Le Geo Barents a porté secours, samedi 23 octobre 2021, à 100 personnes en détresse à bord d'un bateau en bois en Méditerranée. Crédit : MSF
Le Geo Barents a porté secours, samedi 23 octobre 2021, à 100 personnes en détresse à bord d'un bateau en bois en Méditerranée. Crédit : MSF

Alors que les derniers passagers du Sea Watch 3 ont débarqué, dimanche, dans le port sicilien de Pozzallo, les sauvetages en Méditerranée ne connaissent aucun répit. En quelques jours, le Geo Barents, de MSF, a secouru 360 personnes.

De l’aveu même des équipes de Médecins sans frontières (MSF), ces derniers jours ont été "intenses" pour le Geo Barents. En 48 heures, le navire a procédé à cinq sauvetages de bateaux de migrants à la dérive en Méditerranée centrale. Au total, 360 personnes attendent désormais d’être transférées dans un port sûr, à l'instar du Sea Watch 3. Le bateau de l'ONG allemande a pu débarquer, ces derniers jours, plus de 400 exilés sauvés en mer.

Le dernier sauvetage du Geo Barents a eu lieu dimanche 24 octobre, lorsque l’équipage de MSF a porté secours à un bateau pneumatique en train de couler. D’après l'équipe à bord, "[les] conditions météorologiques étaient extrêmement difficiles avec des vagues de trois mètres et des vents de 25 nœuds". Les 71 personnes à bord avaient contacté Alarm Phone, qui avait relayé leurs appels de détresse et alerté les autorités maltaises, italiennes et libyennes, sans succès. "Le bateau se dégonfle et de l'eau entre. Nous craignons le pire", avait prévenu la plateforme téléphonique sur Twitter.

Dans l'une des quatre autres opérations menées samedi, le Geo Barents a également sauvé la vie de 95 migrants qui étaient sur le point d'être interceptés par les garde-côtes libyens.

Plus tôt dans cette même matinée, le navire a secouru 100 autres personnes, dont beaucoup ne portaient pas de gilet de sauvetage, "à bord d’un bateau en bois à la dérive". "Les autorités compétentes ont été informées mais ne sont pas intervenues". Et ce, "pendant plus de 8 heures", a déploré MSF sur son compte Twitter.

Soixante-cinq passagers d’un canot pneumatique, qui dérivait "au milieu de hautes vagues", ont également été sortis des eaux par le Geo Barents.

Surveillé par Frontex pendant 5 heures

Quelques heures auparavant, les garde-côtes libyens avait donné l'alerte pour un autre bateau en détresse. Mais, quand les équipes sont arrivés sur place, "[ils] était déjà là, avec de nombreux rescapés à bord : ces personnes seront renvoyées de force en Libye, vers la violence et la détention", a regretté MSF.

En revanche, Alarm Phone a perdu le contact avec un énième canot à la dérive, transportant 68 personnes "épuisées" dont de nombreux enfants, dans la SAR zone de Malte. "Ils ont des problèmes de moteur et font face à des vents forts et une mer agitée. Nous exigeons des autorités européennes qu'elles respectent la loi et assument leur responsabilité !", exhorte l’organisation sur Twitter. Un avion, identifié Frontex, "a surveillé le bateau depuis les airs pendant 5 heures, mais rien n'indique qu'une opération de sauvetage ait été lancée".

Une politique migratoire "cruelle" et "inhumaine"

Dans la même zone, un autre navire humanitaire, l’Aita Mari, a pu secourir quant à lui 105 personnes, dont huit mineurs. Après plusieurs jours d’attente dans une mer très agitée, et d’appels répétés aux autorités maltaises et italiennes, il a finalement été autorisé à débarquer à Trapani, en Sicile.

"À bord, les rescapés nous ont parlé de la torture, de l'extorsion et des mauvais traitements infligés en Libye, a déclaré SMH dans un communiqué. La politique migratoire de l'UE [qui consiste à] collaborer avec des États tiers tels que la Libye […] est cruelle, inhumaine et illégale".

Depuis quelques semaines, la situation en Libye pour les migrants, déjà très critique, est devenue encore plus dangereuse. Le 8 octobre, au moins six personnes sont mortes en tentant de s’évader de la prison d’Al-Mabani, fusillées par les gardiens. Depuis, des milliers de migrants campent devant le centre du HCR de Tripoli, et réclament leur évacuation du pays. Le 12 octobre, un jeune demandeur d’asile soudanais de 25 ans a été tué par balle, à 500m de là. D’après le HCR, ce crime a été commis "par un groupe d’hommes armés et masqués".

 

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