Depuis le début de la crise entre la Pologne et la Biélorussie, dix migrants sont morts à la frontière entre les deux pays. Crédit : Reuters
Depuis le début de la crise entre la Pologne et la Biélorussie, dix migrants sont morts à la frontière entre les deux pays. Crédit : Reuters

Le corps d'un homme irakien a été retrouvé ce week-end à la frontière entre la Pologne et la Biélorussie. Depuis cet été, 10 personnes au total sont mortes dans cette zone où les refoulements sont légion.

Les querelles politiques entre la Pologne et la Biélorussie ont fait une nouvelle victime. Ce week-end, un migrant irakien a été retrouvé mort à la frontière entre les deux pays, ont rapporté lundi 1er novembre les médias polonais. À l’image des dirigeants de leurs pays respectifs, les garde-frontières se rejettent la responsabilité du drame. Pour les fonctionnaires biélorusses, l’Irakien est décédé du côté polonais de la frontière après l'avoir franchie depuis la Biélorussie. Dans un communiqué, ils affirment que leurs homologues polonais ont obligé d'autres migrants à trainer le corps du côté biélorusse.

Un porte-parole des garde-frontières polonais cité par le quotidien Gazeta Wyborcza a assuré, lui, que "si un tel incident s'était produit du côté polonais, les services des garde-frontières en auraient été informés". D’après le média, sept des dix migrants décédés au passage de la frontière ont été retrouvés morts du côté polonais. Contactés par l'AFP, les services des garde-frontières polonais n'ont pas fourni d'autres informations.

Cet Irakien est le 10e demandeur d’asile à mourir sur le territoire depuis le mois de juin, et le début du bras de fer entre l’Union européenne et le président biélorusse Alexandre Loukachenko. Coincés dans la zone sous état d’urgence, se faisant refouler violemment des deux côtés de la frontière désormais matérialisée par des clôtures de fils barbelés, de nombreux groupes d’exilés tentent de survivre dans des conditions très difficiles.

Dimanche, le collectif Alarm Phone a signalé la présence d’un groupe de 40 migrants en détresse au nord de la frontière. "Ces personnes sont coincées depuis 2 semaines sans nourriture et il fait très froid […] Ils ont besoin d'une assistance médicale immédiate !", s’inquiète l’organisation sur Twitter. Lundi, le groupe était "toujours coincé dans la forêt", quelques heures avant qu’Alarm Phone ne perde leur contact. "Les garde-frontières polonais empêchent violemment les personnes d'entrer dans l'UE, les privant du droit de demander l'asile", ajoute-t-elle.

"Traînés dans la boue"

Depuis le début de la crise, de nombreux cas de refoulements illégaux et violents ont été rapportés par les associations, la presse locale et les migrants eux-mêmes. "Parfois, [les forces polonaises] les ramènent dans la forêt, même s’il y a des enfants", a assuré Piotr Bystrianin, membre de la Fondation Ocalenie aux Observateurs de France24.

Mais depuis le 14 octobre, ces "pushbacks" ne sont plus illégaux en Pologne. Le Parlement a en effet adopté une nouvelle loi, qui précise qu’un étranger interpellé à la frontière de l'Union européenne immédiatement après l'avoir franchie illégalement sera obligé de quitter sur-le-champ le territoire polonais. Et ce, même s'il demande l'asile. Une interdiction temporaire d'entrée en Pologne et dans la zone Schengen pendant une période allant "de six mois à trois ans", lui sera alors remise par les autorités.

Une semaine après la validation de la mesure, une vidéo montrait des garde-frontières polonais arrêter des migrants tout de suite après qu'ils aient franchi la frontière. Certains étaient trainés dans la boue et gazés en plein visage.

 

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