Des chambres pour hommes dans le centre de rétention administrative (CRA) du Mesnil-Amelot. Crédit : Maëva Poulet / InfoMigrants
Des chambres pour hommes dans le centre de rétention administrative (CRA) du Mesnil-Amelot. Crédit : Maëva Poulet / InfoMigrants

Un retenu du centre de rétention administrative (CRA) du Mesnil-Amelot, en région parisienne, est monté sur le toit de l’un des bâtiments, mardi, dans un geste de désespoir pour éviter son expulsion. L’homme a passé toute la nuit et la matinée du lendemain là, sous la pluie. La police a jugé "trop dangereux d’aller le chercher", selon la Cimade.

C’est un geste de désespoir laissé dans l’indifférence. Mardi 2 novembre, un homme détenu au centre de rétention administrative (CRA) du Mesnil-Amelot (Seine-et-Marne) est monté sur le toit du bâtiment pour tenter d’échapper à son expulsion, a rapporté jeudi 4 novembre, l’association d’aide aux étrangers la Cimade.

"Le monsieur est monté sur le toit mardi vers 20 heures et y est resté. Les policiers ne sont pas montés le chercher parce qu’ils estimaient que c’était trop dangereux et il n’a pas voulu redescendre de lui-même. Il est donc resté toute la nuit dehors alors qu’il pleuvait. Il est redescendu, mercredi, vers 13 heures", explique à InfoMigrants Mathilde Godoy, responsable de la rétention en Ile-de-France pour la Cimade.

L’homme, originaire du Mali, dit craindre pour sa sécurité s’il est renvoyé dans son pays. Il avait déposé une demande d’asile en France mais elle a été rejetée en première instance. "Il a déposé un recours devant la Cour nationale du droit d’asile (CNDA) mais son dossier n’a pas encore été étudié et, de toute façon, un recours devant la CNDA n’est pas suspensif de l’éloignement", alerte Mathilde Godoy.

L’homme a été placé à l’isolement une fois redescendu du toit. "Son geste est considéré comme une obstruction caractérisée. Il va être présenté à un juge et placé en garde à vue. Cela peut aboutir à une condamnation", précise la responsable de la Cimade.

Interdiction de territoire

L’association s'est récemment inquiétée des potentielles condamnations de personnes en cas de refus de tests de dépistage du Covid-19. "Si les personnes refusent de s'y soumettre, elles sont placées en garde à vue à la fin des 90 jours de rétention. Elles sont alors souvent condamnées à des peines de prison et retrouvent le CRA à leur sortie de prison", expliquait en juillet dernier la Cimade à InfoMigrants

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En comparution immédiate, un juge peut également condamner une personne "à de la prison et à une interdiction de territoire", souligne Mathilde Godoy, qui dénonce une forme de "double peine".

"Quand les personnes reviennent au CRA [après un passage en prison], elles ont encore moins de recours si elles ont eu une interdiction de territoire, qui relève du pénal", précise la responsable.

"Dégradation massive des droits"

La situation dans les CRA s’était considérablement dégradée durant les périodes de confinement liées à la pandémie de covid-19. En juillet dernier, la Cimade avait, avec quatre autres associations, publié un rapport qui dénonçait les risques sanitaires pris par les retenus.

Les auteurs du texte rapportaient une "dégradation massive des droits" avec notamment des "isolements sanitaires de longue durée en cellule et dans des conditions parfois indignes, [un] accès non garanti aux associations d’aide à l’exercice des droits, [des] missions réduites de l’OFII…"

En 2020, le gouvernement a annoncé la création de quatre nouveaux CRA en France. Le premier à Olivet, non loin d'Orléans (90 places), le 2e à Lyon (140 places), le 3e à Bordeaux (140 places) et le 4e au Mesnil-Amelot (64 places). La création de ces quatre nouveaux lieux portera à près de 2 200 le nombre de places en CRA soit un doublement de la capacité depuis 2017.

 

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