Deux poussettes abandonnées par des familles exilées ont été retrouvées sous la neige par des maraudeurs dans la nuit de lundi à mardi à Montgenèvre. Crédit : Tous Migrants
Deux poussettes abandonnées par des familles exilées ont été retrouvées sous la neige par des maraudeurs dans la nuit de lundi à mardi à Montgenèvre. Crédit : Tous Migrants

Dans la nuit de lundi à mardi 2 novembre, 56 personnes supplémentaires sont arrivées à Briançon depuis l'Italie. Un peu plus d’une semaine après la fermeture du seul centre d'accueil de la ville, les Terrasses Solidaires, et alors même que les arrivées continuent, héberger les exilés se révèle être un véritable casse-tête.

Certains ont pu s’installer dans une des deux salles paroissiales prêtées par l’église Sainte-Catherine. Quelques familles ont trouvé refuge directement dans les foyers des habitants. Les autres dorment sur des lits de camp, sur un terrain de la paroisse. De grands barnums blancs ont été érigés pour les protéger des intempéries. Un peu plus d’une semaine après la fermeture des Terrasses solidaires, aucune solution n'a été trouvée pour héberger les exilés à Briançon, dans les Alpes françaises.

Dans la nuit du lundi au mardi 2 novembre, 56 migrants supplémentaires sont arrivés. Au total, 80 personnes, dont beaucoup d’enfants attendent actuellement d’être mises à l’abri.

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Dans cette ville de 12 000 habitants, qui sert de transit pour les migrants ayant traversé la frontière depuis l’Italie, l’hébergement des exilés n’est assuré que par les associations et les locaux. "Il y a bien un CADA [centre d'accueil pour demandeurs d'asile, ndlr], mais ses capacités d’accueil sont très limitées, déplore Max Duez, des Refuges Solidaires. Cela fait plusieurs années qu’on demande un véritable centre d’urgence. Mais l’État ne fait rien".

Le Refuge Solidaire, seule solution d’hébergement depuis 2017, a déménagé ses locaux en août 2021, et pris le nom des "Terrasses solidaires". D’une capacité de 80 places, la structure est aujourd’hui débordée. Incapable d’accueillir les migrants dans de bonnes conditions, il a fermé ses portes dimanche 24 octobre. Il ne rouvrira que lorsque l'État proposera des solutions d'abri pérennes - ou quand un nouveau centre d'accueil verra le jour.

De la gare à l’école, en passant par l’église

Depuis, héberger les exilés s’avère être un véritable casse-tête. Samedi 30 octobre, alors que d’autres personnes continuaient de franchir la frontière, l’église Sainte-Catherine de la ville, qui sert ponctuellement de refuge, a fermé en vue des célébrations de la Toussaint.

Les associations ont alors investi l'école du Prorel, "un ancien centre de vaccination aujourd’hui complètement vide", précise Poppy, militante au sein des Solidaires de Briançon. "On y a fait un aller-retour, raconte-t-elle. Immédiatement, les forces de l’ordre ont encerclé le bâtiment. Tout le monde a été contraint de partir en fin d’après-midi".

Les exilés ont donc rebroussé chemin, direction deux petites salles appartenant à la paroisse, de 20m² chacune. Une solution précaire mais qui reste "le seul endroit où ils sont en sécurité", assure l'activiste.

La semaine dernière déjà, le casse-tête était le même. Après la fermeture des Terrasses solidaires, des migrants avaient investi la gare SNCF de la ville pour partir dès que possible via le train. Problème : sans passe sanitaire, impossible pour eux de prendre un billet. Tous avaient donc dormi à même le sol de la gare, en attendant de trouver une autre solution.

Le 26 octobre, la SNCF avait finalement "mis à la disposition des voyageurs plusieurs bus", "pour rejoindre les destinations habituelles", Valence, Grenoble et Lyon.

"Les plus chanceux s’en sortent avec des fractures"

Entre-temps, en lieu et place d’hébergements d'accueil, l’État a dépêché 200 gendarmes mobiles supplémentaires à la frontière. Mercredi 27 octobre, le directeur central de la Police aux frontières (PAF), a affirmé quant à lui vouloir "mettre un coup d’arrêt au flux migratoire". Après une visite aux forces de l’ordre de Montgenèvre, il a promis un renfort de 10 agents.

"Voilà la seule réponse des autorités face à cette situation, déplore Max Duez. Envoyer davantage de policiers à la frontière, c’est exposer les migrants à plus d’accidents. Car en voyant les policiers dans les montagnes, ils passent par des chemins plus dangereux. Ici, ce n’est pas un terrain ordinaire, on est en haute montagne. Les personnes les plus chanceuses s’en sortent avec des fractures. D’autres ne redescendent jamais des cols".

En février 2019, le corps d’un jeune Togolais de 28 ans avait été retrouvé au bord d’une route de Val-des-Prés, à 8km de Briançon. D’après les conclusions de l’autopsie, il est mort d’hypothermie. En mai 2018, une Nigériane de 21 ans, Blessing Matthew, avait été retrouvée noyée dans la Durance à Saint-Martin-de-Queyrières.

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La militarisation de la frontière fait craindre un hiver difficile pour les migrants et les associations. D’autant plus que depuis fin août, les arrivées sont plus nombreuses. "Avant l’été, 10 à 15 personnes par jour en moyenne traversaient la frontière, désormais, c’est plus du double", affirme Alfred Spira, médecin à la retraite pour l'ONG Médecins du monde. Ces personnes sont en très grande majorité originaires d’Afghanistan, mais aussi d’Iran et d’Irak. "Elles viennent en famille, avec leurs enfants. Lundi soir, deux femmes enceintes, dont l’une arrivait au terme de sa grossesse deux jours plus tard, ont même traversé le col".

D’après le médecin, "jusqu’à maintenant, les blessures ont été rares". Mais les conditions météo se durcissent. Jeudi soir, à Briançon, il fera -5 degrés.

 

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