Le sas, d'une capacité de 300 places, est situé dans la zone des dunes, à Calais. Crédit : DR
Le sas, d'une capacité de 300 places, est situé dans la zone des dunes, à Calais. Crédit : DR

C’est la dernière mesure proposée pour désamorcer la crise à Calais. En réponse aux revendications des grévistes de la faim qui réclament "la fin du harcèlement quotidien et la fin des expulsions" de migrants, le directeur de l'Ofii Didier Leschi, envoyé sur place en tant que médiateur gouvernemental, a annoncé la création d’un sas de "mise à l’abri". Opérationnel depuis le 3 novembre, l’endroit accueille les exilés le temps d’une nuit, avant leur transfert vers d’autres hébergements. Didier Leschi livre à InfoMigrants les détails de cette proposition.

InfoMigrants : Sous quelle forme est-ce que ce sas a-t-il vu le jour ?

Didier Leschi : Il s’agit d’un bâtiment industriel qui existe déjà, situé à Calais, d’une capacité de 300 places. Les migrants y seront conduits la journée, plutôt l’après-midi, après avoir été évacués de leurs campements par les forces de l’ordre. Ils auront été prévenus de ce transfert l’avant-veille ou la veille de leur expulsion par des agents de l’Ofii et des associations, lors de maraudes.

Mardi 2 novembre, Didier Leschi a promis qu'il n'y aurait "plus d'évacuation par surprise". Les migrants, notifiés de leur expulsion, pourront désormais "récupérer leurs effets personnels avant les opérations de mise à l'abri". Un délai "d'environ 45 minutes" leur sera octroyé avant l'évacuation définitive.

Comment la prise en charge s’organise-t-elle dans ce lieu ? 

D.L. : Sur place, les exilés seront accueillis par une association locale. Des repas leur seront distribués, et des endroits pour dormir et pour se reposer seront mis à leur disposition, pour passer la nuit. Pour ceux qui le souhaitent, des personnes de l’association leur expliqueront les démarches à suivre pour déposer une demande d’asile. Le lendemain, des bus seront affrétés pour leur transfert vers d’autres hébergements.

Le bâtiment est "un ancien hangar utilisé lors des plans grand-froid, indique Pierre, militant de l'Auberge des Migrants. Il a donc déjà accueilli des exilés". Situé rue des Huttes, dans la zone des dunes, "il est loin la ville, à l'autre bout des zones de campements des migrants".

Dans quelles structures seront-ils emmenés exactement ?

D.L. : C’est assez divers. Ils pourront être emmenés dans des foyers, des CADA ou des CAES. Ces mises à l’abri auront lieu essentiellement dans les Hauts-de-France. Mais les migrants pourront aussi être transférés en dehors de la région. 

Les Hauts-de-France disposent de plusieurs dispositifs d'accueil pour les demandeurs d'asile. Ils peuvent être accueillis dans les CADA de Dunkerque, Bailleul, et Liévin, ou dans les HUDA de Lens, Arras, Doullens ou Douai, notamment. Ils peuvent également être hébergés dans les PRAHDA de Fouquières et Saint-Pol. Les trois CAES de la région sont situés à Croisilles, Nédonchel et Trith-Saint-Léger.

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Ce sas n'est-il pas contraire aux "points de fixations" que redoute le gouvernement ? Ne craignez-vous pas un nouveau Sangatte ?

D.L. : Ce bâtiment est un lieu de passage. J'insiste sur ce point : il est fait pour accueillir temporairement les exilés, et ne sera utilisé que dans le cadre des évacuations. En dehors de cela, personne ne pourra s’y installer. Le sas sera fermé. Tout sera mis en œuvre pour empêcher la formation d’une nouvelle "jungle". 

Pendant des années, suite à la fermeture du centre d'accueil de Sangatte, des centaines de personnes se sont entassées dans des campements de fortune à Calais, dans l'espoir de rejoindre le Royaume-Uni. À son démantèlement en octobre 2016, la "jungle", aussi appelée "camp de la lande" , rassemblait près de 10 000 personnes.

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Que répondez-vous à la maire de Calais, Natacha Bouchart, qui s’oppose à la mesure ?

D.L. : Je regrette de ne pas être aidé dans ma démarche par la mairie.

 

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