La Pologne accuse la Biélorussie d'aider des migrants à passer la frontière clandestinement | Photo : Wojtek Radwanski/AFP/Getty Images (via DW)
La Pologne accuse la Biélorussie d'aider des migrants à passer la frontière clandestinement | Photo : Wojtek Radwanski/AFP/Getty Images (via DW)

La Biélorussie est de plus en plus considérée comme un pays de transit pour espérer rejoindre l’Union européenne, au point même d'attirer des migrants partis de Cuba.

Depuis début août, près de 16.000 migrants ont été arrêtés par les forces de l’ordre polonaises patrouillant le long des 400 kilomètres de frontière commune avec la Biélorussie. Ils viennent essentiellement du Moyen-Orient, mais aussi d’Asie centrale et d’Afrique. À la suite de la prise de pouvoir par les Talibans en Afghanistan mi-août, le nombre de ressortissants afghans se présentant à cette frontière a connu une augmentation particulièrement soutenue.

De nouveaux rapports ont également noté la présence de ressortissants cubains parmi ces groupes de migrants espérant rejoindre la Pologne et ainsi l’Union européenne.

Les Cubains quitteraient ainsi les Caraïbes en avion en direction de Moscou, où des passeurs les prennent en charge jusqu’en Biélorussie.

"C'est là que notre voyage a empiré", a expliqué Doniel Machado Pujol, un ressortissant cubain arrêté par la police polonaise alors qu'il tentait de passer la frontière. Dans une interview accordée à la chaîne radio publique américaine NPR, l’homme raconte les passages à tabac de plus en plus brutaux des deux côtés de la frontière. Ses jambes portent encore les marques des coups reçus par des soldats biélorusses qui l’ont battu avec des tubes métalliques. 

"Ne me renvoyez pas ! Ils vont me tuer ! Regardez ce qu'ils ont fait à mes jambes", supplie Doniel Machado Pujol, alors que les autorités polonaises auraient selon lui l’intention de l’expulser vers la Biélorussie.

"Ils n'ont aucun respect pour la dignité humaine ou les droits de l'homme", assure le jeune homme de 29 ans à NPR. "Nous sommes comme des ballons de foot dans un match entre la Pologne et la Biélorussie. Personne ne veut de nous".


La Pologne compte remplacer les barbelés par un mur à sa frontière avec la Biélorussie | Photo : Viktor Tolochko/Sputnik/dpa/picture alliance
La Pologne compte remplacer les barbelés par un mur à sa frontière avec la Biélorussie | Photo : Viktor Tolochko/Sputnik/dpa/picture alliance


Une crise fabriquée

Les dirigeants de l'Union européenne dénoncent depuis plusieurs mois une crise humanitaire orchestrée par le pouvoir biélorusse. La chancelière allemande sortante Angela Merkel fait partie de ceux qui accusent Minsk d’inciter illégalement des migrants à franchir les frontières vers l’UE, en représailles aux sanctions économiques imposées depuis la réélection contestée du président Alexandre Loukachenko. Ce dernier nie en bloc.

En face, des ONG d’aide humanitaire accusent la Pologne d’avoir violé le droit international en repoussant des migrants vers la Biélorussie au lieu d'examiner leurs demandes d'asile et de leur permettre de bénéficier d'une procédure régulière.

Marcin Przydacz, vice-ministre polonais des Affaires étrangères, s’est défendu en affirmant que "si nous autorisons de plus en plus de personnes à franchir la frontière, alors Alexandre Loukachenko, qui fait également du business avec cette situation, invitera encore plus de ces personnes."

A (re)lire également : "Retournez à Minsk !" : la police polonaise envoie des SMS dissuasifs aux migrants en Biélorussie


Alexandre Loukachenko est accusé d’avoir volé sa réélection et de faire taire toute opposition | Photo : Maxim Guchek/BelTA/TASS/dpa/picture-alliance
Alexandre Loukachenko est accusé d’avoir volé sa réélection et de faire taire toute opposition | Photo : Maxim Guchek/BelTA/TASS/dpa/picture-alliance


Des mort et de la souffrance le long de la frontière

"Il y a beaucoup d'Irakiens, de Kurdes, des gens du Yémen, de Syrie, il y a des gens de pays africains comme le Nigeria, le Cameroun, le Congo, et maintenant nous avons des gens d'Afghanistan", a expliqué Kalina Czwarnog, de l'organisation humanitaire polonaise Ocalenie Foundation, à la chaîne NPR.

"Ils (les autorités biélorusses) les invitent en Biélorussie, leur disant qu'ils peuvent traverser la frontière de l'UE à partir de là. Ainsi, ils obtiennent un visa ou une autorisation de rester de sept jours", explique-t-elle, ajoutant qu'ensuite, des soldats biélorusses escortent les migrants jusqu'à la frontière et les aident à la traverser. 

Les autorités polonaises affirment qu'au moins cinq migrants sont morts à cause des conditions difficiles qui règnent le long de la frontière. Cela n’empêche cependant pas les gardes-frontières polonais de renvoyer de potentiels demandeurs d’asile vers la Biélorussie.


La Pologne a envoyé de centaines de soldats supplémentaires à la frontière  | Photo : Dominika Zarzycka/Photo alliance
La Pologne a envoyé de centaines de soldats supplémentaires à la frontière | Photo : Dominika Zarzycka/Photo alliance


Kalina Czwarnog craint que l’arrivée de l’hiver ne rende la situation encore plus tendue. Elle raconte avoir récemment rencontré un groupe de migrants en provenance d'Irak. Parmi eux, trois jeunes enfants souffraient d’hypothermie sévère. Selon elle, les garde-frontières ont décidé de n’accueillir qu’un partie du groupe, renvoyant de force plusieurs adultes et un enfant de six ans.

Un voyage coûteux

Si le voyage à travers l'Europe de l'Est est dangereux, il coûte aussi très cher.

S'exprimant sous le couvert de l'anonymat, une famille syrienne de quatre personnes a expliqué à NPR que le voyage jusqu'en Biélorussie et la frontière polonaise avait coûté quelque 16.000 dollars. Après avoir obtenu des visas, des soldats biélorusses les auraient aidés à traverser une rivière le long de la frontière russo-polonaise.

Après avoir marché pendant douze heures dans une forêt, la famille a finalement été rattrapée par les garde-frontières polonais. Elle a toutefois échappé à l’expulsion et se trouve actuellement dans un centre d’accueil en Pologne.

 

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