Des travailleurs sans papiers manifestent devant le Monoprix de la rue de Belleville, à Paris, en octobre 2021. Crédit : DR CGT
Des travailleurs sans papiers manifestent devant le Monoprix de la rue de Belleville, à Paris, en octobre 2021. Crédit : DR CGT

Des centaines de travailleurs sans papiers d'Ile-de-France se sont déclarés en grève depuis lundi pour réclamer leur régularisation. Employés dans la restauration, la livraison ou la collecte des déchets, ils ont été en première ligne pendant la pandémie.

Depuis lundi, des centaines de travailleurs sans papiers sont en grève dans une dizaine d’entreprises de la région parisienne pour obtenir leur régularisation. Jeudi 28 octobre, plus de 250 grévistes étaient toujours mobilisés.

Ces employés sans papiers travaillent dans le commerce, la restauration, la livraison, la propreté ou encore l'intérim et sont employés à Paris mais aussi dans l’Essonne et en Seine-Saint-Denis.

Jeudi, la CGT, qui coordonne le mouvement de grève, avait rendez-vous avec la direction du Café Marly, situé devant la pyramide du Louvre, et des plongeurs sans papiers employés en "extra", pour des négociations.

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À Targett, société d'intérim dans le Quartier Latin, au centre de Paris, il n'y a pas de piquet de grève car "il y a eu un accord. L'entreprise va fournir les documents nécessaires de demande d'autorisation de travail" pour les sans-papiers, a précisé à l'AFP Marilyne Poulain, de la direction confédérale de la CGT.

D’autres situations, en revanche, étaient toujours "au point mort". C’est le cas notamment avec Monoprix, la plateforme de livraison Stuart, ou encore l’entreprise de collecte de déchets Sépur, détaille la même responsable syndicale à InfoMigrants.

"La société dément avoir employé des sans-papiers alors qu’il y a une enquête en cours de l’inspection du travail, souligne-t-elle. C’est le troisième conflit que nous avons avec eux en huit ans. Ce n’est pas une situation que l’on peut balayer d’un revers de la main."

Travailleurs essentiels

Parmi les travailleurs sans papiers de cette entreprise, beaucoup ont continué à travailler en première ligne, comme éboueurs, pendant les confinements.

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Pour d’autres, la pandémie a été synonyme de grande précarité, faute de contrat qui aurait pu leur donner droit au chômage partiel. C’est le cas de Makan, 33 ans, en "extra" au Café Marly depuis le premier jour de son arrivée en France en 2018. Il a les larmes aux yeux quand il évoque les sept mois de confinement, d'octobre 2020 à mai dernier, pendant lesquels, le restaurant fermé, il n'a ni travaillé, ni touché un centime, rapporte l’AFP qui l’a rencontré.

"De toute ma vie, je n'avais jamais galéré comme ça, même quand j'étais étudiant au Mali", ajoute celui qui dit avoir été aidé par ses frères pour pouvoir manger. Il réclame aujourd’hui un CDI pour avoir des papiers et pour que ses employeurs "ne profitent plus de la situation". "On veut travailler régulièrement, et payer nos cotisations régulièrement, comme les autres salariés", ajoute-t-il.

La pandémie de Covid-19 et les confinements ont permis d’ouvrir un débat sur la place des travailleurs de première ligne dans la société française alors que beaucoup d’emplois essentiels sont occupés par des travailleurs sans papiers.

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"La grève permet de visibiliser tous ces secteurs concernés par l’emploi des travailleurs immigrés, avec ou sans titre de séjour, avance Maryline Poulain. Il s'agit d'emplois essentiels mais où les conditions travail sont pénibles et dangereuses. Le but est de remettre les employeurs face à leurs responsabilités et d'améliorer les conditions de travail des travailleurs."

Depuis des années, les travailleurs sans papiers réclament leur régularisation. En 2019 déjà, quelques mois avant la pandémie de Covid, des centaines d'entre eux s'étaient mobilisés en région parisienne, notamment employés chez Chronopost. En janvier 2020, après neuf mois de lutte, ils avaient fini par lever leur piquet de grève après avoir obtenu des papiers en règle.


Le 13 janvier 2022, la société Sépur a fait valoir son droit de réponse à notre article. Nous le publions ci-dessous : 

Droit de réponse de la société SEPUR 

La société SEPUR, premier opérateur de collecte de déchets en Ile-de-France au service de 10 millions d’habitants, chargée d’assurer la propreté des villes, de réparer les incivilités, de valoriser le tri sélectif des usagers et de produire de nouvelles ressources grâce à 2500 collaborateurs engagés et fiers d’appartenir à l’entreprise, entend répondre à la polémique entretenue par voie de presse faisant état d’un prétendu travail illégal et de racket par des chefs d’équipe de certains travailleurs intérimaires qui interviennent pour l’entreprise. 

SEPUR souligne que la validité de tous les documents présentés par les intérimaires qui interviennent pour son compte a été confirmée par la Préfecture concernée. Les agences d’intérim, prestataires de SEPUR ont en fait été victimes d’"alias", c’est-à-dire de personnes qui ont présenté des titres de séjour valides mais qui ne sont pas les leurs, pour pouvoir travailler. 

Pour lutter contre ces pratiques illégales dont SEPUR est la première victime, celle-ci a demandé à ses prestataires, les agences d’intérim, de renforcer le contrôle des documents fournis par les candidats à l’embauche, de cesser le recrutement de candidats en ligne et de préférer le recrutement des personnes en présence physique.  

L’enquête de l’inspection du travail diligentée sur plusieurs sites en octobre 2021 a permis à SEPUR de fournir l’intégralité des documents souhaités par les enquêteurs. SEPUR ne s’est vue à ce jour notifier aucun élément par l’inspection du travail quant à une potentielle implication de chefs d’équipe de SEPUR dans des agissements illégaux. 

SEPUR souhaite poursuivre sa mission sereinement sans que ses activités de service public indispensables à la collectivité ne soient perturbées par des allégations dénuées de tout fondement s’agissant d’agissements en tous points contraires aux valeurs qu’elle défend au quotidien. 

SEPUR a demandé à son avocat, Maître Olivier BARATELLI, d’engager des procédures judiciaires contre quiconque diffuserait ces allégations dénuées de tout fondement. 

 

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