Des migrants se rassemblent près d'une clôture en fil de fer barbelé pour tenter de traverser la frontière avec la Pologne dans la région de Grodno, en Biélorussie, le 8 novembre 2021. Crédit : Reuters
Des migrants se rassemblent près d'une clôture en fil de fer barbelé pour tenter de traverser la frontière avec la Pologne dans la région de Grodno, en Biélorussie, le 8 novembre 2021. Crédit : Reuters

D'après Varsovie, entre 3 000 et 4 000 migrants s'amassent depuis 24h à la frontière avec la Biélorussie. Empêchés d'entrer dans le pays par les garde-frontières polonais, repoussés de l'autre par leurs homologues biélorusses, ils tentent de survivre dans un camp de fortune, par des températures glaciales.

De la fumée s’échappe encore des quelques feux de camp allumés pour la nuit. Des tentes dressées à la hâte, serrées les unes aux autres, s’amoncellent sur un terrain boueux en bordure de forêt. À quelques mètres de là, des dizaines de policiers polonais, boucliers à la main. Aux premières heures de ce mardi 9 novembre, le calmé règne à la frontière polonaise avec la Biélorussie. Une quiétude qui tranche avec la tension de la veille. 

Lundi 8 novembre, des centaines de migrants en provenance de Biélorussie se sont dirigés ensemble vers la Pologne. Des images diffusées sur les réseaux sociaux montrent des hommes, des femmes et des enfants emmitouflés dans de gros manteaux, marcher sur la route, leurs quelques affaires à la main. Arrivés à la frontière, près du poste de Bruzgi-Kuznica, ils ont été stoppés net par les autorités polonaises - militaires, policiers et garde-frontières - déployées en nombre pour les empêcher d’entrer dans le pays. Selon le porte-parole du gouvernement polonais Piotr Muller, 3 000 à 4 000 exilés au total s'étaient regroupés près de la frontière, lundi soir.


D'après le gouvernement, entre 3 000 et 4 000 migrants en provenance de Biélorussie se sont amassés près de la ville de Kuznica, en Pologne.
D'après le gouvernement, entre 3 000 et 4 000 migrants en provenance de Biélorussie se sont amassés près de la ville de Kuznica, en Pologne.


Sur Twitter, des vidéos publiées par les gardes polonais montrent certains exilés détruire la clôture à coups de pelle, ou à l’aide de troncs d’arbres. En réponse, ils sont gazés par les militaires et la police. "Une partie de la clôture a été détruite, raconte le journaliste biélorusse Tadeusz Giczan, vidéo à l’appui. Des militaires polonais ont formé un bouclier humain pour couvrir le trou et tentent de faire fuir les migrants avec un hélicoptère. La foule scande 'Allemagne !'".

La journaliste biélorusse Hanna Liubakova diffuse, elle, une vidéo sur laquelle des coups de feu se font entendre tout près d’un groupe de personnes. "On ne sait pas qui a tiré exactement. Les migrants disent que les tirs viennent des forces de sécurité biélorusses", écrit-elle.

Sur une autre vidéo, Tadeusz Giczan montre un autre groupe d’exilés avec des enfants, bloqué derrière un grand portail rouge. À leur droite, des garde-frontières polonais qui maintiennent portes closes. À leur gauche, leurs homologues biélorusses qui empêchent les migrants de rebrousser chemin.

Une situation à l’image de l’impasse qui prévaut pour les migrants, depuis cet été dans la zone . Empêchés d’un côté comme de l’autre d’entrer en Pologne ou de revenir en Biélorussie, des centaines de personnes tentent de survivre à la frontière, en pleine forêt et par des températures glaciales. Semaine après semaine, Varsovie comme Minsk multiplient les mesures anti-migrants, dégradant encore davantage leurs conditions de vie.

Dans les deux pays, les refoulements des exilés sont désormais inscrits dans la loi. Côté polonais, les autorités interdisent aux associations de leur venir en aide dans la zone frontalière, sous état d’urgence. Une décision lourde de conséquences : cet été, 10 migrants sont morts à la frontière. Dernier décès en date, celui d’un jeune Irakien, dont le corps a été retrouvé par les garde-frontières polonais.

Comme à chaque fois, autorités polonaises comme biélorusses s’en rejettent la responsabilité. La Pologne, soutenue par l’Union européenne (UE), accuse le président biélorusse Alexandre Loukachenko, d'avoir orchestré une vague de migrants pour tenter d'entrer sur le territoire de l'UE, en représailles aux sanctions imposées par Bruxelles. Ce qu'il a toujours démenti jusqu'ici.

Une opération "organisée par les services spéciaux biélorusses"

Ce lundi, Varsovie a une nouvelle fois pointé du doigt son voisin. Le porte-parole du gouvernement Piotr Muller a qualifié le regroupement des migrants d’opération organisée "par des personnes liées aux services spéciaux biélorusses".

Une position partagée par la chef de l'opposition biélorusse Svetlana Tikhanovskaïa, qui assure que "les migrants sont poussés à la frontière par des hommes armés". Pour l’opposante, "Loukachenko est pleinement responsable de l'attaque hybride contre la Pologne, la Lituanie et l'Union européenne. Le trafic de migrants, la violence et les mauvais traitements doivent cesser. Une réponse forte est nécessaire", a-t-elle assuré sur Twitter.

La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, dénonce elle aussi "l'instrumentalisation inacceptable des migrants dans un but politique". Outre les sanctions contre Minsk, elle indique que l'UE "va examiner comment sanctionner les compagnies aériennes de pays tiers" qui acheminent les migrants en Biélorussie, a-t-elle fait savoir dans un communiqué.

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Beaucoup d'exilés, originaires d’Irak, de Syrie et de République démocratique du Congo notamment arrivent en effet dans la capitale Biélorusse par avion, munis de visas. D’après le chef de la diplomatie de l'UE, Josep Borrell, "ils sont ensuite acheminés jusqu'aux frontières de la Lituanie, de la Lettonie et de la Pologne". D'après lui, si "la route de l'Irak a été fermée cet été, d'autres routes ont [depuis] été ouvertes".

De nombreux migrants bloqués à Kuznica pourraient bien faire, bientôt, le chemin en sens inverse. Ce 8 novembre, Ursula von der Leyen a déclaré "faire en sorte que les migrants puissent être renvoyés en toute sécurité dans leur pays d'origine, avec le soutien de leurs autorités nationales". 

 

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