A Calais, mercredi 30 octobre. Plusieurs Soudanais squattent devant la gare, sans tente, emmitouflés dans leurs manteaux qui protègent difficilement du vent. Photo : Mehdi Chebil
A Calais, mercredi 30 octobre. Plusieurs Soudanais squattent devant la gare, sans tente, emmitouflés dans leurs manteaux qui protègent difficilement du vent. Photo : Mehdi Chebil

Un exilé a été tué dans un accident de TER, à Calais. Ses trois compagnons de route ont été blessés, dont l'un gravement, par le train qui les a percutés. Pour Utopia 56, ce nouveau drame s'inscrit dans un contexte où les migrants sont de plus en plus poussés à l'errance, du fait de la militarisation de la frontière franco-britannique, et des évacuations incessantes.

Un TER a percuté quatre migrants, vers Calais, jeudi 4 novembre. L'un d'eux a été tué sur le coup. L'accident a eu lieu vers 18h35 sur la voie ferrée reliant Dunkerque à Calais, a indiqué le procureur de la République de Boulogne-sur-Mer, Guirec Le Bras, à l'AFP. "Cette voie ferrée serait un […] chemin de passage régulier des migrants" qui l’empruntent "pour se rendre dans des campements ou ailleurs", a-t-il ajouté. 

Parmi les trois survivants, l'un se trouve en "urgence absolue", a affirmé le procureur de la République. Il n'a pas encore été identifié. Les deux derniers, qui seraient "de nationalité érythréenne", sont considérés comme des blessés légers, dont le pronostic vital n'est pas engagé. La personne décédée n'a pas non plus été identifiée pour le moment. Il s'agirait d'"un jeune d'une vingtaine d'années" selon le vice-président de la région Hauts-de-France, Franck Dhersin.

"De plus en plus d'errance"

Ce nouveau drame s'inscrit dans un contexte de "violence systémique, due à la politique de militarisation de la frontière, là où nous aimerions qu'il y ait une politique d'accueil adaptée" fustige Pauline Joyau, membre d'Utopia 56 à Calais, auprès d'InfoMigrants. La politique menée par les autorités, qui consiste à lutter contre les "points de fixation", "pousse les personnes à de plus en plus d'errance", rappelle-t-elle.

"Elle créé des conditions de vie toujours plus dégradées, difficiles physiquement et psychologiquement" pour les quelques 1 500 personnes qui survivent aux alentours de Calais.

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Les associations tentent de contacter la famille

Dépêchés sur le lieu de l'accident jeudi soir, les secours en sont repartis vers 20 heures. Le parquet a ouvert une enquête pour homicide involontaire. Interviewé par BFMTV, Franck Dhersin précise qu'au moment de l'accident, "il faisait nuit, il pleuvait beaucoup", ce qui a pu empêcher le conducteur - tout comme le petit groupe - de voir venir l'accident. "C'est beaucoup plus facile de marcher le long d'une voie que dans la lande, dans les champs, quand il fait nuit et que vous ne savez pas où vous mettez les pieds", a aussi tenté d'expliquer le vice-président de la région Hauts-de-France.

De son côté, Utopia 56 n'a "pas d'explication. C'étaient juste des personnes en errance, qui ne connaissaient sans doute pas bien Calais. On prend le temps de savoir de qui il s'agit", tempère Pauline Joyau. Pour l'heure, un groupe constitué de plusieurs membres d'associations tente de retrouver la famille de la personne décédée. "On essaie de la contacter ; on verra ensuite si elle souhaite communiquer", explique la responsable associative.

D'autres drames en écho

Cet accident fait écho à un autre du même type survenu le 12 octobre. Ce jour-là, vers 5h30 du matin, un train régional de la ligne Hendaye-Bordeaux avait percuté quatre personnes de nationalité algérienne qui dormaient sur les voies, à 500m de la gare de Saint-Jean-de-Luz. Selon le récit du seul survivant, le groupe s'était réfugié là pour "échapper aux contrôles de police".

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Du côté de Calais, les décès se multiplient ces dernières semaines. D'abord, dans le cadre de tentatives de traversée de la Manche : cette semaine, deux personnes sont mortes et l'une est toujours portée disparue. Fin septembre, Yasser, jeune homme soudanais, est décédé en chutant d'un camion - marquant le départ de la grève de la faim en cours. Fin octobre, un autre jeune homme qui avait été retrouvé dans une zone de stationnement de poids lourds a succombé à ses blessures.

 

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