-end dans un énième naufrage au large de l’océan Atlantique.

L’embarcation, partie le 24 septembre, a dérivé pendant une semaine. Perdus, les passagers ont tenté de regagner leur point de départ, aux alentours de la ville marocaine de Dakhla. C’est en rebroussant chemin que le naufrage a eu lieu, a fait savoir l’ONG Caminando Fronteras.


"Ils ont réussi à appeler par téléphone hier matin pour demander de l'aide", a expliqué sa fondatrice Helena Maleno Garzón, qui précise que les passagers ont demandé à appeler "la marine" pour se faire secourir. Durant quelques secondes, elle a "entendu leurs voix, leurs cris", et puis "à nouveau, le silence". Lorsqu’elle a reçu les premiers appels de détresse de l’embarcation le 25 septembre, Camindano Fronteras a, d’après elle, contacté les autorités marocaines et espagnoles. Sans succès.

La gendarmerie marocaine, envoyées sur place ce week-end, a porté secours aux survivants, deux femmes et trois hommes. Jusqu’ici, seuls seize corps ont été récupérés, et leur identification est en cours. Selon Caminando Fronteras, la plupart des personnes à bord étaient originaires de Côte d’Ivoire et de Guinée.

Au moins 785 morts depuis le début de l’année

Il y a tout juste une semaine, l'Organisation internationale pour les migrations (OIM) s'était déclarée "extrêmement préoccupée" par la "forte" augmentation des décès et des disparitions sur la route des Canaries, qui depuis le 1er janvier a fait plus de 785 morts. Soit le double par rapport à la même période en 2020. Parmi les victimes, l’OIM compte 177 femmes et 50 enfants.

>> À (re)lire : Route des Canaries : au moins 785 morts depuis le début de l'année

Le mois d’août a été le plus meurtrier, avec 379 décès liés à la traversée. Mardi 31 août, 30 personnes ont disparu dans un naufrage. Le 19, 52 autres sont décédées après l’éclatement de leur canot. Une seule survivante avait été retrouvée, accrochée à l’embarcation à moitié submergée et retournée. Le nombre de victimes, déjà très impressionnant, pourrait être en-deçà de la réalité en raison des naufrages invisibles, que ne parviennent pas à comptabiliser les autorités et les agences internationales.

Les autorités des îles Canaries débordées

Certains passagers parviennent tout de même à destination, malgré les dangers. Cette année, plus de 9 000 personnes ont débarqué sur les îles Canaries, contre près de 4 000 à la même période l'an dernier. Sur place, les autorités sont débordées.

Actuellement, les centres dédiés accueillent par exemple plus de 2 500 mineurs non accompagnés, un chiffre bien au-dessus de leurs capacités. Parmi eux figurent 56 jeunes filles, et une enfant de trois ans "arrivée seule il y a quelques jours dans un bateau à destination de Fuerteventura", affirme l’agence de presse Efe.

Pour fonctionner correctement, 800 mineurs devraient être transférés vers des centres de la péninsule. Une "utopie", pour Iratxe Serrano, directeur général de la protection de l'enfance et de la famille du gouvernement des Canaries, interviewé par l'agence.

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En cause ? "La difficulté qu'ont les îles à effectuer ces transferts, à cause de problèmes liés à la pandémie de Covid-19 et à la bureaucratie", explique-t-il. En attendant de partir pour le continent, ils continuent de rêver à cette vie meilleure, pour laquelle ils ont pris tous les risques.

 

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