Entre le 11 et le 15 octobre, la Garde civile espagnole a procédé à l'arrestation de sept passeurs présumés, dans la région du Pays basque. Crédit : Garde civile
Entre le 11 et le 15 octobre, la Garde civile espagnole a procédé à l'arrestation de sept passeurs présumés, dans la région du Pays basque. Crédit : Garde civile

Sept personnes, soupçonnées d'avoir fait passer des migrants d'Espagne vers la France, ont été arrêtés par la Garde civile dans trois provinces du Pays basque espagnol. Les membres du réseau prospectaient notamment au sein du refuge pour migrants d'Irun.

Après des mois d’enquête, l’opération Poltsa touche à sa fin. Menée par la Garde civile espagnole, épaulée dans sa mission par la gendarmerie française et Europol, elle a conduit à l’arrestation de sept personnes, entre le 11 et le 15 octobre, dans les provinces du Guipuzcoa, de Biscaye et de Navarre. Les suspects, de nationalité marocaine et malienne, sont soupçonnées d’être impliqués dans un réseau de passeurs "à l’origine de 60 transferts de l’Espagne vers la France, ces deux derniers mois", affirme la Garde civile dans un communiqué.

Les autorités ont également saisi "25 téléphones portables, deux tablettes et un ordinateur", lors de perquisitions à leurs domiciles.

D’après la Garde civile, le groupe procédait toujours selon le même mode opératoire. Première étape pour les présumés passeurs : "entrer en contact avec des exilés en transit" entrées en Europe par le sud de l’Espagne, à bord d’embarcations de fortune. Les rencontres avaient lieu au Pays basque espagnol avec "des personnes qui cherchaient à se rendre à Bayonne ou Bordeaux". Dans la province de Guipuzcoa, le réseau prospectait notamment au sein du refuge pour migrants d'Irun, géré par la Croix-Rouge.

A chaque passage, trois ou quatre migrants prenaient place dans des véhicules mis à disposition par le réseau. Les sommes demandées oscillaient "entre 150 et 200 euros pour rejoindre Bayonne, et entre 250 et 300 euros jusqu’à Bordeaux", assure le journal local Sud-Ouest.

>> A (re)lire : Bayonne, ville étape sur la route des migrants (2/3)

Seconde étape, le transfert des exilés, "par des routes secondaires entre Irun ou Navarre et la France", et "des points frontaliers moins surveillés", précise la Garde civile. D’autres personnes du réseau effectuaient de leur côté des allers et retours sur le chemin en navettes, afin de s’enquérir des éventuels contrôles de police. En cas de présence policière, le réseau ordonnait aux passagers de descendre du véhicule, et de faire semblant de "faire de l'auto-stop".

"Plus de policiers que de voyageurs"

La frontière espagnole, de l’ouest à l’est, est un point de passage important pour les migrants d’Afrique de l’ouest et du Maghreb qui souhaitent gagner la France. En septembre, huit passeurs algériens, qui transportaient des personnes depuis l'Espagne, ont été arrêtés par la police à l’autre bout du Pays basque, en Haute-Garonne. Les exilés étaient eux aussi transférés en voiture, mais cette fois depuis Lérida en Espagne jusqu'à la gare SNCF de Matabiau à Toulouse. Des trajets pour lesquels les passeurs réclamaient entre 200 et 500 euros.

Au Pays basque, zone de transit importante sur la route migratoire vers le nord de l’Europe, la zone frontalière qui coupe la région en deux est très surveillée. "Ici il y a plus de policiers que de voyageurs", avait assuré un passant à InfoMigrants en juin dernier, à la frontière franco-espagnole. Sur le pont Saint-Jacques, qui sépare la ville espagnole d’Irun à la française Hendaye, "les personnes étrangères ont beaucoup de mal à passer", avait observé ce Français.

>> A (re)lire : Reportage : à la frontière franco-espagnole, l’importante présence policière ne dissuade pas les migrants (1/3)

D’après Émilie Pesselier, coordinatrice des frontières intérieures pour l'Anafé, "les effectifs des autorités aux frontières intérieures françaises sont beaucoup plus importants, nous le voyons sur le terrain", avait-elle affirmé à InfoMigrants il y a une quinzaine de jours. Le dispositif mis en place au nom de la lutte contre le terrorisme "engendre plutôt, dans les faits, la multiplication des contrôles discriminatoires, sur des personnes qui ont des droits".

Conséquence : les migrants cherchent à emprunter des voies moins surveillées, et surtout plus dangereuses. Depuis le début de l’année, le bilan humain ne cesse de s’alourdir. Déjà trois exilés se sont noyés dans le fleuve frontière de la Bidassoa. Et le 12 octobre dernier, trois migrants algériens sont décédés, percutés près de Saint-Jean-de-Luz par un TER.

 

Et aussi