Des migrantes marchent sur la plage aux côtés d'officiers des forces frontalières à Dungeness, en Grande-Bretagne, le 13 septembre 2021. Crédit : Reuters
Des migrantes marchent sur la plage aux côtés d'officiers des forces frontalières à Dungeness, en Grande-Bretagne, le 13 septembre 2021. Crédit : Reuters

De vendredi 8 à samedi 9 octobre, 1 115 personnes ont rejoint le Royaume-Uni par la mer, à bord d'embarcations de fortune. Et ce, malgré les multiples initiatives déployées par Paris et Londres pour empêcher les traversées.

Après quelques jours d’interruption, les traversées de la Manche ont repris de plus belle ce week-end. De vendredi 8 à samedi 9 octobre, 1 115 personnes au total ont atteint les côtes britanniques à bord de 40 embarcations de fortune. La journée de vendredi comptabilise 624 arrivées - soit le quatrième décompte quotidien le plus élevé enregistré – celle de samedi, 491.

De l’autre côté du détroit, les autorités françaises ont procédé, elles, à l’interception de 416 candidats au départ, de vendredi à dimanche, affirme un communiqué de la préfecture maritime de la Manche et de la mer du Nord. Dans la nuit de vendredi à samedi d’abord, 76 migrants ont été secourus, lors de quatre opérations distinctes au large de Dunkerque (douze personnes et dix-neuf personnes), Berck-sur-Mer (cinq personnes) et dans l’avant-port de Dunkerque (40 rescapés).


Dans la nuit de samedi à dimanche, les interventions des autorités se sont poursuivies à un rythme soutenu. En deux jours, 340 personnes ont été secourues. La première opération, conduite au large de Boulogne-sur-Mer a permis de récupérer 124 passagers. Une seconde, menée plus tard dans la journée a permis de secourir 35 naufragés. Deux autres interventions menées dans les eaux de Calais ont quant à elles ramener au port 140 migrants. Dans le même temps, au large de Dunkerque encore, 41 exilés ont été sauvés.


Un hélicoptère de l’armée de l’air belge a par ailleurs été dépêché dans la zone. Deux personnes en état d’hypothermie avancée ont été hélitreuillées et déposés à l’hôpital de Calais. Puis il est reparti pour une seconde opération, lors de laquelle cinq migrants, dont le bateau était en train de couler, ont été récupérés puis déposés sur un bateau de la Marine nationale.

Un autre hélicoptère, français cette fois, a également été déployé "pour repérer les embarcations en difficulté". Il a hélitreuillé un naufragé blessé jusqu’à un bateau de la Marine nationale, qui l’a conduit ensuite "à l’hôpital de Boulogne-sur-Mer", précise un autre communiqué de la préfecture.

Une stratégie qui "ne fonctionne pas"

Le ministre français de l’Intérieur Gérald Darmanin était justement en visite à Loon-Plage, non loin de la commune de Dunkerque, ce samedi 9 octobre. Devant la presse, il a déploré que "pas un euro n'avait été payé" des 62,7 millions promis à la France pour aider à lutter contre les passages de migrants. "Nous demandons aux Britanniques de tenir leurs promesses de financement, puisque nous tenons la frontière pour eux", a-t-il ajouté.

D’après le secrétaire d’Etat britannique chargé de l’intérieur Damian Hinds, ce retard est dû à un "processus administratif". Mais il a assuré à la BBC que l’argent promis devrait être transféré "dans les semaines à venir".

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En septembre, la ministre de l’Intérieur britannique Priti Patel avait menacé de ne pas verser la somme promise au gouvernement français s’il n’y avait pas davantage de "résultats". Pour le député travailliste et membre du "cabinet fantôme" de l’Intérieur Nick Thomas-Symonds, cette stratégie consistant à ne pas payer "ne fonctionne clairement pas". "J’ai toujours pensé [qu'elle] devait adopter une approche différente", a-t-il assuré au média britannique Sky News.

Des tactiques de "retour"

Les chiffres semblent lui donner raison : cette année, plus de 18 000 migrants ont atteint le Royaume-Uni après avoir traversé la Manche depuis les côtes françaises, selon les données compilées par l'agence de presse britannique PA. Et ce, malgré les multiples initiatives entreprises par les autorités pour décourager les exilés de prendre la mer, comme la pose de barrages dans certaines zones de la Manche ou encore la possibilité de relier des petits bateaux entre eux pour former une barrière.

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Début septembre, le Home Office avait fait savoir via un communiqué que ses agents de la frontière suivaient une formation dédiée aux tactiques de "retour" en mer. Objectif : empêcher les migrants à bord de bateaux d'atteindre la côte, une pratique illégale au regard du droit international.

Depuis quelques jours, c'est par une toute autre manière que les autorités tentent de repousser les exilés. Kim Bryan, membre de Channel Rescue, a raconté à la BBC avoir vu depuis les falaises de Douvres des responsables des forces frontalières "refouler vers les eaux françaises les embarcations à l'aide de jet skis".

 

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