Des soldats polonais construisent une clôture à la frontière entre la Pologne et la Biélorussie près du village de Nomiki. Crédit : Reuters
Des soldats polonais construisent une clôture à la frontière entre la Pologne et la Biélorussie près du village de Nomiki. Crédit : Reuters

Désormais, les migrants expulsés par les pays frontaliers de l'Union européenne seront aussi refusés côté biélorusse. Lundi 4 octobre, Minsk a suspendu l'accord de réadmission conclu en 2020 avec Bruxelles.

C’est une étape de plus dans la guerre diplomatique à laquelle se livrent la Biélorussie et les pays de l’Union européenne. Lundi 4 octobre, le parlement biélorusse a adopté une loi qui autorise le pays à refuser les migrants en provenance de l’UE. Cette mesure suspend donc l’accord de réadmission établi entre Minsk et Bruxelles en 2020.

"Nous sommes obligés de protéger notre pays et ses citoyens par tous les moyens disponibles", s’est justifié le président du parlement biélorusse Vladimir Andreichenko aux députés. Une mesure "conforme au droit international", selon un communiqué de la présidence, et permis par l’accord de 2020, celui-ci stipulant que "chaque partie peut suspendre partiellement ou totalement l'accord temporairement, si elle en notifie officiellement l'autre partie".

L’adoption de cette loi était une volonté du président biélorusse Alexandre Loukachenko qui, le mois dernier, avait appelé à la suspension de l’accord "en réponse aux actions hostiles de l'Union européenne et de ses États membres envers la Biélorussie". Depuis cet été, les relations entre le chef d’état et l’UE sont très tendues.

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L'UE accuse la Biélorussie d'avoir attiré des migrants vers Minsk, puis de les avoir envoyé aux frontières de l'UE. D’après les Vingt-Sept, Alexandre Loukachenko agirait en réponse aux sanctions européennes imposées à la Biélorussie depuis l'arrestation fin mai du journaliste et dissident Roman Protassevitch, alors que celui-ci se trouvait à bord d'un avion de ligne.

Le choix de la militarisation

Depuis cet été, les pays européens frontaliers de la Biélorussie sont en effet confrontés à une hausse des traversées. Selon les douanes polonaises, début septembre, plus de 10 000 personnes patientaient à la frontière avec la Biélorussie pour entrer dans UE. Ce dimanche, 434 tentatives de franchissement de la frontière ont été comptabilisées par les garde-frontières, et 16 ressortissants irakiens ont été arrêtés. La Lituanie a enregistré le même jour 49 tentatives, toutes bloquées par les autorités.

En réponse à ces flux inédits, la Pologne, la Lituanie et la Lettonie ont fait le choix de la militarisation, plutôt que de l’accueil. Des garde-frontières et des soldats supplémentaires ont été dépêchés aux frontières, et l’état d’urgence, instauré dans les zones concernées. Le Parlement polonais a d’ailleurs donné son accord, dans la nuit de jeudi 30 septembre à vendredi 1er octobre, pour une prolongation de 60 jours. Des clôtures barbelées ont également été installées sur de multiples portions frontalières.

La semaine dernière, la Pologne est allée jusqu’à envoyer des SMS aux migrants dont les téléphones se trouvaient à portée du réseau de téléphonie mobile polonais. Le message des autorités était clair : "la frontière polonaise est fermée. Les autorités biélorusses vous ont raconté des mensonges. Retournez à Minsk !"


Pour les groupes de défense des droits humains, cet arsenal policier et militaire en Pologne sert surtout à refouler les migrants de l’autre côté de la frontière, où "la situation est dramatique", déplore l’ONG polonaise Homo Faber. Ce week-end, ses équipes sont venues en aide à 143 personnes d'Irak, de Syrie, du Yémen, du Congo, d'Inde, et du Nigeria.

"La personne la plus jeune à qui nous avons donné de la nourriture n'a même pas six mois. Une autre personne souffre de diabète et n'a pas de médicaments avec elle", assure l’association sur Facebook. Mais, plus préoccupant encore, "les demandes d'aide les plus nombreuses viennent d'une région que nous ne pouvons pas atteindre".

400 migrants interpellés en Allemagne

Dans l’impossibilité de rester en Pologne, ou de retourner en Biélorussie, les exilés semblent désormais se tourner vers l’Allemagne. Ce week-end du 2 octobre, près de 400 d’entre eux, notamment des Irakiens et Iraniens, ont été interpellés dans le pays en provenance de la frontière polonaise, a annoncé lundi la police fédérale.

Dans le Land du Brandebourg, qui partage une large frontière avec la Pologne, la police a annoncé l’interpellation de 251 personnes depuis vendredi. En Saxe, une autre région frontalière, 76 migrants ont été découverts peu après leur arrivée en Allemagne. Dans le Mecklembourg-Poméranie, ils étaient 55.

Le principal point de passage vers l'Allemagne est la région autour de la ville de Francfort-sur-l’Oder, une ville de 60 000 habitants qui fait face à la ville polonaise de Slubice, les deux villes étant séparées par le fleuve Oder. Récemment, certains migrants, dont un enfant de neuf ans ans, ont ainsi été vus emprunter à pied des ponts destinés uniquement au transport ferroviaire.

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La police de la ville se prépare ainsi à voire cette hausse des arrivées se poursuivre et a installé des tentes et des toilettes sur l’un de ses terrains. Des conteneurs pouvant servir d'hébergement temporaire pendant l’hiver doivent également être mis en place.

 

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