Des migrants enfermés dans le centre de Pabradé en Lituanie, le 6 juillet 2021. Crédit : Reuters
Des migrants enfermés dans le centre de Pabradé en Lituanie, le 6 juillet 2021. Crédit : Reuters

Émeraude* est arrivée en Lituanie au début du mois de juillet. Cette jeune Congolaise a vécu un moment dans le camp de Pabadré avant d’être transférée Medininkai, à la frontière biélorusse. Elle a évoqué avec InfoMigrants son quotidien, entre difficultés pratiques et désespoir de voir sa demande d’asile refusée.

La Lituanie s'est déclarée en état d'urgence, début juillet, face à un afflux de migrants, majoritairement irakiens, arrivant de la Biélorussie voisine. De nombreux Africains sont également arrivés par ce pays en crise diplomatique avec l'Union européenne à la suite de l'arrestation d'un opposant.

En Lituanie, les exilés sont enfermés dans des camps aux conditions de vie parfois très difficiles. À la fin de l'été, les services lituaniens de l'asile ont commencé à faire passer des entretiens aux personnes qui demandaient une protection internationale. Rares sont les personnes qui l'obtiennent.

"Je suis arrivée le 5 septembre dans le camp de Medininkai [ouvert en août sur le terrain d'une école des garde-frontières, ndlr]. J'étais avec trois Congolaises et des Irakiennes. Nous étions les premières dans le camp. Nous sommes dans un endroit réservé aux femmes et séparé de celui des hommes par des barrières.


Le camp de Medininkai se trouve tout proche de la frontière avec la Biélorussie. Crédit : Google maps
Le camp de Medininkai se trouve tout proche de la frontière avec la Biélorussie. Crédit : Google maps


Maintenant, nous sommes plus de 300 femmes. C’est une fille congolaise qui participe à la distribution de la nourriture qui me l’a dit. Il y a aussi beaucoup d’enfants dans le camp, aussi bien avec les femmes que dans la partie réservée aux hommes.

Je vis dans un containeur où nous sommes quatre. Mais dans d’autres containers, il y a 15 personnes. On dort sur des lits. On nous a donné des couvertures et on a le chauffage grâce à des radiateurs électriques. Dans tous les containeurs c’est la même chose.


Des conteneurs dans le camp de Medininkai, à deux pas de la frontière biélorusse. Crédit : DR
Des conteneurs dans le camp de Medininkai, à deux pas de la frontière biélorusse. Crédit : DR


[Les conditions de vie varient d'un camp à l'autre en Lituanie. Au cours d'un reportage en août, InfoMigrants avait constaté que certains camps étaient aménagés dans des bâtiments inutilisés alors que d'autres, comme le camp de Rudninkai, avaient été montés en pleine forêt. Les exilés étaient contraints d'y vivre sous tente.]

>> À (re)lire : "Tout le monde nous pose des questions mais personne ne répond aux nôtres" : dans les camps de Lituanie, les migrants rongés par l’attente

Les sanitaires, en revanche, ne sont pas bien, ils se bouchent souvent et ils ne sont pas propres du tout.

Quand on a nos règles, on nous apporte un paquet de serviettes hygiéniques et on doit le partager entre nous. Ce n'est pas très pratique.

Nous pouvons laver nos vêtements. Il y a trois machines à laver dans les sanitaires pour tout le camp de femmes.

Le problème c’est que, ici, la nourriture est vraiment immangeable. Tout est gâté et cela nous rend malade.

Il y a un monsieur qui vient vendre de la nourriture et tout le monde lui achète des choses mais c’est très cher. Moi je n’ai pas d’argent donc je suis obligée de manger la nourriture du camp. Elle me rend malade parfois. Quand on leur parle de cela, les policiers disent que ce n’est pas leur problème.

Seulement deux femmes Érythréennes ont obtenu l’asile

J’ai essayé de demander des médicaments l’autre jour parce que j’avais mal au ventre. J’ai vu une dame de la Croix rouge qui m’a dit que je devais inscrire mon nom à un endroit. Je l’ai fait mais, plus tard, lorsqu’on qu’une personne est venue nous voir, elle n’a donné des médicaments qu’aux Irakiennes. Nous, les Noires, quand on parle on nous regarde comme si on était bête. On ne nous croit pas quand on dit qu’on a mal, on ne nous regarde même pas.

Chaque jour, des policiers viennent nous compter. On a demandé que les policiers hommes ne rentrent plus dans les chambres, surtout quand il y a des dames qui dorment. Ça serait mieux que ce soit des femmes policières.

Il fait déjà très froid ici. On manque de manteaux. Moi, je n’ai pas de vêtements pour l’hiver. Même les chaussures, je n’en ai pas. Je suis en ‘babouches’ donc j’ai trop froid aux pieds. J’avais demandé des chaussures, ils ont dit qu’ils allaient m’en amener. Quand ils viennent avec des habits, ils les jettent et on se bouscule pour les prendre.

On ne fait rien ici à part attendre. Les enfants devraient commencer à l’école mais ils sont toujours enfermés. Ici seulement deux femmes Érythréennes ont obtenu l’asile. Toutes les autres ont été refusées. On ne nous a rien dit sur ce qu’il allait se passer pour nous maintenant."

*Le prénom a été changé

 

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