Le dernier sauvetage du Sea-Eye a permis de secourir, au petit matin du 3 novembre, 72 personnes entassées sur une embarcation en bois. Crédit : Sea-Eye
Le dernier sauvetage du Sea-Eye a permis de secourir, au petit matin du 3 novembre, 72 personnes entassées sur une embarcation en bois. Crédit : Sea-Eye

En quelques jours, les navires humanitaires Ocean Viking et Sea-Eye ont secouru 536 personnes en détresse sur des embarcations de fortune au large de la Libye. Beaucoup de passagers sont affaiblis par leur séjour en mer. Certains ont été brûlés à cause des vapeurs de carburant.

Malgré la baisse des températures et des conditions météo de plus en plus difficiles, les sauvetages en Méditerranée centrale ne connaissent aucun répit. Le 2 novembre, l’Ocean Viking, navire humanitaire de SOS Méditerranée, a procédé au sauvetage d’un canot pneumatique surchargé au large de la Libye. L'embarcation, dont les "boudins étaient dégonflés", était "sur le point de prendre l'eau", raconte l’ONG sur Twitter. Ses 94 passagers ont pu être secourus.

Dans la nuit, l’Ocean Viking avait déjà porté secours à un bateau de migrants, repéré à 200m du navire. Ses 45 occupants, dont quatre femmes et cinq mineurs avait été sortis de l'eau et pris en charge par les équipes de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge. Le navire navigue désormais en Méditerranée avec au total 139 personnes à bord. Il avait repris la mer le 30 octobre.

Plus de 150 enfants et adolescents à bord

Un autre bateau humanitaire, le Sea-Eye, a lui aussi multiplié les opérations ces derniers jours en mer. Pas moins de "six sauvetages ont été menés en 48h", affirme l’ONG allemande sur Twitter. Le dernier en date a permis de secourir, au petit matin de ce mercredi 3 novembre, "72 personnes entassées sur une embarcation en bois".

La veille, tout au long de la journée du 2 novembre, cinq autres opérations ont permis de "sauver 325 vies" : des hommes, des femmes, dont certaines enceintes, et 153 enfants et adolescents. "Beaucoup ont le mal de mer et sont affaiblis", précise Sea-Eye. Certains ont la peau brûlée ou sont malades "à cause de l'inhalation de vapeurs de carburant". Ils sont pris en charge, à bord, par des médecins de l’ONG German Doctors, qui prodiguent les premiers soins. Désormais, le Sea-Eye navigue en Méditerranée avec, au total, 397 personnes à bord.

Dimanche 31 octobre, le navire avait aussi été averti par Alarm Phone qu’un bateau de migrants se trouvait en détresse dans la zone. Mais les 27 personnes à bord ont été interceptées, avant l’arrivée du navire, par les garde-côtes libyens. Une nouvelle accueillie avec inquiétude par l’ONG, pour qui un retour en Libye rime avec "emprisonnement" et "camps de torture".

"L'enfer en Libye"

Sabtou*, un garçon de 15 ans secouru par l'Ocean Viking en juillet, a passé près de deux ans dans des centres de détention en Libye. "Chaque matin, [les gardiens] nous battaient, avec du plastique fondu et des barres de métal chauffées", a-t-il raconté à SOS Méditerranée, cicatrices à l’appui. Là-bas, "ils nous ont traités comme des animaux".

La situation des migrants en Libye, déjà très critique, s’est fortement dégradée ces dernières semaines. Début octobre, des milliers de personnes se sont rassemblées devant le centre du Haut-commissariat des Nations unies aux réfugiés (aussi appelé CDC, pour Community Day Center), pour réclamer leur évacuation du pays. Elles avaient été expulsées de chez elles après des raids menés par les autorités libyennes dans le quartier de Gargaresh, à Tripoli, notamment.

>> À (re)lire : Devant le centre du HCR à Tripoli, les migrants attendent toujours leur évacuation, exposés à tous les dangers

Des milliers d’autres ont, elles, été conduites directement dans les geôles de la ville, où les exilés subissent tortures, coups quotidiens, et viols. D’après Sea-Eye, les migrants rescapés répètent toujours la même phrase : "Même la mort vaut mieux que l'enfer en Libye".

La rédaction tient à rappeler que les navires humanitaires (Ocean Viking, Sea Watch, Mare Jonio...) sillonnent une partie très limitée de la mer Méditerranée. La présence de ces ONG est loin d’être une garantie de secours pour les migrants qui veulent tenter la traversée depuis les côtes africaines. Beaucoup d’embarcations passent inaperçues dans l’immensité de la mer. Beaucoup de canots sombrent aussi sans avoir été repérés. La Méditerranée reste aujourd’hui la route maritime la plus meurtrière au monde.

*Le prénom a été changé.

 

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