La Pologne a envoyé des centaines de soldats supplémentaires à sa frontière avec la Biélorussie. Crédit : Picture alliance
La Pologne a envoyé des centaines de soldats supplémentaires à sa frontière avec la Biélorussie. Crédit : Picture alliance

Actuellement, près de 6 000 soldats polonais ont été appelés en renfort près de la Biélorussie, en plus des gardes qui surveillent déjà la zone. Une mesure qui renforce encore un peu plus l'ultra-militarisation de la frontière.

Aux exilés africains, afghans, syriens ou irakiens en quête d’une meilleure vie en Europe, la Pologne envoie des soldats. Au total, près de "6 000 militaires polonais sont désormais déployés à la frontière polono-biélorusse", a fait savoir mardi 19 octobre le ministre polonais de la Défense, Mariusz Blaszczak. D’après lui, le contingent "aide les gardes-frontières à protéger la frontière du pays et à éviter que certains ne la franchissent illégalement", a-t-il précisé sur Twitter.

La présence de forces polonaises sur une partie de la frontière orientale du pays a ainsi quasiment doublé en quelques jours, puisque Mariusz Blaszczak avait déclaré samedi que plus de 3 000 soldats patrouillaient la zone.

D’après les garde-frontières, 612 personnes ont tenté, lundi 18 octobre, de passer illégalement en Pologne. Les autorités polonaises affirment aussi que plus de 15 000 tentatives de franchissement de la frontière ont été effectuées depuis début août.

Un arsenal anti-migrants

Pour endiguer le flux des arrivées, en plus de l’envoi régulier de soldats à sa frontière, la Pologne multiplie les mesures. En quelques mois, le pays s’est doté d’un véritable arsenal anti-migrants. Parmi les dernières décisions validées par le Parlement : la construction d’un mur, déjà matérialisée depuis cet été par des fils de fer barbelés à divers endroits. Des détecteurs de mouvement, visant à empêcher quiconque de s'approcher à moins de 200 mètres du mur, seront également installés.

Le 2 septembre, Varsovie a par ailleurs déclaré l’état d’urgence dans la zone, empêchant quiconque d’entrer en contact avec les exilés. Le 1er octobre, il a été prolongé pour une durée de 60 jours supplémentaires. Une opacité qui complique le travail des journalistes comme des ONG, alors que les conditions de vie des migrants à la frontière sont très difficiles. Des hommes, des femmes et des enfants tentent de survivre, en pleine nature, coincés entre les garde-frontières polonais et biélorusses.

Et la situation risque de se détériorer davantage. Le 4 octobre, la Biélorussie a adopté une loi qui l’autorise à refuser les migrants en provenance de l’Union européenne (UE). La mesure suspend donc l’accord de réadmission établi entre Minsk et Bruxelles en 2020. "Nous sommes obligés de protéger notre pays et ses citoyens par tous les moyens disponibles", s’est justifié le président du parlement biélorusse Vladimir Andreichenko aux députés.

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Même son de cloche du côté de Varsovie, où les députés polonais ont tout bonnement légalisé les refoulements de migrants à la frontière, et ce, même s’ils demandent l’asile. L’amendement, adopté par les députés de la Chambre basse, jeudi 14 octobre, est une pratique pourtant interdite par l’article 33 de la convention de Genève et par la Constitution polonaise elle-même. Pour la Fondation Helsinki pour les droits de l'Homme, la mesure "viole" par la même occasion, "les principes du droit d'asile de l'UE".

"Fuyant les sangliers dans la forêt et le froid"

Dans les faits, les garde-frontières n’ont pas attendu la promulgation de cette loi pour pratiquer ces refoulements illégaux, aussi appelés "pushbacks". Les témoignages de personnes renvoyées dans la forêt sont nombreux. Zainab, une syrienne de 25 ans, a par exemple raconté à l’agence de presse Reuters avoir demandé l'asile dès qu'elle a pu entrer en contact avec un garde-frontière en Pologne. "Il m'a dit d'accord, nous vous emmènerons dans un village. Vous y obtiendrez [l'asile]. Mais ils m'ont emmené à la frontière biélorusse".

Pendant plusieurs jours, elle a été refoulée de chaque côté, à la frontière polonaise et biélorusse, quatre fois. La jeune femme, qui vivait à Beyrouth avant de partir pour la Biélorussie, "a passé près d'une semaine sans nourriture ni eau, fuyant les sangliers dans la forêt et le froid, alors qu’elle avait ses règles", raconte Reuters. "Tout ce que je voulais, c'était monter dans une voiture et m'asseoir quelque part, pas dans la boue ou les bois".

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Aujourd’hui hébergée dans un centre ouvert pour migrants, la jeune femme fait partie des plus chanceux. Depuis le début de l’été, sept personnes sont mortes dans la forêt polonaise. Eux aussi, comme Zainab, voulaient simplement "avoir un peu de chaleur et un toit au-dessus de la tête".

 

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