Quelque 200 personnes ont dormi dans la gare de Briançon dans la nuit de dimanche à lundi. Crédit : Utopia 56, Twitter.
Quelque 200 personnes ont dormi dans la gare de Briançon dans la nuit de dimanche à lundi. Crédit : Utopia 56, Twitter.

Entre 150 et 200 exilés ont passé la nuit de lundi à mardi dans une église de Briançon après avoir occupé la gare, dimanche soir. Les associations, débordées, disent ne pas pouvoir faire face à une vague de nouvelles arrivées. Le nouveau refuge de la ville a été submergé en quelques jours.

Mardi 26 octobre, une cinquantaine d'exilés s'apprêtaient à passer une nouvelle nuit dans l’église Sainte Catherine de Briançon. Quelque 200 personnes y avaient déjà trouvé refuge, la veille. Le nouveau refuge de la ville, les Terrasses solidaires, seul lieu d'accueil de la ville, n'était pas en mesure d'offrir un toit à tous. Avec seulement 80 places d'hébergement disponibles, il s'est dit débordé par le nombre de personnes qui se sont pressés à ses portes et a fermé, dimanche.

"Cela fait longtemps qu’on alerte les pouvoirs publics sur impossibilité de gérer [la mise à l’abri des personnes] seuls. On demande d’urgence l’aide de l’État", explique Jean Gaboriau, administrateur bénévole de l’association Refuges solidaires qui gère le lieu, interrogé par InfoMigrants.

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La gare a également servi de refuge temporaire. Dans la nuit de dimanche à lundi, des dizaines de migrants ont dormi à même le sol pour ne pas avoir à affronter les températures qui ne cessent de descendre dans la région montagneuse.

La préfecture des Hautes-Alpes, qui reconnaît un afflux de migrants ces derniers jours dans le département, n'a pas débloqué de places d'hébergement d'urgence. Pour elle, ce sont les associations qui, en proposant des places d'accueil, créent un appel d'air.

Les Terrasses Solidaires "bien identifié des réseaux de passeurs [...] a provoqué une augmentation des flux", a indiqué la préfecture, pour qui nombre de ces arrivants sont en "situation irrégulière", faute d'avoir demandé l'asile dans leur pays d'entrée en Europe, l'Italie.

Pas assez de tests PCR dans la gare de Briançon

Outre le manque de solution d’hébergement, ce sont aussi les tests PCR qui ont contribué à bloquer la situation à Briançon, selon les associations. Alors que les exilés partent généralement au bout de quelques jours de cette ville transit, beaucoup se sont retrouvés coincés en raison de l'impossibilité de faire des tests PCR, exigés pour les trajets en train.

Ces tests sont régulièrement proposés aux migrants par la Croix rouge mais le dispositif n’a pas permis, lundi, aux personnes sur le départ de se faire dépister. Pour Refuges solidaires, la faute incombe à la préfecture qui aurait "interdit à la Croix-Rouge d'effectuer des test Covid-19 sur les personnes migrantes". Selon Refuges Solidaires, les guichets de la gare de Briançon avaient, en outre, été fermés, empêchant les migrants d’acheter des billets.

La préfecture dément toute interdiction et évoque un planning de rotations de la Croix rouge déjà établi.

Cars pour Lyon, Grenoble, Valence

Un début de solution a été mis en place mardi. Quatre cars à destination de Lyon, Valence ou encore Grenoble, ont été mis à la disposition des migrants munis d’un billet.

Pour les associations, cela ne pourra pas permettre de résoudre durablement la situation. Jean Gaboriau, administrateur bénévole de l’association Refuges Solidaires, explique que l’afflux de personnes est "constant" à Briançon, avec "parfois, dix arrivées en une journée, parfois 60". "Le problème, c’est que l’offre [d’hébergement] de départ est insuffisante", souligne le militant.

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Dans un communiqué, Refuges Solidaires a indiqué qu'elle ne reprendrait sa "mission" d'hébergement "que lorsque les conditions de sécurité pourront être respectées aux Terrasses". "Cela implique que d’autres opérateurs prennent en charge l’accueil d’urgence en complément de l’accueil qu’elle mène depuis lors seul.

Lundi soir, l'évêque de Gap est intervenu dans le débat entre État et associations en demandant au ministre de l'Intérieur d'intervenir : "Non pour envoyer les forces de l'ordre mais pour mobiliser la Sécurité Civile, la Croix Rouge, accepter que le HCR intervienne, pour mettre à l'abri, pratiquer les tests PCR", afin que des migrants puissent prendre le train.

"Je demande aux représentants de l'État de regarder la réalité en face : ce n'est pas en rendant difficile l'accueil des réfugiés à Briançon que les problèmes immédiats et structurels seront résolus", a insisté Mgr Xavier Malle.

Chaque hiver, depuis plusieurs années, des milliers de migrants risquent leur vie en traversant les Alpes depuis l'Italie voisine. Ils trouvent à Briançon un peu de répit avant de continuer leur route vers d'autres pays d'Europe.

 

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