Image d'archives de migrants à Tripoli, en Libye, en mai 2020. Crédit : Reuters
Image d'archives de migrants à Tripoli, en Libye, en mai 2020. Crédit : Reuters

Assane* a été intercepté en mer par les garde-côtes libyens et renvoyé dans le pays. Arrivé au port de Zaouïa, il a été emmené dans une prison clandestine de la région. Là-bas, il a subi la violence des miliciens. Témoignage.

"Début mai, j’ai pris la mer depuis les côtes libyennes avec une centaine de personnes. J’ai été intercepté par les garde-côtes libyens et renvoyé au port de Zaouïa. Des hommes m’ont emmené avec les autres passagers de l’embarcation dans le sous-sol d’une habitation. C’était une prison clandestine, gérée par des miliciens.

Dans la pièce, il y avait déjà 300 personnes retenues. Au total nous étions environ 400 migrants, entassés dans le sous-sol. Nous étions si nombreux qu’on ne pouvait pas s’allonger pour dormir. Je passais mes nuits assis.

L’accès à la nourriture était aussi rudimentaire : nous avions droit uniquement à un morceau de pain, accompagné d’un bout de fromage le matin, et la même chose le soir.

J’ai passé deux semaines dans cet endroit, je n’en pouvais plus. Un jour, j’ai essayé de m’enfuir avec d’autres migrants. Un gardien nous a tirés dessus. Six personnes sont mortes et par chance j’ai survécu. La balle n’a touché que ma jambe.

Travail forcé

Après cet incident, les Libyens nous ont changés de prison. Cette fois, nous étions dans un abattoir abandonné, dans le désert, près de Zaouïa. Parfois, un autre groupe de migrants venait grossir les rangs. Au plus fort de l’occupation des lieux, 500 personnes étaient rassemblées dans cette prison secrète, y compris des enfants, et des femmes qui étaient abusées quasi quotidiennement.

Chaque matin, les gardiens nous frappaient avec leurs armes. Ils nous forçaient à travailler : on a construit sous la contrainte le mur de la prison et on a creusé un puits. Les miliciens nous disaient qu’ils allaient nous donner des armes pour combattre à leurs côtés. Mais je n’ai jamais eu à manier des armes.

Comme j’étais blessé, je n’étais plus utile donc les gardiens ont accepté de m’échanger contre de l’argent. C'est un ami qui a payé pour me libérer. Mais des gens sont encore enfermés dans cette prison, ils sont toujours exploités.

En sortant, j’ai regagné Tripoli car j’ai des amis qui vivent là-bas. Je suis allé à l’hôpital. Depuis, je marche un peu mieux mais je continue de boiter. Ici, en Libye, je ne peux pas bien me soigner."

*Le prénom a été modifié.

 

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