Une plage dans les environs de Zarzis, en Tunisie. Crédit : InfoMigrants
Une plage dans les environs de Zarzis, en Tunisie. Crédit : InfoMigrants

Après des tensions grandissantes entre les habitants de Zarzis et un de ses centres d'hébergement pour migrants, celui-ci a définitivement fermé ses portes. Un groupe de 100 personnes a déjà été transféré dans les autres structures d'accueil de la commune.

La colère des habitants aura eu raison d’un des trois centres d’hébergement pour migrants de la ville de Zarzis, en Tunisie. Sa fermeture a été décidée mardi 5 octobre, à l’issue d’une réunion tenue par le gouvernorat de Médenine. La veille, des dizaines de riverains avaient bloqué la route menant de Zarzis à Ben Guerdane, où se trouvent deux autres structures d’accueil, pour réclamer le transfert des exilés hors de la ville.

La presse tunisienne a relaté ces derniers jours des altercations entre les personnes accueillies dans ce centre géré par le le Haut-commissariat aux réfugiés de l’ONU (HCR) et les habitants, dont certains sont allés jusqu’à déposer plainte au commissariat. D’après la radio tunisienne Mosaïque FM, la dernière en date se serait produite le dimanche 3 octobre lorsqu’un homme aurait fait "un geste obscène à l’encontre d’une femme et sa fille après s’être introduit dans leur maison".

Mardi 5 octobre, deux groupes de 50 personnes avaient déjà été transférés dans d’autres structures d’accueil. "L'accueil temporaire dans d'autres foyers reste une solution offerte par le HCR pour les demandeurs d'asile les plus vulnérables, comme les mineurs non-accompagnés et les rescapés en mer", tient à souligner Chiara Cavalcanti, du bureau de Tunis. Pour ceux qui le souhaitent, l'organisation les aidera aussi "à trouver des logements en dehors des zones urbaines", a fait savoir le coordinateur de Zarzis Naoufel Tounsi, au site d'informations tunisien Espace Manger.

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Et à ceux qui préfèrent ne pas retourner dans ces centres, le HCR proposera des compensations financières pour se loger par eux-mêmes. "Certains demandeurs d’asile du centre fermé en ont déjà fait la demande, confirme Chiara Cavalcanti. Ces sommes sont délivrées dans le cadre d’un programme spécifique d’assistance, et réservées aux personnes extrêmement vulnérables. Le HCR leur octroie en moyenne 250 dinars, mais le montant varie selon les profils des demandeurs".

D'après elle, en revanche, "la fermeture du centre de Zarzis n'est pas définitive". C'est "une mesure qui reste temporaire", assure-t-elle, car le "HCR reconnaît le droit des réfugiés au logement et fait de son mieux pour le leur garantir, y compris dans des circonstances difficiles".

Une cohabitation difficile

Pour Mongi Slim, directeur de l’antenne du Croissant-Rouge à Médenine, la fermeture du centre de Zarzis, qui hébergeait principalement des demandeurs d’asile somaliens, soudanais et érythréens, "n’est pas forcément une mauvaise chose".

D’abord, "les conditions de vie y étaient très mauvaises", assure-t-il. Ensuite, "les tensions avec la population étaient devenues beaucoup trop fortes. A Zarzis, les trois centres d’accueil pour migrants sont tous sur la même route, celle qui a été bloquée dimanche. Concentrer autant de monde sur un petit territoire attise les conflits".

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D’après lui, les habitants de cette ville "conservatrice" du sud n’approuvaient pas non plus les habitudes de certains exilés. "Le voisinage ne voyait pas d’un très bon œil la consommation d’alcool en public, dans la rue. Des gens se sont aussi sentis heurtés de voir des femmes en décolleté, affirme-t-il. Quoi qu’on en pense, la fermeture va calmer le jeu. Elle sera bénéfique pour tous, y compris pour les migrants, pour qui le regard des habitants sur eux était aussi difficile à gérer".

Hébergés dans les halles du port

La ville de Zarzis, au sud-est de la Tunisie, concentre de nombreux candidats à l’exil de tout horizon. Y vivent d’un côté les personnes parties de Zouara en Libye, par la mer, et interceptées par les garde-côtes tunisiens. Et de l’autre côté, les exilés subsahariens, venus directement en Tunisie depuis la Côte d’Ivoire, la Guinée ou le Burkina Faso, pour tenter eux aussi la traversée vers l’Europe.

Au mois de juillet, le gouvernorat de Médenine a accueilli 598 migrants en seulement deux semaines. Ils ont été dirigés vers les centres de la région, dont ceux de Zarzis. Quelques jours plus tard, un bateau en provenance de Libye avec 166 migrants à bord a été secouru en mer. Faute de place dans les structures dédiées, les rescapés avaient été hébergés temporairement dans une des halles du port.

D’après le Croissant rouge tunisien, 1 900 migrants en situation irrégulière au total sont installés à Zarzis. "La plupart louent un hébergement avec d’autres personnes de leur communauté et vivent des petits travaux délaissés par les Tunisiens, partis eux aussi pour l’Europe", explique Mongi Slim.

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Si la petite ville côtière concentre à elle seule de nombreux exilés, elle accueille aussi, malgré elle, ceux qui n'ont pas survécu à la traversée en mer, au large de ses côtes. Ils reposent dans le cimetière qui leur est dédié, le "Jardin d’Afrique". Inauguré en juin par l’artiste algérien Rachid Koraichi, il compte déjà près de 200 tombes.

 

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