La chorale Citizens of the world de Londres existe depuis 2017 | Photo : Citizens of the World Choir
La chorale Citizens of the world de Londres existe depuis 2017 | Photo : Citizens of the World Choir

La chorale londonienne Citizens of the World (Citoyens du monde), composée pour moitié de migrants et de réfugiés, a récemment accueilli en musique la marionnette géante Amal. À travers le chant, Citizens of the World promeut la tolérance, et espère créer du lien entre les migrants et avec les spectateurs.

Elle a parcouru 8.000 kilomètres depuis Gaziantep, au sud-est de la Turquie, jusqu'à Londres. La petite Amal, une marionnette géante symbolisant le sort de millions d’enfants réfugiés dans le monde, a traversé à pied toute l'Europe, parcourant la Grèce, l’Italie, la France, la Suisse, la Allemagne, la Belgique et désormais le Royaume-Uni. Sur son chemin, elle a été accueillie par de nombreux événements culturels et de sensibilisation. Amal a même rencontré le pape François.


La Petite Amal arrivant sur la place Trafalgar Square de Londres, le 24 octobre 2021 | Photo : Picture-alliance/AP/Alberto Pezzali
La Petite Amal arrivant sur la place Trafalgar Square de Londres, le 24 octobre 2021 | Photo : Picture-alliance/AP/Alberto Pezzali


A son arrivée le 24 octobre dans la capitale britannique, la marionnette a été accueillie au Royal Opera House, un opéra de renommée mondiale situé à West End, le quartier des théâtres de la ville. Amal - qui signifie "espoir" en arabe - a ainsi été présentée au public par une série de spectacles intitulés "Un lit pour la nuit".

La chorale Citizens of the World accueille la marionnette Amal au Royal Opera House

La marionnette y a également reçu un hommage de la chorale Citizens of the World, une chorale londonienne composée de migrants, de réfugiés, de demandeurs d'asile, de personnes déplacées et soutenues par des chanteurs du Royal Opera.

Selon Jillian Barker, l’une des directrices du Royal Opera House, l'institution a rendu "hommage à son parcours et à celui des nombreux enfants déplacés dans le monde, attirant ainsi l'attention sur l'un des problèmes majeurs de notre époque".

La cofondatrice et directrice musicale de Citizens of the World, Becky Dell, a expliqué à InfoMigrants qu'après quatre mois de répétitions, il avait été "passionnant et tellement agréable pour tout le monde de vivre une toute nouvelle expérience dans le cadre d'un projet d’un tel niveau."


Becky Dell, directrice musicale de la chorale Citizens of the World | Photo : Citizens of the World Choir
Becky Dell, directrice musicale de la chorale Citizens of the World | Photo : Citizens of the World Choir


Fondée en 2017, la chorale compte une cinquantaine de membres issus d’une trentaine de pays. La moitié du groupe est composée de réfugiés et de migrants, dont certains n’avaient jamais chanté auparavant. 

"Certains des membres de notre chorale viennent de pays où ils ne sont pas autorisés à chanter. Je ne savais même pas que cela pouvait exister", raconte Becky Dell. "La chorale a enrichi nos vies d'une manière que nous n’avions pas imaginée. C’est un échange culturel merveilleux. Nous interprétons de tout, du rap en arabe aux chansons galloises et passant par du folklore zoulou."

Changer les cœurs et les esprits

La chorale se produit une quinzaine de fois par an lors de divers événements culturels. Chanter au Royal Opera House pour l'accueil d'Amal a été une première particulièrement exigeante pour le groupe. La chorale a notamment interprété un morceau spécialement écrit pour l’occasion par la célèbre chanteuse et compositrice Ayanna Witter-Johnson.

"Nous espérons amener les gens à voir le sort des personnes déplacées avec davantage de compassion. Nous ne voulons pas prêcher la bonne parole, mais simplement montrer au public ce que nous sommes capables de faire en tant que chorale, et si cela plaît, c'est génial", explique Betty Dell.

Naomi vient du Kenya et a été l'une des premières personnes à rejoindre la chorale il y a cinq ans. 

"Nous nous sommes de suite sentis les bienvenus. Nous chantons tous ensemble, aussi avec ceux qui ne savent pas chanter. C'est une expérience tellement enrichissante, surtout pour les migrants. La plupart d'entre nous n'avaient jamais chanté en dehors de l'église. Maintenant, nous sommes capables de chanter devant un grand public. C'est une vraie bénédiction".

"Guérir les blessures par le pouvoir de la musique"

Betty Dell, qui dirige également une académie de musique dans le sud-est de Londres, explique que la chorale a été créée à l’origine avec trois objectifs : "guérir les blessures par le pouvoir de la musique, soutenir l'intégration, et mettre en lumière la contribution que les réfugiés et les migrants apportent à notre société. Chanter est une belle façon d'être humain, de partager ce qui nous lie et de se comprendre."



Si Naomi chante en anglais et en kiswahili, la chorale est composée d’une multitude de cultures et de langues différentes. "C'est tellement agréable d'apprendre leurs chansons et de les entendre chanter. Lorsque j'entends une nouvelle chanson de quelqu'un d'autre dans la chorale, c’est un peu comme d’écouter un oiseau sur un arbre", raconte-t-elle à InfoMigrants. Naomi se dit particulièrement séduite par la musique en langue arabe.


Naomi, à gauche, en compagne de Betty Dell | Photo : Sertan Sanderson
Naomi, à gauche, en compagne de Betty Dell | Photo : Sertan Sanderson


Mais son air préféré est l'hymne d'espoir zoulou appelé "Siyahamba", et dont les paroles rappellent que "nous marchons à la lumière du monde". Pour Becky Dell, cette chanson sud-africaine reflète l’état d’esprit de la chorale. "On dit que le monde est un livre et que si vous ne restez que dans votre pays, vous ne lirez jamais plus qu'une page. Nous avons tous eu le privilège de lire 30 pages [pour les 30 pays d'origine des membres de la chorale] grâce à ce merveilleux projet qui est basé sur la compassion, la dignité et la compréhension."

Naomi acquiesce : "Ces gens, ce ne sont pas seulement mes amis. Ils sont ma famille. Par le passé, j’ai eu l'impression de m’être perdue. Mais maintenant, je me suis retrouvée."

 

Et aussi