Crédit : Zakaria/ProjectRefugeeCameras
Crédit : Zakaria/ProjectRefugeeCameras

Rendre compte avec authenticité de la crise des réfugiés exige bien plus qu’un œil averti. Le photographe Kevin McElvaney a distribué des appareils photo à certains migrants pour qu’ils documentent leur voyage.

Comment documenter avec justesse et authenticité l’un des événements les plus marquants de l’histoire contemporaine européenne ? Suffit-il de la neutralité d’un observateur pour vraiment capter les vrais visages de la crise des réfugiés ?

Le photographe allemand Kevin McElvaney a ainsi distribué des appareils photo jetables à ceux qui s’apprêtaient à prendre la route. Voilà comment est né le projet RefugeeCameras qui a permis de rendre compte de toute la réalité du flux migratoire. " Essayons de voir l’individu qui se trouve derrière ce concept anonyme de réfugié " est le mot d’ordre de ce projet autofinancé.

Credit  Kevin McElvaneyProjectRefugeeCameras

De la perspective des réfugiés

Le concept s’est concrétisé en 2015, lorsque Kevin McElvaney a commencé à rencontrer des migrants en Turquie et en Grèce pour leur proposer d’emporter avec eux un appareil photo jetable et de le lui renvoyer une fois arrivé en Allemagne. Si la plupart ont été réticents à cette idée, 15 personnes ont fini par accepter. Parmi les 15 appareils distribués, trois ne sont toujours pas revenus.

La collecte et l’assemblage de toutes ces images ont permis à Kevin McElvaney de retracer un voyage photographique qui détaille la crise la perspective des migrants, avec ses périls, ses obstacles et ses pressions. Selon ses propres mots, l’essence de cette documentation est " la recherche du bonheur qui pourrait bien vous priver de la vie ".

Une exposition se tient en ce moment à Bonn, après avoir déjà parcouru une partie de l’Europe, de Milan à Copenhague, en passant par Edimbourg et dernièrement Berlin.

 Crdit  DWSSanderson

Des familles soudées, des familles séparées

Il aurait été impossible pour un photographe venu de l’extérieur de capter la relation de tendresse entre Dyab et son fils, raconte Kevin McElvaney. Dyab était professeur de mathématiques en Syrie, avant de tout quitter avec son fil et sa femme. Ces clichés rappellent quelque peu le film " La vie est Belle " de Roberto Benigni. Elles donnent l’impression que l’enfant vit une grande aventure sans avoir conscience qu’il est embarqué dans un voyage plein de risques et d’incertitudes. Le père, lui, fait tout pour protéger cette innocence.

Crdit  DyabProjectRefugeeCameras

D’autres n’ont pas eu la chance de rester ensemble. Zakaria, qui n’a pas voulu révéler d’où il vient précisément en Syrie, a dû laisser sa famille derrière lui. Ses photos témoignent davantage de la solitude qu’il vit tout en étant entouré d’autres migrants. Ses images prises en Turquie et jusqu’à l’île grecque de Chios montrent aussi à quel point la route migratoire vers l’Europe est imprévisible. Zakaria se trouve désormais à Berlin et cherche un moyen de faire venir sa femme et ses deux enfants en Allemagne.

Crdit  Kevin McElvaneyProjectRefugeeCameras

L’histoire de Firas

L’exposition raconte également l’histoire de Firas, un Yazidi du nord de l’Irak dont le village a été envahi par l’organisation de l’Etat islamique, violant les femmes et en tuant des enfants. Sur l’une des images, Firas a photographié la porte ouverte d’un train sur le point de quitter le quai. Les wagons sont surchargés au point que les portes ne ferment plus. Pendant sa traversée de la Macédoine, Firas voyagera agrippé en équilibre pour ne pas tomber du train.

Crdit  FirasProjectRefugeeCameras

Si Firas démontrera de réels talents de photographe, il en sera autrement de son habileté à dompter les lois de la poste allemande. Arrivé à son centre d’accueil, Firas déposera l’appareil photo dans la boîte aux lettres du centre, pensant qu’il s’agissait de la collecte de la poste. Son colis trouvera néanmoins son chemin vers Kevin McElvaney.

" Je veux donner une voix aux sans-voix, affirme le photographe allemand. Pour les réfugiés, je leur ai donné un appareil photo à la place".


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Sujet : Sertan Sanderson / Adaptation : Marco Wolter


 

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